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DIEU L'affirmation de Dieu

L'incompréhensibilité de Dieu chez les Pères grecs

Dire comment a été compris le Dieu de Jésus-Christ, ce serait retracer l'histoire de toute la théologie chrétienne, car la théologie par définition même parle de Dieu et de tout le reste en fonction de lui. Dès les premiers siècles, la pensée chrétienne a été traversée par des crises très graves, en particulier la crise arienne. On n'en parlera pas ici car restituer le développement de la pensée patristique sur Dieu, ce serait pratiquement écrire l'histoire du dogme de la Trinité. Il faut attendre le Moyen Âge pour trouver dans la théologie latine la distinction nette entre un traité de Dieu considéré dans son unité et un traité de la Trinité. Une telle distinction est inconnue de la pensée patristique, pour laquelle l'étude de Dieu et de ses grands attributs se fait à l'occasion de la réflexion sur la personne du Père.

Ce que l'on retiendra, c'est le problème de la rencontre de la pensée chrétienne et de la pensée grecque. Il y a eu nécessairement osmose, mais sans contamination du christianisme. On peut le vérifier à propos de la connaissance de Dieu. Pour acquérir un sens plus grand de l'incompréhensibilité de Dieu, les Pères ont utilisé les ressources du néo-platonisme, particulièrement son idée de la remontée vers l'Un, mais sans jamais abandonner le thème biblique du « Dieu caché ».

Le Dieu caché et le Dieu inconnu

On se trouve en présence de deux séries de textes dans l'Écriture. Les uns affirment que nul ne peut voir Dieu et rester vivant (cf. Ex., xxxiii, 20-23 ; et aussi xix, 21). « Personne n'a jamais vu Dieu », déclare Jean (I Jean, iv, 12). D'autres affirment la possibilité de voir Dieu. « J'ai vu Dieu face à face et mon âme est restée vivante » (le combat de Jacob avec l'ange, Gen., xxxii, 24-30). Dieu parle à Moïse comme on parle à un ami, face à face (Ex., xxxiii, 11 ; Deut., xxxiv, 10).

Dieu s'est fait connaître : il s'est révélé en Jésus-Christ, ce qui rend possible une théologie, un discours sur Dieu. On parlera de théologie cataphatique pour désigner cette théologie affirmative. Mais, même après la révélation, l'essence de Dieu demeure au-delà de ce qu'on peut en connaître : il est le Dieu caché. On parlera de la théologie négative ou apophatique pour désigner une théologie qui garde toujours ce sens de l'incompréhensibilité de Dieu. La théologie des Pères grecs est particulièrement représentative d'un tel esprit.

Le théologien protestant suisse Karl Barth a suspecté les Pères grecs d'avoir compromis le thème biblique du Dieu caché avec celui du Dieu inconnu du néo-platonisme. Si Dieu est en effet déclaré inaccessible, ce n'est pas en vertu d'une réflexion sur les limites de notre pouvoir de connaître, mais c'est parce qu'il se révèle comme le Dieu caché et que la grâce seule établit le rapport entre lui et nous.

On peut penser que Barth accepte trop facilement comme allant de soi la thèse d'une contamination de la pensée chrétienne par la pensée grecque chez les Pères (au début du xxe siècle le luthérien allemand Adolf Harnack parle d'une hellénisation de la foi au cours de l'ère patristique et le Suédois Anders Nygren d'une opposition radicale entre l'érôs grec et l'agapê chrétienne). La pensée des Pères cappadociens par exemple témoigne au contraire d'un très grand souci de ne pas compromettre la connaissance chrétienne de Dieu avec une contemplation de type platonicien.

Le Dieu incompréhensible

La pensée des Pères cappadociens du ive siècle (Basile, Grégoire de Naziance, Grégoire de Nysse) représente un moment décisif dans l'effort de purification de l'hellénisme alexandrin de Clément et d'Origène. C'est pourquoi il est toujours abusif de parler sans[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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    • 4 222 mots
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