DELTAS

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Les deltas sous-marins profonds, ou « deep-sea fans »

Pendant les périodes glaciaires du Quaternaire et plus particulièrement pendant la dernière, le niveau mondial des mers et des océans se trouvait à une centaine de mètres plus bas qu'actuellement. De ce fait, les fleuves débouchaient au voisinage de la bordure du plateau continental et y déposaient leurs alluvions. Celles-ci, en position de déséquilibre gravitaire, étaient périodiquement entraînées, sous forme de courants de turbidité, le long du talus continental, le plus souvent par l'intermédiaire des canyons sous-marins, jusqu'au pied de la marge continentale, où elles s'accumulaient sous forme d'édifices de type deltaïque.

Ces appareils sédimentaires, connus sous le nom de deep-sea fans, ou éventails sédimentaires profonds, sont le plus souvent beaucoup plus étendus que les deltas continentaux. Ainsi, la superficie du delta continental du Rhône est-elle de 1 600 kilomètres carrés, tandis que celle de son deep-sea fan est de 72 000 kilomètres carrés ; pour le Mississippi, cette superficie passe de 28 600 à 100 000 kilomètres carrés ; pour le Gange-Brahmapoutre, de 91 000 à 3 000 000 de kilomètres carrés (soit plus de cinq fois la France).

Morphologie des deltas sous-marins profonds

La plupart des deltas de ce type, résultats d'une accumulation sédimentaire, présentent un profil général de forme convexe. Ils sont composés, de l'amont vers l'aval, de trois parties essentielles plus ou moins bien caractérisées et développées.

L'éventail supérieur est caractérisé par une vallée unique, ou chenal principal, prolongeant le plus souvent le canyon sous-marin qui a canalisé le long de la pente les sédiments nourriciers de l'éventail. Ce chenal est bordé de levées sédimentaires en général proéminentes (plusieurs dizaines de mètres) et dissymétriques. L'utilisation de méthodes bathymétriques précises révèle parfois que les chenaux présentent un profil transversal en forme de U, à l'intérieur duquel sinue un chenal dont le cours est très méandriforme et dont la largeur diminue progressivement vers l'aval.

L'éventail moyen est le domaine où le chenal se ramifie et où les levées s'estompent progressivement en même temps que la pente générale s'adoucit.

Dans l'éventail inférieur, les chenaux, de plus en plus rares, deviennent à peine perceptibles dans la morphologie et ne sont plus bordés de levées. Le profil général demeure convexe, mais les pentes deviennent très faibles et se raccordent insensiblement aux fonds horizontaux de la plaine abyssale.

Nature des dépôts et mécanismes de sédimentation

La nature et la répartition des sédiments constituant les différentes parties des deep-sea fans indiquent que les principaux mécanismes de dépôt qui régissent leur formation sont de type gravitaire. Il s'agit essentiellement de courants de turbidité, courants très chargés en particules cheminant au voisinage du fond le long de pentes même très faibles sous l'effet de la pesanteur. Les sédiments qui leur sont liés, ou turbidites, sont caractérisés par des alternances de matériaux de granulométrie très différente (sables, argiles) reflétant les phénomènes de décantation des particules transportées. Les dépôts gréso-marneux appelés flyschs, très répandus dans les affleurements géologiques, représentent d'anciennes turbidites. Glissements en masse et avalanches contribuent également à la formation des deep-sea fans. Quant à la sédimentation pélagique, elle n'intervient que très peu dans leur construction.

Le mécanisme de mise en place des sédiments par ces processus gravitaires rend compte de certains traits de la morphologie des deep-sea fans. Ainsi, dans les parties supérieures de ces appareils, les levées sédimentaires sont le résultat des débordements latéraux et du dépôt des particules les plus fines (argiles), alors que les parties les plus grossières (blocs, graviers, sables) se déposent dans l'axe des chenaux. En outre, les phénomènes d'avalanches peuvent être responsables du colmatage des chenaux ou de la dislocation des levées, provoquant ainsi les phénomènes de migration de chenaux qui modifient la distribution des flux sédimentaires nourriciers. Ces phénomènes peuvent également se produire lorsqu'il y a sapement puis rupture des levées par les courants de turbidité, à la faveur notamment de méandres des chenaux. On peut ainsi aboutir à d [...]

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Delta du Mékong

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Pour citer l’article

Gilbert BELLAICHE, « DELTAS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/deltas/