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L'ACCUMULATION DU CAPITAL, Joan Violet Robinson Fiche de lecture

Joan Violet Robinson - crédits : D.R.

Joan Violet Robinson

En 1956, la Britannique Joan Violet Robinson (1903-1983) est une figure marquante du courant keynésien. Depuis l'article de John Hicks en 1937 qui, en cherchant à amalgamer keynésianisme et théorie néo-classique, a conduit au célèbre modèle IS-LM, la réflexion des économistes a porté sur les moyens de concilier ou de dépasser dans tous les domaines de l'économie les divergences entre ces deux approches.

En 1939, Roy Forbes Harrod donne une vision keynésienne d'une croissance indépendante du taux d'intérêt, qui est le paramètre central de la croissance chez les néo-classiques.

Joan Robinson commence alors ses recherches sur le sujet qui débouchent sur la publication, en 1956, de The Accumulation of capital (L'Accumulation du capital). Sa réflexion se nourrit surtout de ses échanges avec un autre professeur de Cambridge, l'Italien Piero Sraffa. Ce dernier a entrepris dès les années 1920 de réhabiliter David Ricardo, un temps occulté par le succès du marginalisme. Sraffa donnera en 1960 une version définitive de ses idées sur la croissance. Joan Robinson aura, par son livre, préparé le chemin.

Le profit au cœur de la croissance

Le livre s'écarte de la théorie néo-classique en ne considérant pas le taux d'intérêt comme le paramètre essentiel du processus d'expansion. Joan Robinson constate que la vision néo-classique part de l'idée que les entreprises n'ont aucun autofinancement, ou, tout au moins, que leur mode de décision dépend exclusivement de leurs conditions de financement. Or, pour une entreprise, le financement, et, plus généralement, le processus d'accumulation de machines, est non pas un but mais un moyen, le but étant de dégager du profit. Dès lors, le taux de croissance a comme déterminant premier le taux de profit, mesuré par le rapport entre la part de profit que conservent les entreprises et le stock de capital.

Si la réintroduction du profit dans l'explication de la croissance constitue un retour à Ricardo, Joan Robinson n'adopte pas purement ses thèses. Pour Ricardo, les salariés, soumis à une concurrence très sévère entre eux, n'ont aucune possibilité d'influencer la donne économique. Ils perçoivent un salaire égal au minimum vital, qui de ce fait est un élément fixe de la situation économique. Pour Joan Robinson, la répartition des revenus n'est pas donnée a priori. L'entreprise, qui a un objectif en termes de profit, doit, pour l'atteindre, trouver un moyen de contourner les revendications de ses salariés. Pour Ricardo, le profit n'a d'autre but que de fournir aux capitalistes les moyens de la croissance. Pour Joan Robinson, le profit est non seulement le moyen de la croissance, mais il en est le but. Réintroduisant une approche par la demande, elle considère que l'entreprise investit et accumule du capital en fonction de ses perspectives de vente et des profits auxquels elle s'attend. Il y a donc deux types de profit, celui ex ante qui correspond aux calculs de l'entreprise et à son objectif, celui ex post qui est un résultat et lui fournit son financement.

À cette présentation du profit comme élément clé de la croissance, elle apporte deux précisions. D'abord, les salariés perturbent le mécanisme économique en demandant une part accrue de la valeur ajoutée. Comme le taux de profit est lié au taux de croissance et donc à des éléments fondamentaux de la situation économique, la réponse du système est l'inflation. Le rapport entre salariés et capitalistes dans ce modèle de croissance sera résumé plus tard par Michal Kalecki, un ami de Joan Robinson, dans une formule aujourd'hui célèbre : « Les capitalistes gagnent ce qu'ils dépensent, les salariés dépensent ce qu'ils gagnent. » Cela signifie que les capitalistes doivent investir pour réaliser des profits, tandis que les salariés sont dans un[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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