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LA MOUETTE, Anton Tchekhov Fiche de lecture

Tchekhov

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En 1895, Anton Tchekhov (1860-1904), médecin et écrivain, est l'auteur fécond et déjà célèbre de récits humoristiques, de nouvelles (Les Contes de Melpomène, 1884 ; Récits bariolés, 1886) qui réinventent le genre, d'un reportage saisissant sur le bagne de l'île Sakhaline (L'Île de Sakhaline, 1894) et de plusieurs pièces longues ou brèves (Ivanov, 1887) qui cherchent encore leur langage. Sa prochaine pièce s'annonce comme une comédie : « C'est une comédie avec trois rôles de femmes et six rôles d'hommes. Quatre actes, un paysage (une vue sur un lac), beaucoup de discours sur la littérature, peu d'action, cinq tonnes d'amour. » (lettre du 21 novembre 1895). Ce sera La Mouette, texte fondateur qui consacre Tchekhov dramaturge, met en place un langage théâtral inédit et stimule la recherche théâtrale de Stanislavski, inventeur en Russie d'une nouvelle pratique de la scène.

En cette fin de siècle, en Russie, le théâtre traverse une période de stagnation. Les pièces des grands dramaturges du xixe siècle comme A.N. Ostrovski (1823-1886) sont desservies par le jeu de quelques comédiens célèbres au « bénéfice » de qui les spectacles ont lieu. Le public donne la préférence à des œuvrettes de pur divertissement. Quand le Théâtre Alexandra de Saint-Pétersbourg monte La Mouette en octobre 1896, la première est un four mémorable, que corrige à peine le succès public des représentations suivantes. Il faudra, deux ans plus tard, l'intuition, la rigueur novatrice de Stanislavski pour que soit révélée la radicale nouveauté de l'écriture dramatique tchékhovienne. Fondé en 1897, le Théâtre d'art de Moscou proclame et démontre le rôle décisif de la mise en scène, vise à donner sur scène l'illusion de la vie, exige du comédien une discipline nouvelle, se cherche un répertoire. Tchekhov va à la rencontre des postulations de ce nouveau théâtre, dont il restera à jamais l'auteur emblématique. Après La Mouette, le Théâtre d'art montera trois autres chefs-d'œuvre : Oncle Vania (1896-1899), Les trois Sœurs (1900), La Cerisaie (1904).

Une comédie tragique

La Mouette parle d'art, d'amour et de mort. Au premier acte, dans la propriété de Sorine, une scène improvisée est dressée près du lac : le jeune écrivain Constantin Treplev, neveu de Sorine, s'apprête à faire jouer la pièce « décadente » dont il est l'auteur. Nina, apprentie comédienne, passionnément aimée de lui, en est l'interprète. Parmi les spectateurs, Arcadina, la mère de Treplev, et son amant, Trigorine, homme de lettres renommé. Arcadina se moque cruellement de l'œuvre de son fils, qui, blessé, interrompt la représentation. À l'acte deux, Treplev dépose aux pieds de Nina une mouette qu'il a eu « la bassesse » de tuer, lui dit son désespoir d'homme et de fils mal aimé, son amertume d'écrivain raté, et annonce son suicide : « Ça a commencé le soir où ma pièce s'est si bêtement effondrée. Les femmes ne pardonnent pas l'insuccès. J'ai tout brûlé, tout, jusqu'au plus petit feuillet. Si vous saviez comme je suis malheureux ! Votre froideur est effrayante, incroyable. C'est comme si je voyais soudain, à mon réveil, le lac désséché, ou toute son eau disparaissant sous la terre. » Nina, dans sa naïveté, est fascinée par Trigorine, qu'elle idéalise, croyant voir incarnées en lui la « grandeur et la beauté » de l'art. À l'acte trois, Arcadina et Treplev, qui vient de manquer son suicide, s'affrontent dans une longue scène, redite de la grande scène entre Hamlet et Gertrude, mêlant l'injure et la tendresse. Puis Arcadina répète à Trigorine son amour sur un mode exalté. Trigorine et Nina semblent prendre brusquement conscience d'une mutuelle attirance et échangent la promesse de se revoir à Moscou. Au dernier acte, deux ans se sont écoulés. Sorine est près de mourir. La carrière littéraire de Treplev a avorté. Nina revient : séduite,[...]

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Écrit par

  • : ancienne élève de l'École nationale supérieure de Sèvres, maître de conférences honoraire à l'université de Paris-Sorbonne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

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Autres références

  • LA MOUETTE (mise en scène T. Ostermeier)

    • Écrit par Monique LE ROUX
    • 988 mots

    Toute nouvelle mise en scène de Thomas Ostermeier constitue un événement. Son adaptation de La Mouette d’Anton Tchekhov à l’Odéon-Théâtre de l’Europe a suscité une attente d’autant plus grande qu’il s’agissait d’un spectacle, non pas venu en tournée depuis la Schaubühne berlinoise,...

  • BROOKLYN VILLAGE (I. Sachs)

    • Écrit par Pierre EISENREICH
    • 941 mots
    • 1 média
    La Mouette d’Anton Tchekhov, où l’on voit Brian interpréter le rôle de Trigorine, la mise en scène de Brooklyn Village marque la volonté d’évoquer l’environnement des personnages et sa transformation à partir de leur intériorité. Ira Sachs plonge ainsi le spectateur au cœur des tensions qui...
  • TCHEKHOV ANTON PAVLOVITCH - (repères chronologiques)

    • Écrit par Jean-François PÉPIN
    • 386 mots

    17 janvier1860 Naissance d'Anton Pavlovitch Tchekhov à Taganrog.

    1867-1879 Études au lycée de Taganrog et à l'école professionnelle du district.

    1879 Il commence des études de médecine à Moscou.

    1881-1887 Il collabore à plusieurs publications humoristiques sous un pseudonyme.

    1884...

Voir aussi