ÉMIRATS ARABES UNIS

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Nom officielÉmirats arabes unis (AE)
Chef de l'ÉtatCheikh Khalifa ben Zayed al-Nahyan (depuis le 3 novembre 2004)
Chef du gouvernementCheikh Mohammad ben Rachid al-Maktoum (depuis le 5 janvier 2006)
CapitaleAbu Dhabi
Langue officiellearabe
Unité monétairedirham des Émirats arabes unis (AED)
Population9 279 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)71 024

Société et politique émiraties contemporaines

Une société encadrée

La société émiratie est très dépendante de l’État. La dimension tribale et familiale y est très importante et source de rivalités, celles-ci étant plus visibles au sein des familles régnantes. L’islam est un élément d’unification, même si les tribus obéissent à trois des quatre principales écoles juridiques islamiques (hanbalite, malikite, chaféite), qui correspondent à des divisions tribales. Le principal élément d’unification est la construction de l’État fédéral, qui a le souci du respect des liens du sang et du partage entre familles (le pays compte peu de terres arables, le commerce n’est pas ouvert à tous), permettant des équilibres. L’État distribue des terres, accorde des aides au secteur privé, des prêts à faible taux d’intérêt par l’intermédiaire du Social Service and Commercial Building Committee. Des logements dits « populaires », dont l’accès à l’eau et à l’électricité est assuré par l’État fédéral, sont destinés à une population autochtone émiratie qui n’a pas les moyens financiers des expatriés. Le ministère fédéral des Travaux publics et du Logement a financé la construction, depuis les années 1970, de logements dans les villes et villages du Nord auparavant délaissés.

La présence de populations immigrées dans les émirats remonte au moins au xviiie siècle : la communauté iranienne est une composante essentielle, particulièrement à Dubaï (peut-être de 60 à 70 p. 100 de la population dite autochtone de cet émirat), avec des populations émiraties dont les ancêtres viennent d’Iran et une importante population de nationalité iranienne arrivée du début du xxe siècle à nos jours (au total de 20 à 25 p. 100 de la population est iranienne). Les originaires du sous-continent indien, Indiens et Pakistanais, sont le groupe le plus nombreux, représentant 50 p. 100 de la population des É.A.U. La présence d’hommes d’affaires baloutches, d’Indiens et d’Arabes est ancienne, et ceux-ci se sont progressivement installés avec leurs familles, sur incitation des différents émirs, en particulier ceux d’Abu Dhabi et de Dubaï, dans les années 1920. Certains émirats, tel Dubaï, ont accordé relativement facilement la nationalité à des étrangers, asiatiques notamment.

La population des É.A.U., qui était de cinq cent mille habitants en 1971, est estimée aujourd’hui à huit millions d’habitants. Les nationaux représentent officiellement un cinquième de la population, en fait peut-être 15 p. 100 seulement, voire moins au niveau fédéral (et 5 p. 100 à Dubaï). Les chiffres sont encore plus impressionnants en ce qui concerne la population active, puisque celle-ci est à 95 p. 100 étrangère (dont au moins la moitié d’Indiens). Environ un cinquième des immigrés sont employés de maison et sont originaires d’Asie du Sud-Est – nombre d’entre eux sont victimes de maltraitance et d’atteinte aux droits (avec confiscation de passeport par les employeurs). Dans les années 2000, néanmoins, sous la pression des O.N.G., des améliorations ont eu lieu concernant le respect du droit du travail, la définition de salaire minimal, en particulier dans le secteur de la construction. L’emploi étranger est de plus en plus accaparé par les expatriés travaillant dans les secteurs commercial, immobilier ou bancaire, un personnel ultraqualifié qui nécessite une tout autre approche en termes de conditions de travail, de droits de propriété, voire de nationalité.

Les É.A.U. ont choisi une politique d’intégration « des meilleurs », Palestiniens-Jordaniens, Soudanais, Indiens, Pakistanais ou Iraniens. La présence étrangère est néanmoins très réglementée : les étrangers doivent obtenir un visa de sortie et sont concentrés dans certaines zones (Jebel Ali, Ruwais) qui sont des enclaves dans le désert, loin des centres de population. Depuis 2002, les étrangers peuvent acheter des biens immobiliers en pleine propriété aux É.A.U. Mais la croissance de la population étrangère, qui explique en grande partie celle de la population totale, signale la marginalisation croissante des autochtones, aboutissant à la formation d’une sorte d’État sans citoyens (autochtones). Ces tendances sont contrées par les politiques publiques d’émiratisation ou de formation de cadres, ou par les quotas fixés par la loi aux entreprises pour l’emploi de cadres émiratis.

L’enseignement supérieur est devenu une priorité, un objectif à la fois fédéral et national de formation de cadres émiratis pour l’administration et le management des entreprises. Il se rapproche des besoins d’un marché du travail bouleversé par le développement de l’économie : ainsi est créé en 2007 le Dubai Real Estate Institute pour former des cadres aptes à gérer le boom immobilier. L’Abu Dhabi Education Council (dirigé par le prince héritier et son frère) est chargé de la planification à la place des ministères de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur : profitant de la mondialisation de l’enseignement, les É.A.U. ont attiré des antennes d’universités étrangères (American University, New York University, London School of Economics, Vanderbilt University, I.N.S.E.A.D., Paris-Sorbonne).

Une vie politique atone

L’évolution politique du pays est entièrement aux mains des familles régnantes, dont les relations restent tendues, comme le montrent le coup d’État de juin 1987 perpétré contre l’émir de Sharjah (arrivé au pouvoir après le meurtre de son père en 1972) par son frère aîné, et qui n’est replacé au pouvoir qu’après une médiation intensive d’Abu Dhabi, de Bahreïn, du Koweït et de l’Arabie Saoudite, ou les luttes au sein de la famille régnante de Ras al-Khaimah en juin 2003, à la suite de la déposition du prince héritier par l’émir. En revanche, en novembre 2004, la transmission du pouvoir à Abu Dhabi se déroule en douceur.

Les dirigeants des É.A.U. ne proposent pas véritablement d’expression politique à leurs sociétés. Les détentions de prisonniers politiques et les arrestations arbitraires y sont monnaie courante ; les atteintes à la liberté de la presse et le contrôle des médias y sont importants. Des voix émiraties se font entendre, dès l’été de 2009, chez les blogueurs ou les étudiants qui se regroupent sur un site Internet où sont dénoncés la place des familles régnantes, leur corruption, la répression, les investissements économiques intenables. Les « printemps arabes » en Tunisie et en Égypte, à partir de mars 2011, coïncident avec la circulation de pétitions parmi les intellectuels des émirats, occasionnant des arrestations. Après les printemps arabes, le régime émirati manifeste une méfiance vis-à-vis des Frères musulmans, car ils sont des acteurs politiques organisés en quasi-parti, avec des liens transnationaux (depuis la maison mère égyptienne), donc poten [...]

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Émirats arabes unis : carte physique

Émirats arabes unis : carte physique
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Émirats arabes unis : drapeau

Émirats arabes unis : drapeau
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Dubaï, vue aérienne

Dubaï, vue aérienne
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Palm Islands, Dubaï, Émirats arabes unis

Palm Islands, Dubaï, Émirats arabes unis
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  • : professeur des Universités en science politique, Institut d'études politiques, Grenoble

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Pour citer l’article

Philippe DROZ-VINCENT, « ÉMIRATS ARABES UNIS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/emirats-arabes-unis/