KENTON STAN (1912-1979)

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Stan Kenton est l'un des grands mal-aimés de la critique de jazz et, notamment, de la critique française. Ses censeurs ont en effet grand mal à comprendre la popularité que lui vaut auprès d'un vaste public une musique qui additionne pêle-mêle les plus déplorables sous-produits du show-business, les arrangements jazz d'un très grand technicien et l'aridité intellectuelle d'œuvres qui cherchent à assimiler les conquêtes de la musique contemporaine européenne du début du xxe siècle.

Stanley Newcomb Kenton naît le 19 février 1912 à Wichita, dans le Kansas. Stan joue du piano en professionnel dès 1934. À la fin des années 1930, il obtient ses premiers engagements comme pianiste et arrangeur en Californie ; en 1940, il réunit sa première formation. Au fil du temps, ses orchestres s'étofferont. En dépit de l'ironie de certains confrères, Stan Kenton marquera toujours plus de goût pour les effectifs nourris. Ses premiers disques datent de 1942. L'année suivante vient le succès qui le lance dans toute l'Amérique, l'enregistrement de l'indicatif de son orchestre : Artistry in Rhythm. Entre 1944 et 1945, Anita O'Day, Gene Howard, June Christy et même le tout jeune Stan Getz renforcent son ensemble. La musique qu'il propose à cette époque n'est guère faite pour séduire les fervents du jazz pas plus que les puristes de la tradition classique : des partitions ronflantes emphatiquement gonflées d'élans romantiques et de réminiscences debussystes mal digérées.

L'engagement, en 1946, de Pete Rugolo, arrangeur de talent qui, depuis quelque temps, travaillait épisodiquement avec lui, va sensiblement améliorer les choses. Cet ancien élève de Darius Milhaud a en effet, même s'il sombre parfois aussi dans le piège des facilités gratuites, un goût à la fois plus sûr et plus raffiné. L'étonnant mélange de naïvetés et de prétention qui caractérise de nombreuses pièces nées à cette époque prête aujourd'hui à sourire. Avec Alain Gerber, reconnaissons cependant à Stan Kenton le mérite d'avoir conçu « un style d'orchestration très différent de celui pratiqué par Basie, un style touffu où les accords très recherchés se pressent les uns contre les autres et forment une sorte de pâte sonore épaisse et mobile à la fois ». Même si cette manière ne peut réellement représenter une alternative crédible à l'écrasante domination du Count, admettons la valeur de la tentative, qui coïncide d'ailleurs avec le zénith de la popularité du leader américain. Suit, entre 1947 et 1950, une phase de semi-retraite pendant laquelle Stan Kenton n'a qu'une activité irrégulière.

Mais le revoici en 1950 sous les feux de l'actualité avec la création d'un ensemble instrumental de quarante musiciens qui réunit, autour du jazz band traditionnel, des violons et quelques bois empruntés aux orchestres symphoniques classiques. Avec une imprudente ambition il baptise cet ensemble Innovations in Modern Music. En fait d'innovations, la montagne accouchait d'une souris, et Stan Kenton ne faisait guère que reprendre à son compte les apports, datant de plus de trente ans, de créateurs comme Bartok, Hindemith et Stravinski.

Pourtant, sous l'influence d'arrangeurs de grand talent nommés Gerry Mulligan et Bill Holman, il revient, vers 1952, à des conceptions plus proches de celles d'un Basie : il allège ses orchestrations et donne une part plus grande à ses solistes. En 1955, on le retrouve à la tête d'un nouveau groupe d'instrumentistes new-yorkais. En 1956, c'est une tournée triomphale en Grande-Bretagne. Et sa carrière en zigzags se poursuit, de rechutes en rédemptions, de périodes de demi-sommeil en phases d'intense activité. Il épouse la chanteuse Ann Richards et fonde, en 1965, le Los Angeles Neophonic Orchestra. En dépit de tout et de tous, il reste fidèle au big band, qu'il voue à ce qu'il appelle « les œuvres symphoniques de jazz » – expression dont le sens précis demeure assez obscur – et à un « progressive jazz » dont la modernité réelle, passé la surprise du moment, n'est pas toujours très évidente. Il demeure actif jusqu'à sa mort, à Hollywood, le 25 août 1979.

Il est bien difficile d'apprécier avec sérénité l'œuvre d'un musicien qu'André Francis affirmait, non sans pertinence, avoir été visité par « le diable de la bizarrerie ». On écartera sans hésitation les sirupeuses douceurs qu'il réservait à ses chanteuses dans des bluettes qui ont fait son succès comm [...]

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RUGULO PETE (1915-2011)

  • Écrit par 
  • John LITWEILER
  •  • 337 mots

Compositeur, arrangeur et chef d'orchestre américain d'origine italienne, Pete Rugolo a contribué à l'émergence du jazz « progressiste » du célèbre big band de Stan Kenton, lui conférant un style emphatique mais audacieux, émaillé de dissonances éclatantes. « Nombre de ses partitions contribuèrent à établir le style de Stan Kenton ( Artistry in Rhythm , Artistry in Percussion ...), sans échapper t […] Lire la suite

Pour citer l’article

Pierre BRETON, « KENTON STAN - (1912-1979) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/stan-kenton/