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MÉMOIRE

De prime abord, la mémoire renvoie à une représentation de notre passé. Cette courte phrase élude en fait de nombreuses facettes d’une fonction mentale éminemment complexe. En termes de mécanismes de fonctionnement, la mémoire est une construction composite qui permet d’encoder (ou enregistrer), de stocker (ou consolider) et de récupérer (ou rappeler) des informations (ou toutes autres formes de représentations ou de comportements). Cette définition, encore très générale, renvoie aux trois phases obligées de toute activité mnésique : encodage, stockage, récupération, mais ce serait une erreur de considérer qu’ils correspondent à des processus standard, figés et analogues d’une situation à l’autre.

Une fonction mentale complexe et composite

Ainsi, concernant la phase d’encodage, un individu peut faire des efforts délibérés pour enregistrer des informations, dans le cas, par exemple d’un étudiant qui prépare un examen. Dans nombre d’autres situations et lors de nos actes de la vie courante, nous enregistrons des informations sans effort, et sans même parfois avoir conscience de solliciter notre mémoire. Il s’agit dans ce cas d’un encodage incident. Les situations d’encodage sont donc extrêmement diversifiées, tout comme le type de matériel qui peut être mémorisé.

La phase de stockage renvoie elle aussi à des situations très diverses, ne serait-ce qu’en ce qui concerne les délais de rétention. Ainsi, l’information peut n’être maintenue en mémoire que pendant quelques secondes ou minutes, le temps de réaliser une tâche en cours, alors que, dans d’autres cas, un événement sera conservé en mémoire durant la vie entière. Les termes de stockage ou de consolidation sont toutefois trompeurs, car ils pourraient laisser entendre que les informations sont conservées à l’identique, comme dans une bibliothèque ou dans le disque dur d’un ordinateur. Il n’en est rien : ces informations sont toujours transformées et remaniées, en fonction de facteurs multiples, notamment les indices externes qui favorisent la récupération, mais aussi les connaissances plus générales, les objectifs et les aspirations du sujet.

La récupération en mémoire s’opère également sous des formes très diverses. Si l’on retrouve notre étudiant le jour de l’examen, celui-ci fait un effort délibéré de mémoire pour se remémorer son cours suivi tout au long de l’année. L’acte de mémoire est ici qualifié d’intentionnel et d’explicite et, de surcroît, il demande des efforts pour récupérer le maximum de contenus. Dans beaucoup d’autres situations, l’individu récupère les informations de façon beaucoup plus aisée, parfois à son insu, sans même avoir conscience de faire appel à sa mémoire. Il en est ainsi quand un lieu, comme une maison ou un paysage, nous met dans un certain état d’esprit – joie, tristesse… – ou nous fait penser à des personnes que nous avons connues à une période particulière de notre vie ou encore à d’autres que nous n’avons pas croisées depuis longtemps. Nous faisons aussi appel à notre mémoire, ou à une forme de mémoire, quand nous écoutons une mélodie, quand nous comprenons les mots du langage, quand nous conduisons notre voiture, quand nous cherchons à résoudre un problème et même quand nous nous projetons dans l’avenir pour anticiper une situation plus ou moins plausible, ce qui est un atout précieux pour prendre des décisions.

Ces quelques exemples, que nous pourrions étendre à l’infini, soulignent le fait que la mémoire est beaucoup plus complexe et composite que nous l’évoquions dans un premier temps, quand nous l’assimilions à une simple représentation du passé ou à des phases mécanistiques qui vont de l’acquisition à la restitution d’une information. Outre le délai de rétention et la nature des informations mémorisées, de nombreuses autres variables viennent moduler le travail de[...]

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Écrit par

  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études, directeur de l'unité 1077 de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale, université de Caen Normandie

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Le modèle MNESIS

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Autres références

  • AUTORÉFÉRENCE ET MÉMOIRE

    • Écrit par Serge BRÉDART
    • 848 mots

    L’effet de l’autoréférence sur la mémoire désigne le fait que les informations relatives à soi sont mieux mémorisées que les informations relatives à autrui.

    La procédure classique qui a permis la mise en évidence de cet effet consiste à présenter des adjectifs décrivant des traits de ...

  • MÉMOIRE AUTOBIOGRAPHIQUE

    • Écrit par Arnaud D' ARGEMBEAU
    • 1 961 mots

    La mémoire autobiographique désigne l’ensemble des souvenirs et des connaissances qu’un individu a de son passé personnel. L’étude systématique de la mémoire autobiographique a émergé dans les années 1980 en réaction aux recherches qui évaluaient les mécanismes de la mémoire exclusivement sur...

  • MÉMOIRE CHEZ L'ENFANT

    • Écrit par Francis EUSTACHE
    • 2 454 mots

    La mémoire est une fonction mentale indispensable aux apprentissages et, au-delà, elle est essentielle à la construction de l’identité personnelle. La mémoire est ici considérée comme un ensemble de systèmes en partie indépendants et en interaction constante, mis en place progressivement...

  • VIEILLISSEMENT DE LA MÉMOIRE

    • Écrit par Francis EUSTACHE
    • 2 132 mots

    Les travaux scientifiques ont longtemps insisté sur le déclin de la mémoire au cours du vieillissement, mais les études menées depuis les années 2000 montrent que tous les systèmes de mémoire n’évoluent pas de la même façon. L’approche neuropsychologique cherche à rendre compte des effets...

  • ACTORS STUDIO

    • Écrit par Ivan MAGRIN-CHAGNOLLEAU
    • 1 432 mots
    • 1 média
    Mentionnons notamment l’exercice de la mémoire sensorielle, pierre angulaire de la méthode et qui sert de base à de nombreux autres exercices. Il s’agit de récréer par la mémoire une expérience de perception sensorielle, par exemple le moment où l’on boit sa boisson du matin. Lorsque nous accomplissons...
  • ALZHEIMER MALADIE D'

    • Écrit par Nathalie CARTIER-LACAVE
    • 1 871 mots

    C' est le psychiatre allemand Emil Kraepelin, en 1912, dans son Traité de psychiatrie, qui a donné le nom de maladie d'Alzheimer à cette démence dégénérative affectant le sujet « jeune ». Cet état pathologique a été décrit en effet pour la première fois en 1907 par son confrère et compatriote...

  • AMNÉSIE

    • Écrit par Francis EUSTACHE
    • 1 108 mots

    Les amnésies constituent un terme générique qui s’applique à de multiples situations pathologiques : une maladie neurodégénérative, comme la maladie d’Alzheimer, un traumatisme crânien, les conséquences de lésions focales de diverses origines, comme une pathologie infectieuse, vasculaire, tumorale,...

  • APPRENTISSAGE DE LA PRODUCTION ÉCRITE DE TEXTES

    • Écrit par Denis ALAMARGOT, Lucile CHANQUOY
    • 1 916 mots
    La maîtrise de l’activité de rédaction de texte dépend non seulement des apprentissages scolaires mais aussi du développement du système cognitif. L’apprentissage en est doublement contraint par l’acquisition de connaissances et habiletés préalables et par le développement des fonctions mentales impliquées...
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Voir aussi