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MAGDALÉNIEN ART

Chacun connaît l'art magdalénien, même sans le voir, au moins depuis la découverte de la grotte de Lascaux (Dordogne) en 1940. L'art magdalénien fut même le premier art d'un passé « préceltique » inconnu, introduit dans des musées français, dès la première moitié du xixe siècle, grâce à la trouvaille d'objets osseux gravés de représentations animales.

Une des fouilles pionnières organisées dans les années 1860 en Périgord, celle du grand abri-sous-roche de La Madeleine en bordure de la Vézère, a fait reconnaître à la fois la préhistoire de l'homme, contemporain pendant une période froide d'une espèce animale devenue ensuite fossile, et celle de l'art : un fragment de défense de mammouth avait été alors découvert parmi des centaines d'objets travaillés en pierre, en ramures et en os de différents animaux. C'est grâce à l'art magdalénien que l'art pariétal paléolithique a été reconnu quand, en 1879, le marquis de Sautuola aperçut des peintures bichromes de bisons sur un grand plafond de la grotte d'Altamira (province de Santander, Espagne) dont il fouillait l'entrée.

Mammouth gravé sur ivoire - crédits : P. Paillet, Collections Muséum national d'Histoire naturelle

Mammouth gravé sur ivoire

Grotte d'Altamira - crédits : Robert Frerck/ Getty Images

Grotte d'Altamira

Objets et parois témoins

Pushkari (Ukraine) - crédits : Encyclopædia Universalis France

Pushkari (Ukraine)

Les représentations faites par des chasseurs magdaléniens se comptent par milliers. Elles abondent sur des objets (art mobilier), trouvés dans leurs habitats : des abris rocheux, des porches d'entrée de grottes ou des cabanes construites. Il s'agit, d'une part, d'outils ou d'instruments, gravés ou parfois sculptés, taillés essentiellement dans des matériaux osseux (os, dents, ramures) prélevés sur les animaux chassés : ces objets décorés ont été utilisés par les chasseurs, et souvent abandonnés brisés dans leurs habitats. Il s'agit, d'autre part, d'ensembles mobiliers, moins denses, composés de pièces non utilitaires mais qui devaient avoir une signification particulière, à valeur décorative et/ou symbolique, dans les habitats : ce sont des plaques, des dalles, des blocs parfois assez volumineux mais toujours transportables ou déplaçables, le plus souvent des calcaires et des schistes, c'est-à-dire des roches assez tendres. Les Magdaléniens y ont réalisé des gravures ou des peintures (ces dernières exceptionnellement conservées). Sur ces supports lithiques, les représentations gravées, le plus souvent animales, mais aussi humaines et abstraites (signes) foisonnent parfois dans d'inextricables lacis de superpositions. Certains habitats magdaléniens offrent d'étonnants ensembles de supports gravés. Ainsi, le sol d'habitat (huttes) de Gönnersdorf (Rhénanie) avait été pavé de centaines de plaques de schistes gravées d'animaux et de représentations féminines. Pour tous les Magdaléniens, de la péninsule ibérique à la Pologne et à la Tchéquie, les représentations sur objets, utilitaires ou non, étaient étroitement liées à leur vie domestique, comme la parure – perles, pendeloques, boutons, etc. – l'était, au quotidien, sur leurs corps et leurs vêtements.

La découverte en 1994 de la grotte Chauvet (Ardèche) a permis de mieux connaître les débuts de l'art des grottes. Des dessins d'animaux tracés avec des morceaux de charbon y ont été datés de plus de 30 000 ans et attribués ainsi à l'Aurignacien, première culture européenne de l'homme moderne de la préhistoire (Homo sapiens sapiens). Ils sont près de deux fois plus anciens que les animaux de Lascaux, datés du début de la culture magdalénienne, vers 18 000-17 000 B.P. (before present).

L'art magdalénien (pariétal ou mobilier) est beaucoup plus dense que les arts – aurignacien, gravettien, solutréen et épigravettien – qui l'ont précédé, dans la même aire occidentale de l'Europe, essentiellement en France et en Espagne. Les trois quarts des quelque 300 sites ornés (grottes, abris-sous-roche et rochers à[...]

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Écrit par

  • : docteur ès lettres et sciences humaines, professeur de classe exceptionnelle au Muséum national d'histoire naturelle, Paris

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Grotte d'Altamira - crédits : Robert Frerck/ Getty Images

Grotte d'Altamira

Pushkari (Ukraine) - crédits : Encyclopædia Universalis France

Pushkari (Ukraine)

Plaque réprésentant un renne, art magdalénien - crédits :  Bridgeman Images

Plaque réprésentant un renne, art magdalénien

Autres références

  • ALTAMIRA

    • Écrit par Marie-Thérèse BOINAIS, Universalis
    • 612 mots
    • 2 médias

    La grotte d'Altamira, près de Santillana del Mar (Cantabrie), est la plus célèbre de toutes les grottes ornées d'Espagne : peu de grottes découvertes ultérieurement peuvent rivaliser avec ses peintures pariétales, chef-d'œuvre de l'art paléolithique.

    Cette caverne,...

  • ART PRÉHISTORIQUE EUROPÉEN - (repères chronologiques)

    • Écrit par Jean-Paul DEMOULE
    • 411 mots

    — 40000-— 35000 Des traits gravés apparaissent à la fin du Paléolithique moyen. Dus aux derniers Néandertaliens, ils témoignent de l'existence de systèmes de signes matériels.

    — 32000-— 28000 Datations par le carbone 14 de la grotte Chauvet (découverte en Ardèche en...

  • GROTTES ORNÉES, préhistoire

    • Écrit par Denis VIALOU
    • 2 002 mots
    • 6 médias
    ...puis l'Epigravettien (25 000-18 000) en Italie ; le Solutréen vers 22 000-18 000 ans dans toute la péninsule ibérique et en France au sud de la Loire et à l'ouest du Rhône ;le Magdalénien (18 000-12 000) sur un territoire un peu plus vaste que celui de leurs prédécesseurs.
  • GROTTES PRÉHISTORIQUES DATATION DES

    • Écrit par Denis VIALOU
    • 2 999 mots
    • 6 médias
    ...de leurs préparations a permis de mettre en évidence différentes recettes, dont une comparable à celle qui a été prélevée sur des ossements peints du Magdalénien supérieur dans la grotte d'habitat de la Vache, non loin de Niaux. Les chercheurs ont conclu à l'hétérogénéité du dispositif pariétal auparavant...
  • Afficher les 11 références

Voir aussi