ANSELMO GIOVANNI (1934- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Artiste italien, Giovanni Anselmo, né en 1934 à Borgofranco d’Ivrea (Piémont), partage son temps entre Turin et l’île de Stomboli. Il est, avec Mario Merz, Jannis Kounellis et Gilberto Zorrio, l'une des figures marquantes de l'Arte povera (l'Art pauvre), mouvement apparu à Turin en 1967 et dénommé ainsi par le critique italien Germano Celant.

Une photographie, Mon Ombre projetée vers l'infini au sommet du Stromboli au lever du soleil, le 16 août 1965, témoigne d'une expérience vécue qui orienta de façon décisive la démarche d'Anselmo. Constatant que son corps, du fait de la position du soleil, était privé d'ombre et que celle-ci était projetée « de manière invisible dans l'espace », il eut conscience que « sa propre personne entrait ainsi [...], par l'intermédiaire de l'ombre invisible, en relation avec la lumière, avec l'infini ». Dès lors Anselmo va organiser son travail autour des notions d'infini, d'invisible, de lointain et d'universel et de leurs contraires, à travers la relation espace/temps, tout en soulignant les notions d'énergie, de pesanteur, de magnétisme et de gravité, mais aussi d'entropie, de transformation, d'usure, et en utilisant des matériaux naturels comme la pierre, le bois, le fer ou des matières végétales. Des sculptures et des environnements (objets, sculptures, dessins), dont l'organisation dépend des axes déterminés par les points cardinaux (1985), sont la transposition sensible et intuitive d'un univers mental et métaphysique. Torsion (1968), l'une des premières œuvres importantes d'Anselmo, est faite d'une barre de fer cylindrique passée dans un tissu et à laquelle on a imprimé un mouvement rotatif jusqu'à atteindre la torsion maximale ; la barre bute contre le mur où elle est accrochée, et de ce fait ne peut revenir en arrière. L'œuvre est la trace d'un mouvement, le signe visible et visuellement fort d'une tension extrême, d'un point d'équilibre instable et dangereux, car elle menace à tout instant de se défaire. Composée de deux blocs de granit polis, symbole de dureté et d’éternité en référence à l’art funéraire, et d’une laitue fraîche, signe de vitalité du monde vivant, Structure qui mange (1968, Musée national d’art moderne-Centre Georges-Pompidou, Paris) repose sur l’opposition des matériaux dans un équilibre problématique. Aussi spectaculaires les Gris sont les gris qui s'allègent vers l'outremer (1982-1985, galerie Stein, Turin) : trente-six pierres de granit accrochées avec des câbles d'acier, par groupe de deux, en haut d'un mur et au-dessus d'un petit morceau de peinture bleu outremer. Défiant les lois de la pesanteur, les pierres, matière et couleur à la fois, semblent au contraire prendre une légèreté imprévisible, créant entre réel et imaginaire un paysage virtuel s'ouvrant vers l'infini suggéré par la couleur bleue. C’est le même principe qui est appliqué à Pendant que les pierres et les couleurs sont un poids vif (2010), composé de plaques de granit de couleurs différentes disposées en appui sur le mur par un seul angle, ce qui leur confère une impression de légèreté. Pendant que la terre s'oriente (2010) aborde le thème du magnétisme : une étendue de terre accueille en son centre une boussole indiquant l'orientation nord-sud.

Dans les années 1970, Giovanni Anselmo remplace les matériaux par les mots (se rapprochant ainsi de l’art conceptuel) en s’interrogeant sur le rapport entre le virtuel et le réel. Ainsi, dans l’installation Particolare (1975, galerie Sperone, Turin), l’artiste projette le mot « particolare » vers le centre de la pièce, où il ne peut être lu autrement que par l’intervention du spectateur, dont le corps devient le support de la projection.

Subtile, poétique et rigoureuse, l'œuvre d'Anselmo défie les contraintes du temps en posant la question primordiale de la relation de l'homme au monde, au temps et à l'histoire. En 1990, il obtient le lion d’or à la biennale internationale d’art de Venise. Parmi les expositions personnelles, citons celle qui a été présentée au musée d’Art moderne et d’art contemporain de Nice (1996) et à la galerie Marian Goodman, New York (1996-2001) et Paris (2010), ainsi que ses participations aux expositions collectives telles que la XXIIe biennale internationale de São Paolo (1994) et l’exposition itinérante Arte italiana, 1945-1995 : il visibile e l’invisibile (1998).

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : conservateur à l'A.R.C., musée d'Art moderne de la Ville de Paris

Classification

Autres références

«  ANSELMO GIOVANNI (1934- )  » est également traité dans :

ARTE POVERA

  • Écrit par 
  • Maïten BOUISSET
  •  • 1 648 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Rome et Turin : de nouvelles pratiques artistiques  »  : […] C'est à Turin et à Rome que vont se concrétiser, pour l'essentiel, les conditions esthétiques de l'émergence de l'Arte povera. À Turin, ville la plus industrialisée de toute l'Italie, la galerie Sperone réunit en l966, sous le titre Arte abitabile , les artistes Giovanni Anselmo (né en 1934), Alighiero e Boetti (1940-1994) et Michelangelo Pistoletto (né en 1933). À Rome, la galerie L'Attico pro […] Lire la suite

Pour citer l’article

Béatrice PARENT, « ANSELMO GIOVANNI (1934- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/giovanni-anselmo/