SHANK BUD (1926-2009)

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Méconnu – comme beaucoup d'autres jazzmen, dont les qualités professionnelles sont monopolisées par les studios –, le saxophoniste alto et flûtiste américain Bud Shank reste l'un des plus remarquables tenants du style West Coast et un persuasif avocat des émois feutrés du cool. Technicien accompli et recherché, il a su en outre anticiper l'évolution du goût vers l'alliance du jazz avec les musiques du monde et se révéler un improvisateur subtil et original.

Clifford Everett Shank, Jr., naît le 27 mai 1926 à Dayton (Ohio). Il apprend très tôt la clarinette, les saxophones alto et ténor ainsi que la flûte. Il joue au sein de l'orchestre de Charlie Barnet en 1947 et en 1948 ; c'est à cette époque qu'il abandonne le saxophone ténor au profit de l'alto, et il emprunte bien vite les voies sonores et esthétiques ouvertes par Shelly Manne et Miles Davis. Il joue de la flûte et de l'alto au sein de l'aventureux très grand orchestre de Stan Kenton nommé Innovations In Modern Music (1950-1951), tout en se produisant avec Alvino Rey et Art Mooney. En 1952, Bud Shank se fixe dans la région de Los Angeles, où il devient un des protagonistes du jazz West Coast. Il commence une durable association avec les Lighthouse All Stars, groupe qu'anime le contrebassiste Howard Rumsey. Il s'y distingue en organisant dans ce cadre, avec Bob Cooper, un très inhabituel duo flûte-hautbois qui obtient en 1954 un indéniable succès public. Après avoir quitté les Lighthouse All Stars à la fin de 1955, il fonde, avec le pianiste Claude Williamson, son propre quartette, qu'il fait applaudir en Europe et en Afrique du Sud (mars-juin 1958). Il s'associe au guitariste brésilien Laurindo Almeida et s'intéresse, précédant de peu Stan Getz, à la fusion du jazz et des musiques brésiliennes – samba et bossa nova (Holiday in Brazil, 1958 ; Latin Contrasts, 1958).

Au début des années 1960, il constitue, autour du trompettiste Carmell Jones, un quintette personnel. Il se produit avec l'interprète de bossa nova Sergio Mendes, se laisse fasciner par le Japon, avec le joueur de koto Kimio Eto, et par l'Inde traditionnelle et les sortilèges de Ravi Shankar au sitār. C'est alors qu'il abandonne la scène pour se consacrer au studio. Pendant une quinzaine d'années, le monde de la variété et de la musique de film va monopoliser la sûreté absolue de sa technique, un swing tranquille et détendu ainsi qu'une sonorité d'une remarquable limpidité. Il contribue, avec un mémorable solo de flûte, au succès mondial de l'album California Dreamin' du groupe pop The Mamas and the Papas (1966). En 1974, il forme, avec Laurindo Almeida, le contrebassiste Ray Brown et le batteur Chuck Flores (qui cédera rapidement sa place à Shelly Manne, lui-même remplacé par Jeff Hamilton en 1978), L.A. Four, formation qui balance entre cool et bop mâtiné de samba et de bossa nova (The L.A. Four Scores !, 1975). Il côtoie à cette époque Chet Baker, Joe Zawinul, Jimmy Giuffre, Albert Mangelsdorff, Bob Brookmeyer, Sergio Mendes, Hampton Hawes, Jimmy Rowles, Bobby Shew. Shorty Rogers le choisit pour accompagner en 1982 son retour sous les projecteurs avec les West Coast Giants. Il collabore avec plusieurs formations symphoniques et grave en 1985 le Concerto pour saxophone alto et orchestre de jazz de Manny Albam. Il s'établit à Port Townsend, dans l'État de Washington, où il fonde en 1984 le Bud Shank Jazz Workshop. Malgré de sérieux soucis pulmonaires – il cesse de jouer de la flûte au milieu des années 1980 pour se consacrer exclusivement au saxophone alto –, il continuera d'enregistrer jusqu'en 2006. Il meurt le 2 avril 2009 à Tucson (Arizona).

Au-delà de la grâce de ses prestations à la flûte – il est, avec Hubert Laws, l'un des rares jazzmen spécialistes de cet instrument –, Bud Shank s'est affirmé, au saxophone alto et, plus accessoirement, au saxophone baryton, comme un descendant direct de Zoot Sims et d'Art Pepper. Desservi auprès de nombreux amateurs par le mélange des genres qu'il a pratiqués, l'interprète mérite bien mieux que l'intérêt distant qui lui est réservé. Grâce au contrôle absolu de la souplesse de son phrasé et au charme prenant d'une sonorité sensuelle, il enchaîne de courts fragments mélodiques avec une fluidité idéale. Sous une apparente décontraction, à mille lieues des déchirements et des violences qui ont agité la musique de sa génération, l'improvisateur pétille d'invention et d'intelligence.

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Pierre BRETON, « SHANK BUD - (1926-2009) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bud-shank/