COGNITION SOCIALE

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Si la psychologie sociale étudie la manière dont les pensées, les émotions et les comportements sont influencés par autrui et l’affectent, la cognition occupe une place tout à fait privilégiée dans la discipline. Mobilisant de façon intensive les modèles de l’attention, de la mémoire, du raisonnement et de la formation de concepts, la cognition sociale est un courant de recherche très actif, qui entend mettre en évidence les structures et les processus permettant aux gens de penser les individus, les groupes et les événements qui les entourent. Sur le plan des structures, les chercheurs s’appuient sur la notion déjà ancienne de schéma. Un schéma rassemble les informations emmagasinées sur un individu, un groupe ou toute autre cible de jugement, s’organise le plus souvent autour d’un label, tels un trait, un rôle social ou une étiquette groupale, et oriente l’encodage et le rappel des informations ainsi que la réponse, le plus souvent dans le sens des attentes. Au niveau des processus, les chercheurs ont identifié plusieurs étapes allant de la catégorisation lors de la rencontre des stimuli à une activation et à une application, voire à une inhibition, des informations schématiques, ces opérations pouvant être plus ou moins automatiques en fonction des ressources cognitives, mais aussi des buts qui viennent colorer le jugement et moduler le degré de prudence avec lequel ce dernier est réalisé.

Dès les années 1940, au moment même où la psychologie contestait tout intérêt scientifique aux fonctions mentales, et ce, jusqu’à l’avènement du courant cognitiviste dans les années 1960, le rôle des processus mentaux a été mis en avant dans la genèse du comportement. À la suite de Kurt Lewin, dont les recherches plongent leurs racines dans la psychologie de la Gestalt, les psychologues sociaux ont considéré qu’une pleine compréhension du comportement social exigeait de prendre en compte la manière dont les gens se représentent leur environnement. Ainsi, on peut se forger une impression cohérente d’autrui sur la base d’un petit nombre de traits, sans que cette impression se résume à la somme des informations recueillies. Les fameux effets de primauté (les premières informations pèsent plus lourd que les autres dans la confection de l’impression) et de centralité (certaines informations orientent davantage les impressions que d’autres) mis au jour dans ces études trouvent d’ailleurs un nouvel écho dans les travaux du début du xxie siècle sur les dimensions fondamentales du jugement social.

Pendant et juste après la Seconde Guerre mondiale, les chercheurs ont prioritairement abordé la question du changement d’attitude. À côté des travaux sur la persuasion qui, sous la houlette de Hovland, McGuire et d’autres, révèlent eux aussi une touche cognitiviste, plusieurs chercheurs ont, dans le droit fil des conceptions gestaltistes, souligné le net penchant des individus à disposer de cognitions qui sont cohérentes entre elles. L’aversion pour toute inconsistance dans le système de représentations, ce qu’il est convenu d’appeler « la dissonance cognitive », inciterait d’ailleurs à réduire les incohérences entre conduites et cognitions, offrant du coup un double levier au changement. Le déclin de popularité des travaux sur la dissonance ouvrira la voie aux recherches sur la psychologie naïve et l’attribution causale : mus par leur désir de comprendre, mais aussi de prédire et de contrôler, leur environnement, les gens tenteraient d’expliquer les faits dont ils sont témoins. Seront mises à l’honneur deux grandes classes d’explication chères aux individus en quête des invariants qui sous-tendent les conduites : d’une part, les caractéristiques de personnalité, en ce compris les humeurs, les valeurs, les intentions, etc., et, d’autre part, les causes situationnelles telles que les rôles, les attentes, les pressions, les règles, etc. Si les conceptions théoriques initiales postulent la rationalité des observateurs sociaux dans leur tentative de compréhension du réel, leurs auteurs se rendront vite à l’évidence : les gens interprètent les événements en se montrant peu sensibles à l’impact de la situation et surestiment le poids des individus. Dans la foulée, de nombreuses recherches montreront que les inférences sociales sont biaisées par des capacités limitées de traitement d’information, incitant les individus à recourir à des raccourcis de jugement appelés « heuristiques », autant que par des motivations personnelles et sociales. Depuis le milieu des années 1990, cette conception de l’observateur social comme un avare cognitif confronté à un monde trop complexe laisse toutefois la place à la vision plus nuancée d’un tacticien motivé : comprendre les autres est envisagé comme une activité pragmatique qui résulte des interactions sociales autant qu’elle les façonne. Dans les années 2010, la cognition sociale s’est orientée vers les neurosciences ainsi que la psychologie culturelle. Outre qu’ils intègrent des apports théoriques originaux, les chercheurs s’appuient sur des techniques comme la résonance magnétique ou les potentiels évoqués pour pister l’activité cérébrale lors d’opérations comme le traitement d’information à propos de membres de groupes stigmatisés, l’interprétation des émotions sur les visages ou l’attribution causale face à des conduites inconsistantes. En tablant sur la diversité des conduites sur les plans historique et culturel, la psychologie culturelle invite quant à elle à reconsidérer les motivations et les contenus, mais aussi certains processus censés guider la façon dont les observateurs sociaux appréhendent le monde qui les entoure.

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Pour citer l’article

Vincent YZERBYT, « COGNITION SOCIALE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cognition-sociale/