ÉGYPTEL'Égypte arabe

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Deux grands événements délimitent l'histoire de l'Égypte au Moyen Âge : la conquête arabe, qui donna lieu en Orient à un gigantesque brassage de peuples sur deux continents, et la découverte de la route du cap de Bonne-Espérance, fait sans précédent dans les annales commerciales du monde, qui allait provoquer la ruine momentanée de l'Égypte. Le grand port d'Alexandrie, surnommé le magasin du monde, devenait, du jour au lendemain et pour deux siècles et demi, une petite station de cabotage.

Depuis longtemps l'Égypte avait cessé de s'administrer librement : elle était devenue une colonie de l'Empire romain, puis de l'Empire byzantin ; le fameux édit de Théodose (392) fut, en quelque sorte, le chant funèbre du paganisme dans la vallée du Nil. En second lieu, le concile de Chalcédoine (451), condamnant la doctrine monophysite, base des convictions égyptiennes, causa une rupture irrémédiable avec Byzance. Soudain, les deux royaumes rivaux, Byzance et la Perse, s'effondrèrent et furent remplacés par une domination inconnue la veille : la conquête arabe fut donc un des phénomènes les plus importants de l'histoire universelle.

L'Égypte fut conquise par les Arabes, accueillis en libérateurs par la population autochtone, qui détestait ses maîtres grecs. Moins de cent ans plus tard, la langue arabe passait au rang d'idiome officiel du pays et, en outre, il semble bien que les conversions à la religion musulmane furent assez rapides pour constituer une majorité dès la fin du viiie siècle.

Les califes, depuis Médine, Damas et enfin Bagdad, administrèrent l'Égypte suivant les normes qu'ils avaient trouvées sur place : régime colonial, avec impôts particulièrement lourds. Ainsi s'organisa un empire immense dans le double cadre de la langue arabe et de la religion musulmane.

Cet empire était bien vite devenu trop vaste et la décentralisation se développa d'autant plus rapidement que les tendances les plus diverses poussaient à la dissociation du pouvoir. L'Égypte allait trouver une autonomie relative avec la dynastie toulounide, fondée par un officier turc : la durée en fut très courte (868-905), mais ces nouveaux princes eurent le mérite de montrer au peuple égyptien l'intérêt tangible de l'indépendance.

Une nouvelle puissance, schismatique, celle des Fatimides, née en Afrique du Nord, se préoccupa d'asseoir sa domination en Égypte. Elle y régna pendant deux siècles (969-1171), fonda une nouvelle capitale, Le Caire, et fut à l'origine d'une civilisation artistique hors de pair. Mais sa politique générale ne laissait pas d'être inquiétante, par ses thèses religieuses d'une part, par son inertie partielle devant l'irruption des croisés de l'autre.

Il allait être donné à une famille nouvelle, celle des Ayyoubides, de rétablir à la fois une solide force militaire et l'unité religieuse. Le fondateur de la dynastie, Saladin, fut un grand guerrier : il décapita le royaume des Francs en leur enlevant Jérusalem.

Comme autrefois l'autorité abbasside de Bagdad, la dynastie ayyoubide disparut à la suite d'un « pronunciamiento » de ses mercenaires. La révolution de ces esclaves – telle est la signification du mot arabe mamlūk – supprime leur dernier maître en 1250.

La période mamelouke, qui s'achève en 1517, est, sans contredit, la plus brillante de l'histoire de l'Égypte médiévale. Le souverain est une sorte de chef de bandes, et il est reconnu comme tel par la coutume de l'organisation de l'État, à la tête de ses anciens pairs, les esclaves, dont la condition est elle aussi légale. Ces mercenaires, montés sur le trône d'Égypte, devenu dans leur protocole le trône de l'Islam, se montrèrent en fait les dignes émules de leurs prédécesseurs : il suffirait à leur gloire d'avoir lancé cette grande idée d'empire islamique. De toute évidence, il y a souvent une disproportion entre leurs visées ambitieuses et les moyens dont ils disposent pour les réaliser : la milice est très turbulente ; ce n'était pas une mince affaire que d'imposer une autorité aux troupes et surtout aux grands officiers qui, tous, rêvent du trône.

Néanmoins, la catastrophe de la fin du xve siècle ne saurait être imputée aux Mamelouks, puisqu'elle est complètement extérieure au pays, ruiné soudain par la découverte de la route du cap de Bonne-Espérance. Ce n'est donc pas la seule incapacité de ses maîtres qui allait plonger l'Égypte dans l'ombre à la suite de l'occupation ottomane.

La conquête arabe

Au cours de l'année 638, quatrième du règne du calife Omar, six ans après la mort de Mahomet, un congrès se réunit dans une petite ville de Palestine : les généraux arabes qui venaient de s'emparer de cette région voulaient se concerter avant d'entreprendre de nouvelles opérations. Le calife était venu de Médine pour présider ce conseil de guerre, qui prit la décision d'envahir l'Égypte. Ce projet était mis à exécution dès l'année suivante. Les Arabes, empruntant la route naturelle des invasions venues de Syrie, suivie par les troupes de Cambyse et de Chosroès II, se rendirent maîtres de Farama, l'ancienne Péluse, au bout d'un mois d'efforts et, avant de parvenir à Babylone, durent stopper encore un mois devant Belbeis. La forteresse de Babylone capitula après sept mois de lutte, mais les Grecs n'étaient pas vaincus du fait de cet échec. Les Byzantins avaient concentré tout leur effort à Alexandrie, qui résista davantage. Vers le sud, un détachement considérable s'achemina vers la frontière nubienne, tandis qu'un important contingent se dirigeait sur la Libye.

Quelques années plus tard, les Grecs réussirent à reprendre pied à Alexandrie, mais ne purent empêcher la réoccupation de ce port en 646. Le Delta n'était pas pacifié pour autant et les habitants de l'ancienne Éléarchie, célèbres par leur esprit d'insubordination, tinrent tête aux envahisseurs. Ce fait décida l'empereur Constant II à tenter en 655 un débarquement à Alexandrie, mais, malgré la supériorité numérique de ses vaisseaux, il fut battu par la flotte arabe.

Que l'enthousiasme des Arabes ait été soutenu par leur zèle religieux, qu'un butin extraordinaire ait pu exciter l'appétit de certains aventuriers, on ne saurait le mettre en doute. Mais ils profitèrent surtout, notamment en Égypte, des tendances séparatistes agressives de la population chrétienne qui ne se trouvait aucun lien de solidarité avec les maîtres byzantins, dont elle ne parlait pas la langue ni ne partageait intégralement les croyances.

Les autochtones acceptèrent donc avec indifférence, sinon avec soulagement, les stipulations d'un accord, anodines en apparence, qui ne modifiaient guère leu [...]

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  • : membre de l'Institut, professeur honoraire au Collège de France

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Pour citer l’article

Gaston WIET, « ÉGYPTE - L'Égypte arabe », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/egypte-l-egypte-arabe/