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CHANGE Les régimes de change

La période récente a été marquée par de nombreuses crises spéculatives de change : crises du système monétaire européen en 1992-1993 puis en 1995, crise mexicaine à la fin de 1994, crise des pays émergents en 1997-1998 ; puis 2000-2001 et, dans une certaine mesure, en 2013. Elle a vu aussi la réalisation de l'union monétaire en Europe et la crise de la zone euro à partir de 2009. Ces événements ont renouvelé la réflexion sur le choix du meilleur régime de change et sur les moyens d'éviter que se renouvellent les crises. Le Fonds monétaire international, par exemple, suggère de privilégier deux régimes extrêmes de change (dits « solutions en coin »), la fixité pure ou, à l'opposé, la flexibilité pure, et de bannir tous les systèmes intermédiaires. On a pu aussi s'interroger sur les effets de l'introduction de l'euro : comment fonctionnerait un système monétaire international avec deux monnaies de réserve, le dollar et l'euro ? Serait-ce un progrès par rapport au système actuel où le dollar est la monnaie dominante ? Même après une quinzaine d’années d’existence de l’euro, le poids du dollar dans les réserves mondiales de change reste beaucoup plus élevé que celui de l’euro. Avant de poser ces questions, il faut d'abord décrire les différents régimes de change et rappeler les enseignements qui peuvent être tirés de l'observation des crises du passé.

Les différents régimes de change

Assez souvent, le régime choisi par les pays ne correspond à aucun des modèles théoriques : les parités sont fixes mais modifiées périodiquement ; flexibles mais avec des interventions des banques centrales. Commençons par évoquer les régimes de change « purs ».

Changes flexibles ou fixes et interventions des banques centrales

Les changes flexibles ou les changes fixes sont deux régimes où la parité d'une devise est déterminée par l'équilibre entre la demande et l'offre de cette devise vis-à-vis des autres. La seule différence vient du comportement des banques centrales : en changes flexibles, elles n'interviennent pas sur le marché des changes ; en changes fixes, elles offrent ou demandent la quantité de devises nécessaire à ce que le taux de change d'équilibre soit celui qu'elles souhaitent. La nature des interventions de change est importante. Le plus souvent, elles sont réalisées par la seule banque centrale du pays dont la monnaie s'affaiblit. Elle achète alors sa propre monnaie en vendant les actifs en devises étrangères qu'elle détient (ces actifs sont les réserves de change). On voit alors la difficulté : une telle banque centrale perd ses réserves, et, à un certain stade, les intervenants sur le marché des changes le comprennent, ce qui peut renforcer les pressions spéculatives. De temps en temps, on assiste à des interventions concertées, ce qui veut dire que les banques centrales des pays dont les monnaies s'apprécient vendent leur propre monnaie en achetant celle qui s'affaiblit. La situation est alors très différente, puisqu'une banque centrale peut créer sans limite sa propre monnaie pour acheter des actifs libellés en monnaie faible. Lorsque le dollar est tombé à un niveau très bas en 1995, ce sont essentiellement les interventions massives et durables de la Banque du Japon qui l'ont fait remonter.

On voit donc l'importance du caractère asymétrique des régimes de change fixe : si une parité était maintenue fixe par les interventions de l'ensemble des banques centrales, la fixité pourrait être conservée définitivement. On serait alors dans un régime très proche de l'union monétaire. Mais, lorsque seule la banque centrale du pays qui émet une monnaie en assure la fixité du taux de change, le système est structurellement instable, puisque cette banque centrale devra arrêter d'assurer cette fixité, si sa monnaie[...]

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Écrit par

  • : directeur des études économiques, Caisse des dépôts et consignations

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Interventions de change

Interventions de change

Taux du change euro-dollar

Taux du change euro-dollar

États-Unis - zone euro : taux court et croissance

États-Unis - zone euro : taux court et croissance

Autres références

  • CHANGE, notion de

    • Écrit par Marc POURROY, Séverine VANDELANOITE
    • 1 786 mots

    Au xiie siècle, lors des grandes foires de Champagne, les commerçants venus d'horizons divers avaient recours aux changeurs, qui procédaient à la conversion des différentes monnaies en circulation. Ce n'est toutefois qu'à l'époque de la Renaissance que les banquiers d'Italie du Nord réunirent les fonctions...

  • ACCORDS DE BRETTON WOODS

    • Écrit par Francis DEMIER
    • 286 mots
    • 1 média

    Le système monétaire mis en place à Bretton Woods en 1944 répond, pour les Américains, à la volonté d'éviter les crises monétaires, dont on pensait qu'elles avaient entraîné le protectionnisme, le nationalisme, la guerre. Le système se présente comme un retour à l'étalon or qui, avec un système de...

  • AN ENQUIRY INTO THE NATURE AND EFFECTS OF THE PAPER CREDIT OF GREAT BRITAIN, Henry Thornton - Fiche de lecture

    • Écrit par Jérôme de BOYER
    • 1 032 mots
    Thornton décrit le mécanisme d'arbitrage dit « des points d'entrée et de sortie de l'or » et démontre comment, lorsque la convertibilité des billets en or est suspendue, un déficit de la balance des paiements provoque une baisse sensible du taux de change qui fait monter le prix...
  • ANTICIPATIONS, économie

    • Écrit par Christian de BOISSIEU
    • 6 072 mots
    • 4 médias
    – Dans le monde contemporain où prédominent les changes flottants – même s'il existe des zones de stabilité des changes voire d'intégration monétaire forte (exemple de la zone euro) – et où les banques centrales interviennent largement pour gérer le flottement, les anticipations...
  • ARGENTINE

    • Écrit par Jacques BRASSEUL, Universalis, Romain GAIGNARD, Roland LABARRE, Luis MIOTTI, Carlos QUENAN, Jérémy RUBENSTEIN, Sébastien VELUT
    • 37 033 mots
    • 18 médias
    Lerégime de change, qui est mis en place en 1976, a pour objectif de couper court aux anticipations inflationnistes, en fixant à l'avance le taux de dévaluation de la monnaie. Parallèlement, l'indexation des salaires est éliminée et la monétisation du déficit est interdite (la Banque centrale ne pouvant...
  • Afficher les 52 références

Voir aussi