BOURGEOIS LOUISE (1911-2010)

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Le langage formel de Louise Bourgeois, fondé essentiellement sur l'expression du vaste registre de ses pulsions émotionnelles, fait de l'artiste une pionnière en matière de postmodernisme, qui influencera toute une génération de jeunes créateurs apparue dans les années 1980.

Épreuves, exorcismes

Née à Paris, en 1911, Louise Bourgeois s'initie au dessin dès son plus jeune âge. Après des études de mathématiques, elle se tourne vers les beaux-arts et fréquente plusieurs ateliers, dont celui de Fernand Léger qui lui prédit une carrière de sculpteur. En 1938, elle épouse Robert Goldwater, historien d'art spécialiste de l'art tribal, et quitte la France pour New York. En 1951, lors du décès de son père, l'artiste prend la nationalité américaine. Si sa première exposition personnelle à la Bertha Schaefer Gallery de New York, en l945, s'intitule Paintings by Louise, elle révèle surtout combien le dessin s'avère la matrice réelle de l'œuvre. Le dessin, dont Louise Bourgeois explique qu'il « est indispensable parce que toutes les idées qui viennent, il faut les attraper comme des mouches quand elles passent [....] et puis d'un dessin, on fait une peinture, et de la peinture on fait des sculptures, parce que la sculpture c'est la seule chose qui me libère ». On aboutit ainsi à une sorte de journal intime où tout se note, émotions, sentiments, idées visuelles, dont la rapidité de transcription est en phase avec les images enfouies au plus secret d'un inconscient, qui constituent les données de base d'une œuvre fondée sur l'autobiographie. Ainsi naissent les très nombreuses Femme-maison (1946-1947, The Solomon R. Guggenheim Museum, New York), moitié corps de femme, moitié maison. Les Femme-maison, souligne Marie-Laure Bernadac, en tant que « métaphores de la structure psychique » de l'artiste, pourraient constituer « l'emblème de toute l'œuvre en associant le géométrique et l'organique, la rigidité et la malléabilité, l'architecture et la viscéralité ».

Il faut attendre 1941 pour que l'artiste se livre à ses premières expériences dans le domaine de la sculpture. Il s'agit de formes longilignes et totémiques, groupées les unes contre les autres, et qui semblent fonctionner comme autant « d'exorcismes ». Une notion que Louise Bourgeois – qui a souvent tenu à analyser elle-même sa production – utilise pour évoquer ici tous ceux qu'elle a laissés dans son pays d'origine et « qui lui manquent désespérément ». L'artiste se sert alors d'un bois exotique très tendre, le balsa, qu'elle travaille à la lame de rasoir. Dès cette période, elle commence à prendre une part active aux courants avant-gardistes du moment et affirme peu à peu sa présence sur la scène artistique américaine. C'est aussi la période où elle s'implique dans les mouvements féministes. Par ailleurs, elle expérimente, outre le bois, toutes sortes de matériaux comme le latex et le caoutchouc, mais aussi le plâtre, l'acier, le marbre, le bronze, l'albâtre ou encore le tissu. Cette étonnante diversité de moyens d'expression lui permet d'osciller en permanence entre des formes souples et organiques et des structures géométriques d'une très grande rigueur. Ainsi Articulated Lair (1986, The Museum of Modern Art, New York), constitué de quarante-deux portes métalliques, formant un environnement pénétrable, où sont accrochées des formes oblongues en caoutchouc noir, dont Louise Bourgeois dit qu'elles sont « des présences effrayantes, accusatrices ».

Avec deux importantes sculptures suspendues, Janus fleuri et Fillette (Museum of Modern Art, New York), qui datent de l968, Louise Bourgeois annonce le caractère ouvertement sexuel de son œuvre. Janus fleuri est un double pénis réuni par un sexe féminin, et affirme l'ambivalence entre le féminin et le masculin qui est l'une des constantes de l'œuvre. Quant à Fillette, l'œuvre a fait le tour du monde, lorsque Louise Bourgeois, avec un sourire moqueur, s'est fait photographier par Robert Mapplethorpe avec ce drôle de phallus en érection sous le bras. On retrouve ce même type de formes érectiles dans la série des Cumul, dont Cumul I réalisé en marbre blanc (1969, Musée national d'art moderne, Centre Georges-Pompidou, Paris). Peu après, Louise Bourgeois réalise l'environnement The Destruction of the Father, où elle évoque les rapports douloureux qui ont marqué son adolescence, alors que son père avait installé sa jeune maîtresse à la maison. En une manière de [...]

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Maïten BOUISSET, « BOURGEOIS LOUISE - (1911-2010) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/louise-bourgeois/