ÉRYTHRÉE

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Nom officielÉtat d'Érythrée (ER)
Chef de l'État et du gouvernementIssayas Afeworki (depuis le 24 mai 1993)
CapitaleAsmara
Langue officielleaucune 2
Note : Les langues de travail du gouvernement sont l'anglais, l'arabe et le tigrinya
Unité monétairenakfa (ERN)
Population6 147 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)121 144

Histoire

La constitution de l'Érythrée

L'entrée de l'Italie dans le club des puissances coloniales à la fin du xixe siècle, s'explique en partie par la lutte d'influence que mènent à cette époque les deux grandes puissances impérialistes européennes, la France et la Grande-Bretagne. L'Érythrée devient une colonie italienne en 1890, mais les desseins de Rome évoluent pendant l'occupation : colonie de peuplement pour réduire l'acuité de la crise agraire du sud de l'Italie, puis source de matières premières, ensuite réservoir d'askaris (soldats coloniaux) pour constituer la force militaire nécessaire aux conquêtes en Libye et en Somalie, enfin base arrière, à partir de 1927, pour préparer l'invasion de l'Éthiopie en 1935.

La population de l'Érythrée est évaluée, au moment de l'indépendance, à 2,5 millions d'habitants, auxquels s'ajoute une diaspora de près de 1 million de personnes dont environ 500 000 réfugiées au Soudan voisin. Elle peut paraître divisée en deux grands blocs. Sur les plateaux habite une immense majorité de chrétiens qui se consacrent à l'agriculture traditionnelle ; dans les plaines vit une population musulmane largement pastorale, si l'on excepte les quelques grandes agglomérations comme Massawa sur la côte et Keren ou Aqordat dans l'ouest du pays. Il existe en outre de multiples interactions entre ces deux ensembles depuis des siècles. Il faut souligner aussi la multiplicité des influences, de la culture arabe sur la côte, qui a été en contact dès le xve siècle avec l'Empire ottoman, de l'Église orthodoxe éthiopienne sur le plateau et marginalement du catholicisme ou du protestantisme, des confréries soudanaises à l'ouest.

Ces différences jouent un rôle cardinal dans l'histoire du nationalisme érythréen et dans la guerre civile en aiguisant souvent les divisions ethniques ou régionales. Pourtant, une lecture qui en resterait à ce niveau n'expliquerait pas pourquoi la guerre a été possible durant une si longue période sans produire un éclatement de cette société depuis l'effondrement de la domination éthiopienne.

Les trois moments du nationalisme érythréen

La constitution d'un nationalisme est toujours un processus complexe qui ne passe pas uniquement par le champ politique. Dans le cas érythréen, l'analyse doit redoubler de prudence, car ses bases sociales ont évolué historiquement et ont toujours fait l'objet de controverses, pour qui refuse l'histoire nationaliste promue par les mouvements de libération. La défaite italienne se produit rapidement, puisque l'Érythrée est occupée dès 1941 par l'armée britannique. La fin de la suprématie fasciste affecte la société érythréenne dont une bonne partie s'était identifiée aux rêves de Mussolini. Les Britanniques, qui désirent utiliser l'Érythrée comme base arrière de la reconquête du Proche-Orient, pactisent avec les Italiens honnis par la population. L'élite érythréenne, peu nombreuse, s'organise alors pour exiger la dissolution des lois fascistes et l'égalité entre anciens colons et autochtones. Cette première expression politique se divise rapidement sur la question de l'Éthiopie. Une fraction importante de ce mouvement soutient le retour de l'Érythrée dans l'Éthiopie qui se libère ; d'autres, essentiellement des musulmans, perçoivent toujours l'Éthiopie comme une terre chrétienne, hostile à l'islam.

Dès 1945, la vie politique s'organise, car les grandes puissances hésitent sur le statut des anciennes colonies italiennes et autorisent une expression politique locale. Ces discussions internationales, malgré l'envoi d'une commission d'enquête sur place, n'arrivent pas à trancher et la question de l'Érythrée est confiée aux Nations unies. Celles-ci décident en 1950, en conformité avec les nouveaux intérêts géostratégiques américains, de lui octroyer une autonomie sous la couronne éthiopienne. Plus intéressante que cette gestion internationale, où la compétition Est-Ouest est omniprésente, est l'observation de la vie politique érythréenne.

Deux grands blocs de force comparable se constituent peu à peu. Le premier soutient, derrière le Parti unioniste dirigé par Tedla Bairu, le retour de l'Érythrée sous l'autorité de l'empereur Haïlé Sélassié. L'immense majorité des chrétiens du plateau y souscrit sous l'influence de l'appareil clérical mobilisés par Addis-Abeba. Mais on retrouve également de petites formations musulmanes qui se sont rangées du côté éthiopien par hostilité au grand mouvement musulman, la Ligue islamique conduite par Ibrahim Sultan. Celle-ci entend fédérer toutes les communautés musulmanes d'Érythrée derrière le mot d'ordre d'indépendance. Mais son succès s'explique mieux par trois raisons. En premier lieu, elle prend une part active dans un conflit social qui divise les principales communautés musulmanes entre « nobles » et « serfs » (shumagelle-tigré). Ensuite, elle s'appuie sur la principale confrérie religieuse du pays, la Khatmiyya de la famille Mirghani. Enfin, elle monte en épingle l'hostilité à l'Éthiopie chrétienne. Elle échoue dans son projet d'unification, car de petites organisations apparaissent rapidement et traduisent les contradictions sociales ou économiques au sein des musulmans. De plus, sous la pression des Britanniques qui désiraient l'octroi de la Province occidentale érythréenne au Soudan, une Ligue musulmane de la Province occidentale est créée et affaiblit le mouvement nationaliste, puisqu'elle s'allie avec le Parti unioniste. Ibrahim Sultan bénéficie aussi de l'appui de personnalités (Woldeab Woldemariam) et de quelques groupes chrétiens (Parti libéral progressiste). Le nationalisme érythréen, qui prend forme alors, est empreint de fortes connotations religieuses et reste lié à des identités locales qui l'affaiblissent d'autant.

La fédération qui dure formellement jusqu'en 1962, lorsque le Parlement érythréen vote l'intégration complète à l'Éthiopie (avec l'armée éthiopienne autour de son bâtiment), constitue la deuxième période du nationalisme érythréen. En effet, le gouvernement autonome n'a qu'une existence très brève car, dès la crise parlementaire de 1956, le contrôle d'Addis-Abeba est total. Pourtant, le nationalisme se développe, y compris dans les couches sociales qui l'avaient combattu jusqu'alors à cause des différences entre l'Éthiopie et l'Érythrée : la première est gouvernée par l'empereur, l'appareil d'État et la société civile y sont résiduels ; la seconde est autrement plus développée, les partis politiques y ont droit de cité comme les syndicats, la presse, etc. L'autoritarisme éthiopien entraîne un raidissement chez certains unionistes qui sont partisans du maintien d'une spécificité érythréenne. L'opposition est rapidement mise au pas par la force. Cette deuxi [...]

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Érythrée : carte administrative

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Érythrée : drapeau

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Conflit frontalier entre l'Erythrée et l'Ethiopie

Conflit frontalier entre l'Erythrée et l'Ethiopie
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Écrit par :

  • : professeur des Universités, Institut français de géopolitique de l'université de Paris-VIII, membre du Centre d'études africaines, C.N.R.S., École des hautes études en sciences sociales, chargé de cours à l'Institut national des langues et civilisations orientales
  • : chargé de recherche CNRS

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Pour citer l’article

Alain GASCON, Roland MARCHAL, « ÉRYTHRÉE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/erythree/