BIOCÉNOSES

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Cas des biocénoses marines

Comme dans les biocénoses terrestres, chaque espèce marine, qu'elle soit végétale ou animale, a des exigences et des tolérances déterminées à l'égard des facteurs ambiants : température, salinité et teneur de l'eau en différents constituants secondaires, agitation du milieu, éclairement, pression hydrostatique (fonction de la profondeur), nature du substrat (pour les espèces benthiques seulement) ; ces facteurs inhérents aux milieux physique et chimique eux-mêmes sont appelés facteurs abiotiques.

Dans une surface de fond donnée, ou dans un volume d'eau donné, les espèces dont les tolérances et les exigences sont les mêmes, ou, tout au moins, se recouvrent partiellement, sont ainsi amenées à coexister ; elles peuvent réagir les unes sur les autres de différentes façons. C'est dans le domaine trophique que les interactions sont les plus générales ; l'équilibre entre les diverses espèces peut dépendre des rapports de prédation qui existent entre elles ; il peut encore dépendre de leur compétition pour une même source de nourriture. Les interactions liées à l'existence de substances chimiques dissoutes (dites ectocrines), que certaines espèces éliminent dans le milieu, favorisant par là, ou au contraire inhibant, la présence d'autres espèces, sont beaucoup moins bien connues, quoique leur existence soit indiscutable ; de telles interactions jouent néanmoins sans doute un rôle capital dans le domaine pélagique. Enfin, le parasitisme d'une espèce par une autre est un autre cas d'action mutuelle interspécifique.

Bien entendu, notamment lorsque les populations sont denses, les individus d'une même espèce peuvent également réagir les uns sur les autres et divers aspects de la compétition interspécifique qui viennent d'être évoqués peuvent s'appliquer aussi, à des degrés divers, à la compétition intraspécifique. Tous ces facteurs de l'équilibre des espèces liés à leur présence même sont appelés facteurs biotiques.

Les biocénoses marines sont définies par une liste d'espèces dites caractéristiques, qui ne trouvent pas ailleurs les conditions de milieu correspondant à leurs exigences ; ces espèces ne sont pas forcément abondantes au sein du peuplement. Cependant, l'intensité plus ou moins grande de tel ou tel facteur du milieu peut, au sein d'une biocénose, conduire à la dominance plus ou moins marquée d'une espèce. Ainsi, sur les côtes rocheuses méditerranéennes existe en surface une biocénose dite des algues photophiles, riche en petits Invertébrés divers ; mais, lorsque la teneur des eaux en matières organiques, dissoutes et en suspension, est particulièrement élevée, ou que l'agitation des eaux permet un important renouvellement de ces matières, les moules (Mytilus edulis) sont favorisées et arrivent à représenter l'essentiel du peuplement. On parle alors de faciès à Mytilus edulis de la biocénose des algues photophiles.

Certains faciès peuvent être saisonniers. Il en est ainsi sur divers points de la roche littorale superficielle des côtes françaises de la Méditerranée par suite des différences accusées de température à l'échelle annuelle (13-14 0C environ entre l'été et l'hiver) ; des espèces boréales dominent en hiver et des espèces subtropicales en été.

Sous l'impulsion du Danois Petersen, on pourrait définir les unités de peuplement, non plus sur la base d'une liste d'espèces caractéristiques, mais en fonction des espèces qui dominent par leur masse ou le nombre des individus. Ce sont des communautés qui coïncident d'ailleurs souvent avec les biocénoses. En fait, dans l'esprit de son créateur, la notion de biocénose impliquait une interdépendance des espèces, interdépendance qui existe évidemment toujours, mais dont nous n'avons souvent qu'une connaissance très vague ; la communauté, plus simple à définir, puisque fondée sur des pesées ou des comptages, est plus fréquemment utilisée.

Faut-il considérer comme unités de peuplement de valeur écologique les biocénoses, définies sur des bases qualitatives, ou les communautés, fondées sur des considérations quantitatives ? À première vue, les secondes, par l'appareil arithmétique dont elles s'entourent, présentent plus de rigueur. Il n'en est rien pourtant, et l'on s'en aperçoit vite si l'on fait intervenir les facteurs biotiques. Par exemple, dans le plancton, des Crustacées comme les [...]

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Distributions des représentants d'une espèce

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Forêt caducifoliée

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Strate herbacée d'une savane

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Diagramme ombrothermique d'une savane tropicale

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Écrit par :

  • : professeur à l'Université libre de Bruxelles
  • : professeur honoraire à l'université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie (faculté des sciences), ancien directeur du laboratoire de zoologie de l'École normale supérieure
  • : docteur en médecine
  • : membre de l'Institut de France, commandeur de la Légion d'honneur, professeur émérite de l'université de la méditerranée Aix-Marseille-II

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Pour citer l’article

Paul DUVIGNEAUD, Maxime LAMOTTE, Didier LAVERGNE, Jean-Marie PÉRÈS, « BIOCÉNOSES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/biocenoses/