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ÉDUCATION Sociologie de l'éducation

Émile Durkheim

Émile Durkheim

On considère généralement qu'Émile Durkheim est le fondateur de la sociologie française de l'éducation parce qu'il affirmait que l'école a pour finalité de produire des individus socialisés, à travers une « éducation morale » visant à former des acteurs adaptés à des conditions sociales données, et des individus autonomes, des citoyens capables de s'élever vers la culture de la « grande société ». En fait, cette sociologie participait de la construction d'une école de la République chargée d'assurer la formation d'une conscience nationale, d'une participation démocratique et d'une morale universelle et laïque ; l'école de la République devait se mettre au service de la Raison et de l'intégration des individus dans la société. L'ampleur des tâches attribuées à l'école a fait de celle-ci une organisation centrale chargée d'instituer la nouvelle société qui s'est formée au xixe siècle et d'incarner l'idéal révolutionnaire. Plus que toute autre institution, l'école a incarné la République.

Dès les années 1960, en France, la sociologie de l'éducation s'est consacrée à l'étude et à l'explication de la distance et des tensions qu'il pouvait y avoir entre ce modèle et la réalité des pratiques et du fonctionnement de l'école. C'est pour cette raison que la question des inégalités scolaires est devenue centrale. La sociologie de l'éducation s'est progressivement construite autour de traditions théoriques différentes, mais surtout, autour des problèmes qui se développent et se transforment au fil des mutations de l'école, de la culture et de la société. L'inégalité des chances, les difficultés rencontrées par la massification scolaire ont alors largement inspiré la production sociologique en matière d'éducation.

Inégalités sociales, inégalités scolaires

La préoccupation la plus constante, sinon la plus ancienne, concerne la formation des inégalités scolaires. Pourquoi observe-t-on partout que les élèves issus des catégories sociales les moins favorisées obtiennent, en moyenne, de moins bons résultats que leurs camarades venant des groupes les plus favorisés ? Cette question est d'autant plus centrale que nous vivons dans des sociétés démocratiques affirmant l'égalité fondamentale des individus et dans lesquelles l'égalité des chances scolaires est tenue pour une valeur fondamentale de l'école. Avec la massification scolaire amorcée dans les années 1960 et 1970, et la possibilité offerte, en principe, à tous les élèves d'accéder aux formations les plus longues et les plus prestigieuses, le maintien des inégalités sociales face à l'école apparaît comme une sorte de scandale.

Les travaux de Pierre Bourdieu et de Jean-Claude Passeron ont joué un rôle décisif en expliquant que les performances et les parcours scolaires des élèves étaient déterminés par les ressources culturelles que possèdent les diverses classes sociales. Les plus cultivées disposent d'une langue, de représentations culturelles et de motivations qui favorisent la réussite scolaire et dont leurs enfants « héritent », alors que les élèves des classes populaires ont moins de « capital culturel » et plus de difficultés scolaires. Mais cette théorie de la reproduction a aussi montré que si les inégalités sociales persistent à l'école, ce n'est pas seulement parce que les élèves sont socialement inégaux, c'est aussi parce que l'école aurait pour fonction latente de reproduire ces inégalités. La culture scolaire ne serait ni neutre, ni objective, ni universelle, elle retiendrait les codes et les valeurs de la culture dominante, elle masquerait ainsi un « arbitraire culturel » favorable à la classe dominante et exerçant une « violence symbolique » sur les élèves les moins favorisés.[...]

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Écrit par

  • : professeur des Universités, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

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