CORRÈGE (1489 env.-1534)

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Hautement apprécié de son vivant, l'Émilien Corrège mérite les éloges de l'historiographe toscan Giorgio Vasari, qui le place dans la succession immédiate de Léonard et de Giorgione. L'évolution fulgurante de son œuvre servit de modèle aux maniéristes émiliens ; ses figures « sans pesanteur » seront reprises par Primatice. Tous les grands coloristes des xviie et xviiie siècles « fréquentent son école » figurative – les Carrache aussi bien que Coypel, qui s'en inspire pour ses projets de coupoles. Mengs, dans ses Réflexions de 1782, dira de l'œuvre de Corrège qu'elle « a réalisé la plus parfaite dégradation de la couleur et a exprimé les formes les plus délicates et presque insensibles ».

Figure isolée, Corrège nous fournit, dans une œuvre mystérieusement sensuelle, une des meilleures démonstrations de l'indigence de la « perspective historique » dont l'évolutionnisme trop mathématique ne saurait rendre compte des artistes « en marge ». Le chemin très personnel parcouru en quinze ans seulement par Corrège nourrira deux siècles de peinture européenne. Son élève, Parmesan, en essayant d'institutionnaliser l'élégance indicible des coloris de Corrège, a démontré son impuissance à matérialiser en formules académiques un « moment poétique » qui reste le secret de cet « épicurien d'un art tout en nuages d'une atmosphère vibrante, pleine de parfums et de sourires » (Venturi).

Un peintre émilien

La vie du peintre émilien Antonio Allegri, dit le Corrège, né dans la ville qui lui donna son nom, n'est connue que par des témoignages indirects ; à l'incertitude de sa date de naissance s'ajoutent les informations imprécises au sujet de sa vie, de sa culture et de sa formation artistique. Seuls quelques contrats et documents d'archives fournissent les repères certains de l'évolution d'un des plus fascinants talents de la Renaissance italienne. Dans les Vies des plus célèbres peintres... (1550), Vasari trace le portrait trop simplifié d'un peintre solitaire, génie inquiet et bizarre, isolé dans la modestie exemplaire d'une existence provinciale. L'iconologie savante des dernières mythologies de ce peintre parmesan, le raffinement distingué de leur enveloppe formelle ainsi que la participation de Corrège aux délibérations d'une commission chargée de la surveillance de la construction à Parme de l'église de la Steccata (documents de 1525) contredisent cette légende. Une étude d'Erwin Panofsky sur l'iconographie de la chambre de Saint-Paul (vers 1519) situe Corrège dans l'entourage des humanistes émiliens qui se recrutaient parmi les poètes et numismates les plus érudits.

Les biographes de l'artiste situent ses débuts dans sa ville natale et à Mantoue. Élève de son oncle Allegri et d'autres artistes mineurs, le jeune peintre se souviendra des perspectives de Mantegna (fresques de la chambre des Époux au palais de Mantoue) ; ce modèle et la perfection d'un dessin d'une prodigieuse légèreté fourniront des conditions idéales au déploiement de son talent. Les premières œuvres de Corrège sont marquées par l'héritage du sfumato indécis des maîtres secondaires du protomaniérisme émilien (Longhi). Leurs interprétations entachées de provincialisme essaient d'associer les enseignements des Florentins – solidité architectonique des compositions et perfection du dessin anatomique – avec le nouveau sens de la couleur des Vénitiens.

L'œuvre de Corrège va osciller entre les exemples de Costa ou d'Aspertini et le « nouveau frisson » intellectuel du sfumato métaphysique transmis de Lombardie par les élèves de Léonard de Vinci ; il réalisera ainsi une synthèse brillante des tentatives profondément « picturales » qui marquent en Italie centrale le début du xvie siècle avec les œuvres de Fra Bartolomeo et d'Andrea del Sarto à Florence, de Beccafumi à Sienne et de Dossi à Ferrare. La Madone de Saint-François (1515, Dresde), La Sainte Famille de 1516 et L'Adoration des bergers, dite La Nuit (1530, Dresde), témoignent des profondes affinités du jeune artiste avec le dolce stil nuovo.

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Noli me tangere, Corrège

Noli me tangere, Corrège
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Jupiter et Io, Antonio Allegri, dit le  Corrège

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Pour citer l’article

Andréi NAKOV, « CORRÈGE (1489 env.-1534) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/correge/