DIEU FILS DE

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L'origine de la notion et du titre Fils de Dieu est à chercher dans les anciennes religions orientales. Dans la mythologie antique, l'expression « fils de dieu » désignait les dieux fils d'une divinité plus importante : en Phénicie, Baal et Mot étaient fils de El, le dieu suprême ; en Babylonie, Sin était fils d'Anu ; ou bien les demi-dieux (Gilgamesh) ou encore les rois et certains hommes aux vertus surhumaines. En Égypte, les pharaons étaient les fils du dieu solaire , croyance qui semble avoir eu son correspondant en Babylonie et en Assyrie. Selon d'aucuns (école d'Upsal) la filiation divine du roi était en rapport avec les fêtes et rituels d'intronisation. Dans l'hellénisme contemporain du Nouveau Testament, on appelait « fils de Dieu » soit les empereurs romains, qui bénéficiaient du culte royal de l'Orient et prenaient le titre de divi filii, soit des thaumaturges — dénommés aussi theioi andres, « hommes divins » — comme Apollonius de Tyane, considérés comme investis de forces divines, soit les initiés des religions à mystères.

L'emploi de Fils de Dieu prit une ampleur et une signification privilégiées dans la littérature biblique et juive. Dans l'Ancien Testament, le Fils de Dieu est Israël (« Mon fils premier-né, c'est Israël », Exode, iv, 22), en tant qu'il est choisi par Dieu pour une mission particulière et que, en retour, il lui doit une obéissance absolue (Jérémie, xxxi, 20 ; Isaïe, xlv, 11, etc.). C'est aussi, et pour les mêmes raisons, le roi d'Israël, représentant du peuple élu (II Sam., vii ; Ps. II). Sont également dotés de cette qualité : les anges de la cour céleste (Job, i, 6 ; Ps. XXIX) ; les juges qui transmettent les sentences divines (Exode, xviii, 15-19) ; plus tard dans le judaïsme, avec l'avènement d'une religion plus personnelle, le juste israélite (Ecclésiastique ; Jubilés ; Hénoch éthiopien). Donc, élection et obéissance, et non filiation naturelle, sont constitutives du titre Fils de Dieu. On ne sait pas avec certitude s'il fut attribué au messie par le judaïsme préchrétien.

C'est avec le Nouveau Testament, particulièrement avec les Évangiles et plus précisément avec Matthieu, que le titre Fils de Dieu reçut le contenu messianique, qu'il n'avait pas encore. La confession de Pierre à Césarée est le reflet d'une foi chrétienne précoce : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Matt., xvi, 16). Les plus anciennes confessions de foi conservées par le Nouveau Testament contiennent la formule : « Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu » (texte d'une glose ancienne, Actes, viii, 37, du texte dit occidental qui est l'écho d'une liturgie baptismale primitive ; cf. la Ire Épître de Jean, iv, 15 : « Celui qui confesse que Jésus est Fils de Dieu... ». L'adresse de l'Épître aux Romains est elle-même significative : « Jésus... établi Fils de Dieu avec puissance selon l'Esprit de sainteté » (I, 4). Ces affirmations de la première heure sont orchestrées dans les récits évangéliques suivants : la tentation au désert (« Si tu es le Fils de Dieu », Matt., iv, 3) et l'exorcisme de Gadare (viii, 29) ; le baptême (iii, 17), la transfiguration (xvii, 5) et le procès de Jésus (xxvi, 63). Tout comme « Christ », « Fils de Dieu » énonce la mission originale de Jésus telle que la pratique des premiers temps chrétiens a pu la comprendre dans l'ensemble de ses axes et de ses dimensions.

La Tentation de Jésus

Photographie : La Tentation de Jésus

La Tentation de Jésus au désert, vitrail, XIIIe siècle. Victoria and Albert Museum, Londres. 

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Jésus devant Caïphe, Giotto

Photographie : Jésus devant Caïphe, Giotto

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Pour citer l’article

André PAUL, « DIEU FILS DE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/fils-de-dieu/