TCHEKHOV ANTON PAVLOVITCH

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Un art très personnel

L'art de Tchekhov, allusif, riche de résonances cachées, est le plus elliptique, le plus concentré qu'il y ait eu dans les lettres russes. « Plus c'est court, mieux ça vaut... La brièveté est sœur du talent », dit Tchekhov. Simple, quotidienne, banale en apparence, telle est souvent l'anecdote qui sert de support à ses nouvelles. Mais elle n'apparaît ainsi qu'au regard superficiel qui ne sait pas discerner le grand et le profond dissimulés dans les petits faits de la vie courante (« meloči žizni »). Tchekhov réussit ce tour de force d'attacher et de passionner le lecteur ou le spectateur par des récits et des drames dénués d'affabulation romanesque, de toute péripétie, de toute concession à la facilité quelle qu'elle soit. « Dans la vie, il n'y a pas d'effets, ni de sujets bien tranchés ; tout y est mêlé, le profond et le mesquin, le tragique et le ridicule », disait Tchekhov à A. Kouprine.

« Un homme de lettres doit être aussi objectif qu'un chimiste, il doit renoncer au subjectivisme de la vie quotidienne... Il doit être avant tout un témoin impartial » (lettres à M. Kiseleva, 14 janvier 1887 et à A. Souvorine, 30 mai 1888). De toute évidence, Tchekhov était loin d'être seulement un témoin impartial. Mais l'élément personnel qui étoffe les matériaux offerts par l'observation directe de la vie est toujours dépersonnalisé, sublimé jusqu'à acquérir une valeur générale et supérieure. Par exemple, Trigorine et Treplev dans La Mouette sont tous les deux des porte-parole de l'auteur, chacun d'eux incarne un aspect de sa personnalité ; de même, le docteur Astrov dans Oncle Vania ; et Gourov, le héros de La Dame au petit chien ; enfin et surtout, Mgr Pierre dans L'Évêque. « Le subjectivisme, écrit-il à son frère, est une chose terrible [...] Surtout, il faut fuir l'élément personnel. »

Tchekhov avait défini ses canons esthétiques dès 1886 : « l'objectivité absolue ; la vérité dans la description des personnages et des objets ; une brièveté maximale ; l'audace et l'originalité ; la tendresse » (lettre à son frère Alexandre, 10 mai 1886), et, treize ans [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 8 pages






Écrit par :

Classification


Autres références

«  TCHEKHOV ANTON PAVLOVITCH (1860-1904)  » est également traité dans :

TCHEKHOV ANTON PAVLOVITCH - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Jean-François PÉPIN
  •  • 403 mots

17 janvier1860 Naissance d'Anton Pavlovitch Tchekhov à Taganrog.1867-1879 Études au lycée de Taganrog et à l'école professionnelle du district.1879 Il commence des études de médecine à Moscou.1881-1887 Il collabore à plusieurs publications hu […] Lire la suite

LA CERISAIE (mise en scène A. Françon)

  • Écrit par 
  • Didier MÉREUZE
  •  • 1 104 mots

Le 17 mars 2009, Alain Françon a signé son dernier spectacle en tant que directeur du Théâtre national de la Colline, avant de céder la place à Stéphane Braunschweig, ancien directeur du Théâtre national de Strasbourg. En l'espace de dou […] Lire la suite

LA MOUETTE, Anton Tchekhov - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Hélène HENRY
  •  • 1 269 mots
  •  • 1 média

En 1895, Anton Tchekhov (1860-1904), médecin et écrivain, est l'auteur fécond et déjà célèbre de récits humoristiques, de nouvelles (Les Contes de Melpomène, 1884 ; Récits bariolés, 1886) qui réinventent le genre, d'un reportage saisissant sur le bagne de l'île Sakhaline (L'Île de Sakhaline, 1894) et […] Lire la suite

NOUVELLES, Anton Tchekhov - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Jean BONAMOUR
  •  • 1 116 mots
  •  • 1 média

Anton Tchekhov (1860-1904) a publié des nouvelles depuis l'âge de vingt ans jusqu'à sa mort. Ces textes constituent la majeure partie de son œuvre et lui ont valu la célébrité à l'égal de son théâtre, avec lequel ils sont d’ailleurs organiquement liés. C'est par ses nouvelles aussi qu'il est devenu, en son pays, l'un des classiques les plus lus et probablement le plus populaire.Chronologiquement, […] Lire la suite

PLATONOV (A. Tchekhov)

