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La concurrence

Les entreprises capitalistes sont soumises au jugement des marchés. Mais de quelle manière ce principe s’applique-t-il ? La concurrence parfaite, longtemps privilégiée par la théorie, décrit une économie dans laquelle les producteurs sont directement confrontés aux consommateurs. Le marché domine les entreprises et, plus largement, aucun acheteur ni aucun vendeur n’a une taille suffisante pour lui permettre d’influer sur le prix du bien. Il s’agit, toujours par hypothèse, d’un bien de qualité homogène totalement interchangeable d’un vendeur à l’autre. Les offreurs sont supposés accéder à la meilleure technique. Les consommateurs sont parfaitement informés et libres d’opter pour le vendeur de leur choix. Cette hypothèse d’école sert à déterminer les conditions objectives de formation des prix d’équilibre des biens au cas où les offreurs ne profiteraient d’aucun pouvoir de marché. Les offreurs sont incités à vendre au coût de production et à réduire celui-ci à son minimum.

Il va de soi que de telles conditions sont irréalistes. Sans négliger pour autant le fait que la concurrence oblige les entreprises à maîtriser leurs prix et leurs coûts, on ne peut s’en tenir à cette caricature : si le marché correspondait à cette fiction, les firmes se condamneraient à une guerre des prix qui les ruinerait, faute de pouvoir dégager les moyens financiers nécessaires à leur survie.

Elles tirent au contraire leur pouvoir de marché des « imperfections » de la concurrence. Ce pouvoir lui permet de résister aux coups du sort. La concurrence subsiste, même en cas de monopole, dès lors qu'un outsider qui aurait avantage à pénétrer sur le marché n'est pas empêché de le faire par des obstacles artificiels ou des coûts prohibitifs de sortie en cas d'échec. Dans les industries manufacturières, les marchés font fréquemment l’objet d’un partage inégal entre un petit nombre de leaders (oligopoles asymétriques).

La taille d'un groupe diversifié ne détermine pas à elle seule l'ampleur des moyens engagés dans la production de chacun de ses produits ; les plus grandes firmes ne sont pas leaders sur tous leurs marchés. Quand la concurrence est de type monopolistique, elle anime, de façon souvent routinière, de nombreux petits vendeurs et prestataires de services : hôtellerie, restauration, métiers de réparation, métiers de la construction, artisans, services à la personne, etc. Les concurrents les plus ambitieux sont animés par la volonté de faire mieux ou moins cher que les autres sans pour autant les éliminer ; l'offre de prestations complémentaires fidélise une clientèle de voisinage pour en tirer des profits réguliers.

Les firmes rivalisent aussi en amont. Dans les secteurs de haute technologie, par exemple, elles s’efforcent d’attirer les meilleurs talents d'ingénieurs et de sécuriser l'accès à des ressources essentielles : pétrole et gaz, métaux rares, comme le titane ou le tantale, brevets. L'obtention d'un bon rating de la part des agences de notation leur permet de bénéficier de taux d’intérêt avantageux. Les départements d'achat et les services financiers influent sur la compétitivité de l‘entreprise au même titre que la direction commerciale et le marketing stratégique.

La concurrence ne s'analyse pas comme un jeu à un tour dans lequel le gagnant élimine le perdant, par exemple à l'occasion d'un contrat concernant une commande ou d'une vente aux enchères. L'entreprise surmonte ses difficultés grâce à un répertoire de ripostes étendu. Bref, les processus de concurrence sont polymorphes et robustes.

Il ne suffit pas de rechercher les moindres coûts pour être compétitif. Moins encore de chercher à remplacer en toute occasion un facteur de production devenu relativement moins cher du fait que l'autre a renchéri. C'est surtout à son organisation interne que l'entreprise doit veiller. Ses prix de revient dépendent du degré de synergie de ses activités, de son infrastructure logistique, des frais généraux du siège, de la qualité de ses contrats, etc. Le choix des sites, la taille des usines, les procédures de décision influent sur ses coûts. Mais les entreprises ne peuvent se contenter de faire la chasse aux gaspillages. Les baisses de coûts interviennent plus massivement de façon indirecte, à la suite de bons choix stratégiques : positionnement des produits sur les marchés, fidélisation de la clientèle (politique de marques), étalement des commandes [...]

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Écrit par :

  • : professeur émérite d'économie à l'université de Paris-IX-Dauphine

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Pour citer l’article

Alain BIENAYMÉ, « ENTREPRISE - Les relations interentreprises  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/entreprise-les-relations-interentreprises/