ENVIRONNEMENT, art

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Créer un environnement

« [Ils] se sont livrés là à ce que les Américains appellent le jeu des environnements. Mais cela va beaucoup plus loin que ce jeu puisqu'il s'agit d'une tentative très poussée d'intégration des arts. La sculpture, la peinture et l'architecture, là, ne font qu'un. » Ces phrases d'introduction de Michel Ragon pour l'exposition Studio meublé, place Vendôme à la galerie Lacloche, manifestation annexe de la IVe biennale de Paris (1965), sont révélatrices d'une seconde ambiguïté du terme dans le vocabulaire propre aux sculpteurs : pour les uns, l'environnement est un « jeu » ; pour les autres, c'est une « tentative très poussée d'intégration des arts ». Michel Ragon est d'ailleurs le premier, en France, à utiliser le terme « environnement » ; il en rappelle l'origine et la signification américaine : c'est que l'expression, à cette date, ne s'est pas encore acclimatée en Europe.

Rendre le réel à l'état brut

Environnement, en effet, est emprunté au vocabulaire du « pop art » : le jeu de l'environnement consiste à réunir des objets d'usage courant, voire des déchets, dont la simple agglomération constitue l'œuvre d'art. En 1959, le pop art était encore un phénomène typiquement américain, étroitement relié à ses antécédents dadaïstes – notamment Duchamp, et Schwitters avec ses Merzbau. En 1960, lors de l'exposition Documenta de Cassel en Allemagne, les organisateurs ne pensent encore qu'à présenter « le bilan de dix ans de recherches non figuratives ». En 1961, le mouvement atteint toute l'Europe : Robert Rauschenberg expose à Paris The Pilgrim, une chaise collée sur une toile. « La société industrielle des États-Unis, pour la première fois, se trouvait magistralement éclairée, comme sur une scène où les objets-symboles de l'American way of life, la morale de l'optimisme et du sourire obligatoire prenaient tout à coup pour les yeux de l'amateur d'art leur signification tragique » (Alain Jouffroy). Jusqu'en 1964, la critique européenne est restée très réticente à l'égard de cette tendance : il faut attendre la XXXIIe biennale de Venise, décernant une récompense à Rauschenberg, pour vaincre la résistance obstinée des critiques, attachés à l'art abstrait.

Cette réticence s'explique en outre par l'attitude toute différente des artistes européens face à ces problèmes. En Europe, on ne joue pas le jeu de l'environnement, on fait des expériences spatiales à la limite de l'architecture et de la sculpture : la biennale de Paris, en 1961, accueille L'Espace pour autre chose de Michel Andrault et Pierre Parat, architectes associés aux sculpteurs Augustin Cardenas et Gérard Singer. Cette sculpture habitable, l'un des succès de l'exposition, est suivie en 1963, pour la IIIe Biennale, d'une autre tentative : L'Instabilité, le Labyrinthe, œuvre collective du Groupe de recherche d'art visuel ; il s'agit ici de créer un espace avec des effets de lumière en mouvement, différents de l'espace statique en tension des sculpteurs traditionnels. En 1966, cet « art de la lumière artificielle », comme le définit justement Frank Popper, est consacré à son tour par la biennale de Venise, qui décerne son prix à Julio Le Parc. L'« op art » a bel et bien remplacé le pop art, aux États-Unis d'abord, puis en Europe.

Pendant ce temps, la notion d'environnement a fait son chemin : quand l'op art perdra à son tour le prestige de la mode, « les » environnements – chaque œuvre étant « un » environnement – reviendront à l'ordre du jour. Héritiers des œuvres pop, ils seront accueillis immédiatement par l'Europe qui découvre, à l'exposition Documenta de Cassel, en 1968, un bilan de l'actualité artistique américaine : « En décembre 1967, les membres du comité se rendirent à New York et décidèrent que les environnements devraient occuper une bonne place de l'espace normalement réservé à des peintures accrochées au mur » (John Russel).

Voici enfin une définition claire du mot : l'environnement américain dépasse « la peinture accrochée au mur ». « L'échelle est d'une importance fondamentale pour leur pouvoir de communication. Ni ces peintures ni ces sculptures qu'on désigne sous le terme vague de mi [...]

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  • : conservateur général du Patrimoine, vice-président de la Commission du vieux Paris

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Pour citer l’article

François LOYER, « ENVIRONNEMENT, art », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/environnement-art/