  • Écrit par 
  • Raymonde TEMKINE
  •  • 910 mots

En 1880, Tchekhov a vingt ans, il se lance dans l'écriture d'une pièce de théâtre où il imagine pouvoir tout déverser de ce qui bouillonne en lui d'idées, de désirs, d'inquiétudes, d'espoirs. Son foisonnement et sa durée – six heures au moins – sont tels qu'elle est jugée injouable, et refusée. Tchekhov la remanie encore et encore, en vain. L'épais manuscrit sans titre qu'on découvre dix ans après […] Lire la suite

LE DOMAINE (L. Peries)

  • Écrit par 
  • Hubert NIOGRET
  •  • 935 mots

Avec la guerre d'insurrection opposant les Tigres de Libération de l'Eelam tamoul au pouvoir de Colombo, le Sri Lanka n'a longtemps revêtu aucune autre actualité pour le reste du monde. Pourtant, dans un pays de dimension modeste, aux prises avec de grandes difficultés économiques, et qui n'a jamais pu briser sa dépendance culturelle avec le continent indien qui le domine de sa gigantesque statur […] Lire la suite

DRAME - Drame moderne

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre SARRAZAC
  •  • 6 053 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Premier paradoxe : la contamination du drame par le roman »  : […] D'Aristote à Hegel – pour qui le drame « expose une action complète comme s'accomplissant sous nos yeux » –, c'est la notion de collision, de conflit au présent entre plusieurs personnages, qui caractérise la forme dramatique. Or les œuvres théâtrales maîtresses de la fin du xix e et du xx e siècle ne laissent pas d'éviter, de contourner, de rendre caduque cette notion clé de « collision dramati […] Lire la suite

RUSSIE (Arts et culture) - La littérature

  • Écrit par 
  • Michel AUCOUTURIER, 
  • Marie-Christine AUTANT-MATHIEU, 
  • Hélène HENRY, 
  • Hélène MÉLAT, 
  • Georges NIVAT
  •  • 25 101 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « La littérature d'art (1890-1917) »  : […] Le reflux du mouvement révolutionnaire des années 1860 entraîne après 1881 une remise en question qui atteint de proche en proche l'ensemble des postulats politiques et philosophiques de l'intelligentsia. Le marxisme, avec Plekhanov, puis Lénine, entame les positions du populisme. Il marque un abandon du positivisme utilitariste et un renouveau philosophique qui mène quelques-uns de ses premiers a […] Lire la suite

RUSSIE (Arts et culture) - Le théâtre

  • Écrit par 
  • Béatrice PICON-VALLIN, 
  • Nicole ZAND
  •  • 8 636 mots

Dans le chapitre « La difficile carrière d'Efros »  : […] La carrière d' Anatoli Efros (1925-1987) – pendant longtemps inconnu hors d'Union soviétique – a subi des hauts et des bas, et la qualité artistique de ses spectacles n'en était nullement responsable. Venu du théâtre central des Enfants, où il s'était fait remarquer, Efros a dirigé de 1963 à 1968 le théâtre des Komsomols léninistes de Moscou, qui depuis très longtemps déjà a perdu son caractère de […] Lire la suite

THÉÂTRE D'ART DE MOSCOU - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Jean CHOLLET
  •  • 465 mots

1898 Vladimir Nemirovitch-Dantchenko et Konstantin Stanislavski fondent le Théâtre d'Art de Moscou (M.H.A.T.). Création de La Mouette de Tchekhov. 1900-1904 Après Oncle Vania (1899), création des Trois Sœurs et de La Cerisaie de Tchekhov, dont les mises en scène du M.H.A.T. ont révélé les particularités de l'écriture. La recherche de l'expression du non-dit (à travers le jeu des acteurs, l' […] Lire la suite

THÉÂTRE OCCIDENTAL - La scène

  • Écrit par 
  • Alfred SIMON
  •  • 10 027 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « La mise en scène réaliste »  : […] Premier metteur en scène moderne, André Antoine (1858-1943) a vu son œuvre confisquée par l'esthétique naturaliste. On a vite vu en lui le Zola de la mise en scène. Pourtant, dans ses premiers spectacles, il avait fait une place aux poètes, au théâtre en vers ; L'Évasion de Villiers de L'Isle-Adam, Le Baiser de Théodore de Banville. Ce qui ne l'empêcha pas, dès la deuxième saison, de noter lui-m […] Lire la suite

Pour citer l’article

Sophie LAFFITTE, « TCHEKHOV ANTON PAVLOVITCH », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 juillet 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/anton-pavlovitch-tchekhov/