BOUDDHISME (Les grandes traditions)Bouddhisme tibétain

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Selon la tradition tibétaine, le bouddhisme fut introduit au Tibet au viie siècle, en même temps que l'écriture était inventée et que le pays entrait dans l'histoire grâce à une expansion rapide qui inquiéta la Chine au point qu'un chapitre spécial des Annales officielles chinoises fut désormais consacré au Tibet. Néanmoins, les contacts avec le monde indien devaient être beaucoup plus anciens, à travers les échanges commerciaux, la résidence de sādhu indiens dans les ermitages himalayens, ou les pèlerinages des Hindous à la montagne sacrée Kailash, située au nord de l'Himalaya, dans un territoire annexé par les Tibétains, précisément au viie siècle. De la même façon, les Tibétains devaient avoir connaissance du bouddhisme florissant alors au Népal, au Cachemire, dans les oasis d'Asie centrale et en Chine. Quoi qu'il en soit, aux viie-viiie siècles, le bouddhisme s'installe officiellement au Tibet, patronné par les rois. Mais le processus de conversion s'étala sur plusieurs siècles, les luttes religieuses se combinant aux luttes politiques et leur servant de prétexte. Au xie siècle seulement, on peut affirmer que le Tibet est un pays bouddhiste ; mais, dès lors et jusqu'à nos jours, il l'est totalement.

Le développement historique du bouddhisme tibétain étant déjà traité ailleurs (cf. tibet, article qu'il est conseillé de consulter au préalable), on n'abordera ici que certains de ses aspects tels qu'ils apparaissaient avant les grands bouleversements politiques récents. Le bouddhisme tibétain subsiste, avec des variations locales dues principalement à l'école implantée, tout le long de la chaîne himalayenne, du Ladakh au Bhutan, en passant par le Népal et le Sikkim. Il demeure vivant aussi dans les communautés tibétaines réfugiées en Inde. Il semblait avoir totalement disparu du Tibet même, comme de la Chine, où il s'était implanté au xiiie siècle avec les Yuan, et de la Mongolie, qui l'avait adopté au xvie siècle. Cependant, depuis que les Chinois ont, en 1980, autorisé la réouverture de quelques monastères et la pratique religieuse, des communautés monastiques se sont immédiatement reconstituées, les lieux saints voient défiler un flot ininterrompu de fidèles, les drapeaux de prière ont fait leur réapparition, la vénération envers le dalaï-lama est proclamée : témoignages de l'enracinement du bouddhisme dans le cœur des Tibétains.

Formation du bouddhisme tibétain

Lorsque le Tibet s'ouvrit au bouddhisme, celui-ci avait subi de profondes transformations dans son pays d'origine : le Mahāyāna y était puissamment concurrencé par le tantrisme, et, selon la personnalité des missionnaires indiens, ce fut l'un ou l'autre de ces courants qui fut prêché. Parallèlement, des moines chinois de l'école Chan s'installèrent au Tibet, où leurs doctrines connurent un grand succès jusqu'à l'interdiction officielle qui les frappa dans la seconde moitié du viiie siècle. Mais le bouddhisme ne pénétrait pas dans un désert religieux ; les Tibétains possédaient un système de croyances dont, faute de documents contemporains suffisants, on ne peut dégager que quelques éléments : cosmologie reposant sur l'identification des montagnes aux dieux d'en haut, responsables de l'ordre du monde ; occupation du site habité par une multitude de numina, bénéfiques ou nuisibles selon l'attitude de l'homme à leur égard ; croyance en une vie post mortem, dans l'attente d'une résurrection qui devait intervenir à la fin de périodes successives d'une dégradation morale et matérielle de plus en plus accentuée. Si le bouddhisme ne pouvait accepter ces croyances qui se trouvaient en totale opposition avec ses doctrines, il assimila en revanche peu à peu le vocabulaire religieux en le transposant à ses propres concepts, ainsi que des rituels de propitiation ou de conjuration, en les recouvrant d'un placage bouddhiste. Tous ces éléments, auxquels il faut ajouter des influences iraniennes, nestoriennes, difficiles à définir dans l'état actuel des recherches, se combinèrent pour constituer le bouddhisme tibétain, forme suffisamment originale pour que les Occidentaux lui donnent un nom particulier, celui de lamaïsme. Le terme rend compte de la place essentielle occupée par le bla-ma (occidentalisé en Lama), traduction et équivalent du sanskrit guru, chaînon obligatoire dans la lignée de transmission des enseignements, et condition nécessaire et suffisante de la progression spirituelle du disciple. Mais cette notion n'est pas particulière au bouddhisme tibétain ; elle est partagée par le tantrisme en général, qu'il soit bouddhiste ou hindouiste. En outre, le mot « lamaïsme » a l'inconvénient de suggérer l'idée d'une religion particulière, alors qu'il s'agit fondamentalement du bouddhisme, senti et vécu comme tel par les Tibétains, qui récusent le terme. Pour être complet, il faut ajouter qu'ils récusent également celui de bouddhisme tibétain, ne voulant voir dans leurs croyances et pratiques que le prolongement du bouddhisme indien. Ils appellent donc leur religion chos : Dharma.

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Monastère de Tashilhunpo, Tibet

Monastère de Tashilhunpo, Tibet
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Trompe tibétaine

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Dans un temple bouddhiste

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Moulin à prières, Namche Bazar, Népal

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  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études, section des sciences religieuses (religions tibétaines), responsable de l'U.A. 1229 du C.N.R.S. (langues et cultures de l'aire tibétaine)

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Pour citer l’article

Anne-Marie BLONDEAU, « BOUDDHISME (Les grandes traditions) - Bouddhisme tibétain », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bouddhisme-les-grandes-traditions-bouddhisme-tibetain/