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Les Ayyoubides

Le vizir du dernier Fatimide, Saladin, fait, non sans quelque atermoiement, proclamer l'autorité du calife abbasside, ce que la paisible population de l'Égypte accueille avec une parfaite indifférence.

Saladin et l'apogée des Ayyoubides

La puissance ayyoubide était née, et son originalité se fit sentir dans tous les domaines : militaire, par la mise en œuvre de toutes les ressources pour chasser les croisés de Syrie ; religieux, par la suppression du shi‘isme et l'institution d'un enseignement unifié à l'aide de la madrasa ; artistique, par la forme plus austère de l'architecture et une décoration plus proche de la géométrie, sans compter la suppression de l'écriture coufique dans l'épigraphie monumentale. Il convient donc de faire honneur à Saladin de l'élaboration et du succès de ce programme. Le sunnisme va être rétabli grâce à la création de ces établissements d'enseignement, soigneusement surveillés, d'où sortiront des professeurs dévoués et des fonctionnaires obéissants.

La nature des rapports avec les croisés va changer. L'ancien gouvernement du Caire avait adopté vis-à-vis du royaume latin une attitude assez passive : on tolérait le voisin en attendant des jours meilleurs ; on opérait des razzias, auxquelles l'adversaire répondait par des procédés semblables ; il en résultait la perte ou l'annexion d'un village et, des deux côtés, on faisait des prisonniers, qu'on échangeait ensuite.

Saladin commence par subir, en Syrie, l'ascendant des Francs, qui gagnent, en 1177, la bataille du mont Gisart, mais sont repoussés sous les murs mêmes de Damas en 1179. À cette date, Saladin avait réalisé l'unité de commandement en occupant tous les territoires musulmans de Syrie jusqu'à Alep, et, en 1182, il y joignait une partie de la haute Mésopotamie. C'est alors qu'il fit donner une leçon à Renaud de Châtillon, qui, de la principauté de Montréal (Shaubak), avait osé pousser une expédition jusqu'à une journée de Médine : l'escadre franque fut capturée et certains prisonniers ramenés à La Mecque, où ils furent, le jour des Sacrifices, égorgés rituellement comme les bêtes offertes en holocauste ce jour-là. En 1187, Saladin estime que le moment de la grande offensive est venu : il s'empare de Tibériade, gagne la bataille de Hattin et prend d'assaut Saint-Jean-d'Acre. De nombreuses forteresses sont conquises, depuis Ascalon jusqu'à Beyrouth, et l'étau se resserre autour de Jérusalem, qui succombe assez rapidement : la campagne avait duré moins de quinze mois. L'année suivante, il remonte vers le nord jusqu'à Lattakieh, pendant qu'un de ses lieutenants supprime l'enclave de Karak, qui gênait les communications entre Damas et Le Caire. Saladin fut donc un grand guerrier, qui porta de terribles coups aux croisés, dont il décapita le royaume. Mais il ne put achever son œuvre : il n'avait pas de marine, il était aux prises avec d'insurmontables difficultés financières et, surtout, ses officiers ne voulaient plus se battre. Tous ses efforts allaient être compromis en partie par ses descendants.

La paix de 1191 était néanmoins très favorable aux musulmans. Le royaume latin était réduit à une bande côtière, s'étendant environ de Jaffa à Antioche. Le fait nouveau depuis le commencement des croisades, c'est la liberté de transit, plus utile aux musulmans qu'aux chrétiens : en effet, si ces derniers allèrent à Jérusalem accomplir leurs dévotions, les musulmans pénétrèrent dans les ports pour faire du commerce.

L'unité menacée

L'empire était le plus vaste qui ait été dirigé du Caire. Pour le maintenir dans une tranquillité relative, Saladin mena une existence de nomade, jouant du prestige dont jouissait sa personnalité. La disparition du chef de la famille fit apparaître l'ambition jalouse de tous les princes, qui vont passer leur temps à faire et défaire des alliances et à guetter leurs faiblesses mutuelles. Les principautés du Yémen et de la Mésopotamie ne comptent plus guère dans l'histoire d'Égypte ; en Syrie, la principauté de Baalbek sera éphémère, celles de Homs, de Baniyas et de Karak disparaîtront avec les premiers sultans mamelouks, celles de Damas et d'Aple finiront par être réunies sous la même couronne et tiendront jusqu'en 1260 ; enfin, les Mamelouks laissèrent vivre celle de Hama jusqu' [...]

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  • : membre de l'Institut, professeur honoraire au Collège de France

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Pour citer l’article

Gaston WIET, « ÉGYPTE - L'Égypte arabe », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/egypte-l-egypte-arabe/