CANYONS SOUS-MARINS

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Les canyons sous-marins sont des vallées encaissées qui entaillent profondément – sur 1 000 à 1 500 mètres – les marges continentales, depuis le sommet de la pente (ou même parfois depuis le littoral) jusqu'au glacis, où le relief s'estompe rapidement. Leur ressemblance avec les cours fluviaux a très tôt fait naître de vives controverses quant à leur origine. Mais, depuis les années 1960, le développement technologique, en permettant d'accroître notre connaissance sur la morphologie et la structure des marges continentales, a fait perdre aux canyons leur caractère quelque peu mystérieux.

De formes et d'origines variées, ils ont joué (et jouent encore, pour certains d'entre eux) un rôle primordial dans l'alimentation en sédiments terrigènes des glacis (éventails sédimentaires profonds ou deep-sea fans, en particulier ; cf. deltas) et des plaines abyssales.

Très schématiquement, et exception faite pour les canyons méditerranéens, creusés en milieu aérien, on peut dire que les canyons furent tous creusés en domaine sous-marin par le jeu combiné, d'une part, des ravinements et des éboulements de parois, d'autre part, du creusement du lit par les courants de turbidité de haute densité ou par les écoulements de vase très fluide.

Historique

Les recherches et les idées

La profondeur des fonds côtiers augmente brusquement quand une tête de canyon est proche du littoral. Les orthogonales de houle y deviennent divergentes ; le déferlement faiblit, ce qui permit très tôt aux navigateurs d'y trouver une relâche ou un abri. Les pêcheurs, pour les mêmes raisons mais plus encore pour la productivité marine résultant des upwellings fréquents ou permanents qui s'y forment, construisirent leur village à proximité : les « goufs » de Capbreton (Pays basque), de Nazaré (Portugal) et de Cayar (Sénégal) sont les plus connus. L'approfondissement brusque en ces points a parfois suggéré des noms évocateurs, comme Trou-sans-fond (Abidjan) ou Swatch-of-no-ground (Gange).

Dès la fin du xixe siècle furent publiées les premières descriptions – limitées encore aux zones peu profondes – du gouf de Capbreton et du canyon de l'Hudson, au sud-est de New York. Dans les années 1930 apparurent les premières méthodes de sondage sonore et ultrasonore. Elles permirent les levés bathymétriques des canyons provençaux (restés secret militaire jusqu'en 1945) et ceux du gouf de Capbreton et des canyons de la côte orientale des États-Unis. Parallèlement, les prélèvements réalisés sur les versants des canyons mirent en évidence la diversité des roches encaissantes : socle cristallin, roches sédimentaires ou vases récentes. L'importance du creusement (jusqu'à 4 000 m dans le canyon de Great Bahama), le resserrement du lit, les tracés rectilignes ou sinueux et la vigueur des pentes provoquèrent un très long débat sur l'origine énigmatique de ces gouffres étonnants, encore accentués par l'exagération verticale des enregistrements des sondeurs. Les cartes bathymétriques montraient une curieuse analogie avec les réseaux fluviaux par leur cours principal et leurs affluents hiérarchisés.

Le creusement aérien fut proposé très tôt par Francis P. Shepard (1897-1985), chercheur américain qui consacra toute sa carrière à l'étude des canyons. Plusieurs arguments – comme la continuité fréquente des cours aériens et sous-marins – étayaient cette opinion. Mais, comme le reconnut plus tard F. P. Shepard lui-même, les preuves indiscutables d'un abaissement du niveau de la mer de plus de 1 500 mètres n'ont jamais été découvertes. L'idée fut abandonnée, comme celle des résurgences sous-marines d'eau continentale, qui ne pouvaient expliquer le creusement dans les roches cristallines. L'hypothèse qui invoquait l'accumulation d'eau sur les littoraux par les tsunamis et le creusement du fond par le flot boueux de retour n'eut pas plus de succès, la répartition des tsunamis ne correspondant que rarement à celle des canyons. Les écoulements d'eau plus dense (par baisse de température ou augmentation de salinité) le long de la pente continentale furent également écartés en raison de leur faible capacité d'érosion.

Mais d'autres propositions eurent plus de succès, telle celle de la flexure continentale proposée par le géologue marin français Jacques Bourcart dans les années 1950, qui soulignait que le modelé [...]

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Canyon Bourcart

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Gouf de Capbreton

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Baie des Anges : bathymétrie

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Pour citer l’article

Maurice GENNESSEAUX, « CANYONS SOUS-MARINS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/canyons-sous-marins/