ÉLISABETH Ire (1533-1603) reine d'Angleterre (1558-1603)

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Les problèmes politiques et religieux sous Édouard VI et Marie Tudor (1547-1558)

Réformes « henricienne » et « édouardienne »

Cependant Henri VIII, aidé de Cranmer, de Thomas Cromwell, et avec l'assistance du Parlement, a consommé la rupture avec Rome.

La « réforme henricienne » s'est traduite surtout sur le plan politique et disciplinaire (sur celui du dogme, le roi s'estime inattaquable). La politique royale ne s'est heurtée qu'à un grave soulèvement, sévèrement réprimé, le Pèlerinage de grâce (1536). À la fin du règne, pourtant, Henri VIII est contraint de constater les progrès inéluctables des idées réformées et la nécessité, peut-être, d'une véritable réforme protestante. De même, n'ayant qu'un fils, est-il forcé d'élargir à ses filles la succession éventuelle à la couronne. Les princesses, naguère déchues de tous droits, se voient alors reconnaître par le Parlement leur qualité d'héritières. Élisabeth, aux yeux de la loi qui la rend habile à succéder éventuellement, reste néanmoins une bâtarde.

Le 28 janvier, Henri VIII meurt brutalement, ne laissant, malgré ses six mariages successifs, qu'une postérité précaire, ses deux filles et son fils de neuf ans, Édouard VI. Le bref règne de celui-ci (1547-1553) est avant tout marqué – dans le tumulte des intrigues et des passions religieuses – par les progrès décisifs du radicalisme religieux. 

Édouard VI, lui-même remarquablement instruit et acquis aux nouvelles tendances, ne joue que tard un rôle personnel. Les commandes de l'État sont alors tenues par le Conseil, formé de seigneurs et de juristes en majorité protestants, et par deux « protecteurs » successifs. Le conciliant duc de Somerset, protecteur de 1547 à 1549, est écarté à la suite de la Rébellion de l'Ouest et remplacé par un rival autoritaire et déterminé, le comte de Warwick, qui le fait exécuter en 1552. Warwick, devenu duc de Northumberland, revient rapidement aux méthodes absolutistes et féroces d'Henri VIII et, pour des raisons d'opportunité, favorise les progrès de la Réforme. Le conseiller religieux reste Cranmer, décidément gagné aux formules calvinistes. Aussi la « réforme édouardienne » se marque-t-elle par des mesures radicales, malgré l'opposition d'évêques henriciens comme Gardiner. Une première phase, sanctionnée par un premier Acte d'uniformité (1549), abolit les Six Articles, institue la communion sous les deux espèces, autorise le mariage des prêtres et ôte à la messe son caractère de sacrifice. La seconde étape (Cranmer est alors aidé par John Knox, le futur réformateur calviniste de l'Écosse) efface les derniers vestiges du papisme. Le Book of Common Prayer, livre des prières communes, rédigé en anglais, consacre la signification purement commémorative de la communion. Ridley, évêque de Londres – et les autres évêques doivent suivre –, fait détruire les autels et les images, interdit ornements et gestes rituels. Un nouvel Acte d'uniformité voté en 1552 définit la nouvelle religion : deux sacrements seulement (baptême et communion) sont conservés ; la doctrine de la transsubstantiation est condamnée. L'Acte impose la participation de tous au nouveau culte et pénalise toute autre forme de service religieux. Northumberland appuie volontiers un mouvement de discipline religieuse, capable, lui semble-t-il, de consolider son régime. Mais, en 1553, la santé du frêle Édouard VI chancelle. Northumberland, conscient de la précarité de sa situation si – comme la loi l'impose – la princesse Marie succède à son demi-frère, cherche une rivale à l'héritière légale. En hâte, il marie son fils à lady Jeanne Grey (petite-nièce d'Henri VIII), prétendant qu'Édouard VI a consenti à cette dévolution insolite de la couronne. Mais le roi meurt le 4 juillet 1553. Le Conseil, où dominent les réformés, peut bien proclamer Jeanne Grey, tenter d'arrêter par les armes l'accession de la fille d'Henri VIII ; le loyalisme anglais est le plus fort. La masse des sujets, Londres surtout, se rallie à Marie ; Northumberland et ses fils sont exécutés, Cranmer envoyé à la Tour.

Marie Tudor

C'est alors le règne de Marie Tudor, épisode bref (1553-1558), dramatique et, en apparence, paradoxal. La souveraine est impérieuse, roide, appliquée, passionnée. Aussitôt, avec une facilité déconcertante, a lieu la restauration du rituel catholique, le ralliement à la hiérarchie (guidée par Gardiner, devenu chancelier), la réinstallation des évêques catholiques, l'abrogation par un Parlement, d'où les protestant [...]

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Élisabeth Ire (1533-1603)

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L'Invincible Armada

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  • : professeur à l'université de Provence, directeur de l'Institut d'art

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Pour citer l’article

André BOURDE, « ÉLISABETH Ire (1533-1603) - reine d'Angleterre (1558-1603) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/elisabeth-ire/