BOUDDHISME (Les grandes traditions)Bouddhisme tibétain

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Clergé et vie monastique

Dans le bouddhisme primitif, déjà, le clergé était objet de vénération, puisque la triple formule d'hommage s'adresse aux Trois Joyaux (Triratna) : le Buddha, le Dharma, la Communauté des moines. Les rois tibétains, dès qu'ils eurent adopté le bouddhisme, accordèrent aux religieux des privilèges et des revenus qui les plaçaient au-dessus de toutes les catégories sociales, y compris la noblesse. À la chute de la royauté, cette politique fut reprise à leur compte par les seigneurs locaux, qui avaient retrouvé leur autonomie, tandis que le peuple, converti, était convaincu que la meilleure façon d'accumuler des mérites était de servir le clergé et de lui faire des dons. On trouve là l'origine de la puissance économique et politique des grands monastères, qui, à partir du xiiie siècle, se disputèrent l'hégémonie du pays, jusqu'à ce que les dGe-lugs-pa triomphent au xviie siècle avec l'installation des Dalaï Lamas : sur le plan hiérarchique, simples réincarnations des abbés d'un collège du monastère de 'Brasspungs (Drepung), en fait, chefs politiques et religieux du Tibet. Toute la vie intellectuelle était aussi concentrée entre les mains des clercs. Enfin, dans la société rigoureusement hiérarchisée, formée de classes endogames, adopter l'état religieux était la seule possibilité de sortir de sa classe et éventuellement d'atteindre les plus hauts postes, soit par ses capacités personnelles, soit en étant reconnu comme une réincarnation (sprul-sku) d'un personnage éminent. Ces raisons mêlées attirèrent vers l'état religieux une grande partie de la population : 20 p. 100 selon une estimation courante à l'époque contemporaine ; il était de règle qu'un fils au moins dans chaque famille embrassât l'état religieux. Les nonnes étaient beaucoup moins nombreuses, et leur participation à la vie intellectuelle et spirituelle du pays pratiquement inexistante.

Le statut des religieux n'est pas uniforme : il faut distinguer essentiellement entre les moines ordonnés et les religieux mariés. Les moines ordonnés (grva-pa) sont les continuateurs du saṇgha indien : ils suivent les règles disciplinaires (vinaya) et font donc vœu de célibat. Néanmoins, toutes les obligations et interdits du vinaya ne sont pas scrupuleusement respectés : l'interdiction de manger de la viande, par exemple. Comme dans le bouddhisme indien, plusieurs étapes jalonnent la vie du moine : renoncement au monde, noviciat, ordination complète. Les vœux monastiques sont en principe perpétuels. En réalité, divers motifs sont acceptés pour que le moine rende ses vœux et soit réduit à l'état laïc. Les moines vivaient dans des monastères. Le futur moine y entrait très jeune, vers huit ans, sur décision de ses parents, très rarement de son propre chef. Il était confié à un maître, membre de la famille ou connaissance, chez qui il habitait et qui prenait en charge sa première instruction : lecture, écriture, rudiments de grammaire, mémorisation de textes. En retour, le disciple assurait le service de son maître et participait aux corvées collectives du monastère : ramassage du bois, etc. Ensuite, selon ses désirs et ses capacités, il pouvait s'orienter dans diverses voies : études, exécution des rituels, entretien des temples, service des Lamas, administration de leurs biens ou de ceux du monastère. Certains, réfractaires à la vie monastique, adhéraient à un groupe très particulier, celui des ldab-ldob, qui, souvent appelés moines-guerriers, servaient plutôt de gardes du corps et passaient le reste de leur temps en compétitions sportives et en bagarres.

En principe, les parents faisaient entrer leur enfant dans le monastère local proche de leur domicile. Il pouvait y rester toute sa vie ; il pouvait aussi en changer à son gré. Pour poursuivre des études approfondies, il devait finalement rejoindre l'un des monastères-universités de son école. Ces grands monastères comptaient plusieurs milliers de moines parfois, répartis en collèges (grva-tshang). Chez les dGe-lugs-pa, pour qui la maîtrise de l'intellect est un préalable indispensable à la pratique des tantra, les études de philosophie, de métaphysique, etc., duraient dix-sept ans, sanctionnées chaque année par un examen sous forme de disputations au déroulement quasi rituel. La base de l'enseignement était d'abord la mémorisation des textes, sur lesquels ensuite le maître donnait des explications. Chez les rNying-ma-pa et les bKa'-brgyud-pa, le jeune moine ava [...]

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Relief de Bouddha, monastère Amarbayasgalant

Relief de Bouddha, monastère Amarbayasgalant
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Monastère de Tashilhunpo, Tibet

Monastère de Tashilhunpo, Tibet
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Trompe tibétaine

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Dans un temple bouddhiste

Dans un temple bouddhiste
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  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études, section des sciences religieuses (religions tibétaines), responsable de l'U.A. 1229 du C.N.R.S. (langues et cultures de l'aire tibétaine)

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Pour citer l’article

Anne-Marie BLONDEAU, « BOUDDHISME (Les grandes traditions) - Bouddhisme tibétain », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bouddhisme-les-grandes-traditions-bouddhisme-tibetain/