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COMPAGNON ANTOINE (1950- )

Antoine Compagnon - crédits : Ulf Andersen/ Getty

Antoine Compagnon

Né le 20 juillet 1950 à Bruxelles, Antoine Compagnon a été professeur à la Sorbonne et enseigne depuis de nombreuses années à l’université Columbia de New York. De 2006 à 2020, il a également été titulaire au Collège de France de la chaire de « Littérature française moderne et contemporaine : histoire, critique, théorie ». Ce spécialiste reconnu de Montaigne, Baudelaire et Proust a su faire rayonner l’étude de la littérature bien au-delà de l’université et de la critique : ainsi, le cours du Collège de France consacré en 2011 à « l’année 1966 », moment phare de la pensée et de la culture françaises, fut suivi avec passion ; quant à la publication de ses chroniques radiophoniques sur Montaigne (Un étéavec Montaigne, 2012), elle constitue l’un de ces trop rares rendez-vous réussis d’un savant avec le grand public.

Questions de poétique et d’histoire

Fils de militaire – le général Jean Compagnon, qui fut l’un des premiers à entrer dans Paris avec le général Leclerc en 1944 –, Antoine Compagnon suivit une éducation assez stricte et fut élève du Prytanée militaire de La Flèche : il tirera un beau roman de cette expérience (La Classe derhéto, 2012). L’adolescent liseur fait des sciences et entre à Polytechnique. Ingénieur des Ponts et Chaussées, il s’oriente définitivement vers les lettres en suivant notamment les cours de Jean-Yves Pouilloux et de Julia Kristeva à l’université Paris-VII. La rencontre décisive est celle de Roland Barthes dont il suit le séminaire à l’École pratique des hautes études ; c’est là qu’il rencontre aussi certains de ses proches amis : André Guyaux, Patrizia Lombardo, Éric Marty, Chantal Thomas. Pensionnaire de la fondation Thiers, il rédige sa thèse qui sera publiée en 1979. La Seconde Main ou le Travail de la citation demeure un ouvrage de référence assez typique de ce que la poétique française savait produire à cette époque, fondant l’analyse fonctionnelle d’une notion sur un large savoir. Ce premier livre en appelait un second plus spécifique, Nous, Michel de Montaigne (1980), à propos d’un écrivain qui savait ce que citer veut dire. Montaigne restera l’un des points de passage réguliers du chercheur – ainsi du lumineux Chat en poche. Montaigne et l’allégorie (1993), où sont menées de front deux questions : celle de « notre lecture allégorique des Essais et celle de la lecture (et de l’écriture) allégorique dans les Essais de Montaigne ». Tenter de répondre d’un même geste aux deux questions conduit l’interprète à redessiner les contours d’une histoire littéraire renouvelée.

L’itinéraire du chercheur a parfois été mal compris, en particulier au début de sa carrière, quand il parut abandonner la théorie au profit de l’histoire avec la vaste synthèse intitulée La Troisième République des lettres (1983). Véritable plongée dans la crise qui, de 1870 à 1914, secoua à la fois l’Université (avec la constitution de l’histoire littéraire française autour de Gustave Lanson), la critique qui lui cédait le pas (Sainte-Beuve et Brunetière) et la littérature qui, de Flaubert à Proust, connut au même moment une manière d’assomption, l’ouvrage marque un authentique renouvellement de la recherche et trouve l’une de ses suites avec Connaissez-vous Brunetière ? (1997).

Les Antimodernes (2005) constitue le point d’orgue d’une réflexion (entamée dès 1990 avec LesCinq Paradoxes de la modernité) qui tente de saisir la genèse souvent paradoxale du moderne en littérature. L’ouvrage cerne la figure des antimodernes, à savoir non pas les conservateurs ou les réactionnaires, mais les modernes en dépit d’eux-mêmes. Après une partie thématique dévolue à la contre-révolution, aux anti-Lumières, au pessimisme et à la vitupération ‒ autant de points de rencontre et de constitution de l’attitude antimoderne ‒, l’auteur s’attache aux[...]

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Écrit par

  • : professeur d'études cinématographiques et d'esthétique à l'université de Paris-Est-Marne-la-Vallée

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Antoine Compagnon - crédits : Ulf Andersen/ Getty

Antoine Compagnon

Autres références

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  • LES ANTIMODERNES (A. Compagnon) - Fiche de lecture

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    Depuis que l'on a proclamé la fin des avant-gardes, la modernité a été périodiquement l'objet de débats où se mêlent mises en accusation et plaidoyers teintés de nostalgie. Professeur de littérature à la Sorbonne et à Columbia University, Antoine Compagnon a déjà consacré plusieurs...

  • CRITIQUE LITTÉRAIRE

    • Écrit par Marc CERISUELO, Antoine COMPAGNON
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  • ÉCOLE LITTÉRAIRE

    • Écrit par François TRÉMOLIÈRES
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    ...trop y réfléchir, la dimension individuelle de l'œuvre à la dimension institutionnelle du groupe, l'appréciation esthétique à l'approche sociale. Mais, comme l'a montré Antoine Compagnon dans son examen critique de la discipline, ce n'est pas pour autant qu'elle dispense de tout jugement de valeur....
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    L’année 2022 est marquée par le centenaire de la mort de Marcel Proust. Trois grandes expositions parisiennes lui ont rendu hommage : Marcel Proust, un roman parisien au musée Carnavalet, Marcel Proust, du côté de la mère au musée d’Art et d’Histoire du judaïsme et Marcel Proust. La fabrique...

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    ...Parnasse et le naturalisme contre le romantisme, le symbolisme contre le Parnasse et le naturalisme, et ainsi de suite, d'avant-garde en avant-garde. Antoine Compagnon a souligné dans Les Cinq Paradoxes de la modernité le caractère équivoque de sa formulation baudelairienne : la « passion du présent...

Voir aussi