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CapitalePékin
Unité monétaireyuan (ou renminbi, CNY)
Population1 416 687 000 (estim. 2021)
R.N.B. par habitant (USD)10 610 (2020)

La Chine à la recherche d’un second souffle

L’épuisement du modèle de croissance chinois

Quarante ans après le début des réformes : l’essoufflement de la performance chinoise

En 1978, Deng Xiaoping engageait la Chine sur la voie « des réformes et de l’ouverture ». Quarante ans plus tard, la performance est remarquable : une croissance moyenne annuelle d’environ 10 p. 100 a multiplié par vingt le PIB par habitant et a tiré des centaines de millions de personnes hors de la pauvreté. Très fermée en 1978, la Chine est aujourd’hui la principale puissance commerciale du monde. En 2017, elle a contribué pour environ un tiers à la croissance économique globale.

Mais le PIB par habitant (évalué en parité de pouvoir d’achat) reste équivalent à environ un quart de celui des États-Unis. Or, les expériences d’autres pays laissent penser qu’à cette étape intermédiaire sur la voie du développement celui-ci tend à ralentir – jusqu’à, parfois, remettre en cause la convergence vers le niveau de vie des pays les plus avancés. C’est le « piège du revenu intermédiaire » dans lequel seraient tombés de nombreux pays d’Amérique latine (Argentine, Brésil, Mexique par exemple), mais auquel ont échappé certaines économies d’Asie, comme le Japon, la Corée du Sud ou Taïwan.

Depuis 2012, le taux de croissance chinois décline, pour s’établir autour de 6-7 p. 100 par an. Est-ce l’annonce d’une chute dans le « piège du revenu intermédiaire » ou bien celle d’un nouveau régime de croissance ? En tout cas, le modèle qui a porté le développement chinois depuis 1978 paraît bien s’essouffler. Il reposait sur trois piliers : l’accumulation des facteurs de production, travail et capital ; une hausse de la productivité due à une meilleure allocation des ressources ; et une insertion réussie sur les marchés mondiaux. Depuis le début des années 2010, ces trois piliers semblent chanceler.

Les limites de la croissance extensive

En ce qui concerne le travail, la population active chinoise, qui a doublé depuis 1978, connaît aujourd’hui son apogée, et va commencer à décroître rapidement du fait des politiques de restriction des naissances mises en place dans les années 1970 – tandis que le nombre de personnes âgées va inexorablement augmenter, conduisant la Chine à un vieillissement massif et précoce. Le taux de dépendance, que l’on calcule en rapportant la population trop jeune ou trop âgée pour travailler à celle des 15-64 ans, a atteint un minimum extrêmement faible de 34 p. 100 en 2010 (contre 63 p. 100 en 1982), mais a engagé sa remontée.

Pour le capital, si les investissements extrêmement élevés contribuent toujours fortement à la croissance, une diminution de la rentabilité a commencé dans les années 1990 et s’est accélérée dans les années 2000. Après des politiques d’investissements publics massifs et une intense accumulation de capital par les firmes et les ménages, la poursuite de ces dynamiques semble devoir constituer plus un risque qu’un atout pour un régime de croissance durable.

Changement structurel, privatisation et gains de productivité

Le succès chinois a également reposé sur une hausse marquée de la productivité globale des facteurs de production, indiquant une meilleure allocation des ressources.

Celle-ci résulte d’abord du processus de changement structurel, c’est-à-dire de la réallocation des ressources entre régions et secteurs, et dont une des dimensions principales est le transfert de la main-d’œuvre de l’agriculture vers l’industrie et les services. Or, cette dynamique atteint ses limites : même si une proportion encore significative des actifs chinois (un peu plus d’un quart en 2017) reste employée dans l’agriculture, ceux-ci sont souvent ceux qui, du fait de leur âge et (ou) de leur éducation, sont le moins susceptibles de la quitter.

L’autre source majeure de gains de productivité a été le développement du secteur privé et des mécanismes de marché, au détriment du secteur public et collectif, et de la planification. Or, les entreprises publiques, bien que maintenant très minoritaires en nombre, en volume de production ou en effectifs, conservent néanmoins un rôle très important dans l’économie, recevant une part disproportionnée du crédit, et elles tendent à distordre le fonctionnement des marchés au détriment des entrepreneurs privés.

Le changement de régime du commerce extérieur

Le dernier pilier majeur de la croissance de la Chine a été son insertion réussie dans le commerce international, qui l’a fait devenir l’« usine du monde », grâce à une habile utilisation des « avantages du retard » : quand la Chine s’est ouverte, elle a su se spécialiser pleinement dans les productions conformes à son avantage comparatif, essentiellement fondé sur sa très vaste réserve de main-d’œuvre à bas coût, et profiter des opportunités de transfert de technologie.

Mais la réserve de travailleurs issus des campagnes s’épuise, tandis que la croissance de la population active marque le pas. En conséquence, le coût du travail augmente fortement depuis le milieu des années 2000, notamment pour ces travailleurs ruraux migrants employés dans les industries d’exportation, et devenus un des symboles de la Chine « usine du monde ». Parallèlement, après plus de trente années de transfert technologique, les entreprises chinoises ne peuvent plus se contenter d’imiter les technologies étrangères : elles se doivent d’innover elles-mêmes. Enfin, après la crise de 2008, la demande issue des pays développés est restée atone, indiquant que ces marchés, traditionnellement importants pour la production manufacturière chinoise, sont moins dynamiques, voire saturés.

En conséquence, les productions d’entrée de gamme destinées à l’exportation tendent à se relocaliser hors de Chine, dans des pays dont les coûts de production restent plus faibles, par exemple en Asie du Sud-Est, ce qui contraint la production chinoise à monter en gamme. Parallèlement, la structure du commerce chinois se transforme, avec le déclin de la part du commerce de « processing ». Ce commerce se caractérise par l’importation de biens intermédiaires, en vue de leur transformation et (ou) de leur assemblage, et de la réexportation des produits finis correspondants. Bénéficiant d’un statut – notamment douanier – avantageux, ce commerce de « processing » a représenté environ la moitié du commerce extérieur chinois pendant une décennie, jusqu’à la fin des années 2000. Mais il décline depuis, au profit du commerce ordinaire, qui est redevenu majoritaire.

Ce changement de la position de la Chine dans l’économie mondiale ne va d’ailleurs pas sans frictions : États-Unis et Union européenne résistent à octroyer à la Chine le statut d’« économie de marché » auprès de l’Organisation mondiale du commerce, avec les avantages afférents, tandis que son émergence rapide [...]

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Hong Kong, XIXe siècle

Hong Kong, XIXe siècle
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Famine en Chine, 1930

Famine en Chine, 1930
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Anshan, combinat sidérurgique

Anshan, combinat sidérurgique
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Port à conteneurs de Shenzhen, Chine

Port à conteneurs de Shenzhen, Chine
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Écrit par :

  • : économiste, conseillère au Centre d'études prospectives et d'informations internationales
  • : maître de conférences en science économique à l'École normale supérieure de Paris-Saclay

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Pour citer l’article

Françoise LEMOINE, Thomas VENDRYES, « CHINE - Économie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/chine-economie/