Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

PROUST MARCEL (1871-1922)

Marcel Proust

Marcel Proust

L'œuvre de Marcel Proust est, comme sa vie, le lieu de rencontre de deux époques : la tradition classique et la modernité. À la recherche du temps perdu est l'aboutissement de l'évolution qui conduit de Racine à Balzac et à Flaubert, et intègre certains apports des romans anglais, allemands et russes ; c'est au nom de ce classicisme que l'on a d'abord défendu Proust. Mais il est aussi le précurseur du roman contemporain, de Butor à Nathalie Sarraute ; c'est alors la révolution qu'il a fait subir à la littérature, que l'on souligne. Auteur de plusieurs livres, Les Plaisirs et les jours, Jean Santeuil, Pastiches et mélanges, sans compter d'autres écrits posthumes, Proust est aussi le créateur d'une œuvre unique. C'est pour ce livre solitaire et grandiose qu'il a vécu et qu'il est mort, lui que l'on voyait pourtant dans tous les salons, et qui recevait les grands écrivains de son temps, de Gide à Morand, de Giraudoux à Mauriac.

Bien qu'il soit né et mort à Paris, qu'il a fort peu quitté, certains ne l'évoquent que pour la peinture d'un village, Combray, d'une plage, Balbec, qui, sous les noms que l'on croirait empruntés de Cabourg ou d'Illiers, deviennent lieux de pèlerinage. Cette œuvre se nourrit du paradoxe et de l'ambiguïté : À la recherche du temps perdu est un seul roman, divisé en sept, et aussi une démonstration, un essai, un long poème. Proust a mis tous ses soins à le composer, et l'on vante son ouverture, sa liberté, son inachèvement. Il a créé cinq cents personnages, et l'on ne voit que lui, pour le confondre avec ce héros qui dit « je » et qui n'est pas le romancier. Une bibliographie de plusieurs milliers de titres éclaire tour à tour les facettes opposées de ce diamant noir. Il faut donc observer la formidable dissolution qu'a subie le roman classique dans l'eau de ces grandes phrases : ni les personnages, ni l'intrigue, ni le langage ne seront après elles ce qu'ils avaient été. Une immense synthèse les aura recomposés sous le signe de la différence.

Une vie et deux moi

La biographie de Proust n'est pas celle d'un aventurier. Né le 10 juillet 1871, fragile, bientôt asthmatique, il passe son enfance entre ses parents, un père, grand médecin, et qui publie des livres sur les maladies dont souffre Marcel, sans pourtant l'en guérir, une mère intelligente, cultivée, toujours présente, un frère qui suit une voie différente. Des études littéraires coupées de crises d'asthme, une licence de lettres et de philosophie, une autre de droit, des cours de science politique, mais le refus de toute carrière : un stage de clerc de notaire et un court passage à la bibliothèque Mazarine comme attaché non rémunéré. En revanche, dès l'adolescence, des textes paraissent, poèmes, portraits, essais, nouvelles, réunis dans Les Plaisirs et les Jours (1895) ; un roman de mille pages, commencé aussitôt après, et abandonné en 1899 (Jean Santeuil, publié en 1952). Des traductions de Ruskin permettent à Proust de préciser sa propre esthétique. Il perd son père en 1903, sa mère en 1905 : ce second deuil le brise, le laisse inconsolable, mais le libère peut-être. Homosexuel et écrivain, il pourra faire et dire ce qu'il voudra, sans craindre ses parents.

En 1907, ce sont des articles importants. En 1908-1909, un projet d'essai et de récit qui concerne Sainte-Beuve, mais aussi l'enfance, et la peinture de la société : il en reste dix cahiers (deux versions en ont été publiées, en 1952 et 1971). Sans transition, en 1909, à partir de ce premier projet, Proust rédige ce qui deviendra À la recherche du temps perdu. Du côté de chez Swann paraît en 1913, au moment où son auteur vit, auprès de son secrétaire Agostinelli, la crise sentimentale la plus grave de sa[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur de littérature française à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Marcel Proust

Marcel Proust

Marcel Proust, J.-É. Blanche

Marcel Proust, J.-É. Blanche

Vue de Delft, Vermeer de Delft

Vue de Delft, Vermeer de Delft

Autres références

  • À LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU, Marcel Proust - Fiche de lecture

    • Écrit par Pierre-Louis REY
    • 1 184 mots
    • 2 médias

    Histoire d'une vocation littéraire, À la recherche du temps perdu fut ébauché en 1908 par Marcel Proust (1871-1922), concurremment à un essai dirigé contre la méthode critique de Sainte-Beuve, coupable aux yeux de l'écrivain d'avoir jugé ses contemporains d'après leur comportement en société,...

  • CONTRE SAINTE-BEUVE, Marcel Proust - Fiche de lecture

    • Écrit par Guy BELZANE
    • 1 252 mots

    Contre Sainte-Beuve est un recueil de fragments écrits dans les années 1908-1909 par Marcel Proust (1871-1922). Depuis au moins quatre ans, ce dernier a en tête un ouvrage où il démontrerait l'inanité de la méthode du grand critique du xixe siècle, tout en exposant ses propres théories...

  • ESSAIS (M. Proust) - Fiche de lecture

    • Écrit par Mireille NATUREL
    • 1 945 mots
    • 1 média

    L’année 2022 est marquée par le centenaire de la mort de Marcel Proust. Trois grandes expositions parisiennes lui ont rendu hommage : Marcel Proust, un roman parisien au musée Carnavalet, Marcel Proust, du côté de la mère au musée d’Art et d’Histoire du judaïsme et Marcel Proust. La fabrique...

  • PROUST EST UNE FICTION (F. Bon) - Fiche de lecture

    • Écrit par Michel P. SCHMITT
    • 991 mots

    Tandis que se multiplient les commémorations du centenaire de la parution de Du côté dechez Swann, François Bon publie un livre au titre délicieusement ambigu, Proust est une fiction (Seuil, 2013). D’une façon lointainement oulipienne, l’ouvrage se présente sous la forme de cent fragments autonomes,...

  • PROUST, PRIX GONCOURT (T. Laget) - Fiche de lecture

    • Écrit par Norbert CZARNY
    • 1 094 mots
    • 1 média

    L’œuvre de Proust pense la littérature en soi, sans le lien qu’elle établit communément avec la « réalité ». Or cette relation avec le présent et avec la guerre tout juste achevée n’a jamais été aussi violemment discutée que le 10 décembre 1919, lorsque Marcel Proust reçoit...

  • BECKETT SAMUEL

    • Écrit par Jean-Pierre SARRAZAC
    • 4 808 mots
    • 2 médias
    Parmi les influences qui ont pu s'exercer sur Beckett, celle de Proust – auquel il consacre un essai en anglais dès 1931 – n'est sans doute pas la moins forte. Certes, Joyce pourra un temps subjuguer son cadet, qui fut son ami et son secrétaire, et continuer à long terme de hanter son esprit...
  • BEYER MARCEL (1965- )

    • Écrit par Nicole BARY
    • 988 mots
    Plusieurs influences littéraires habitent l'écriture de Beyer. Proust d'abord, cité à plusieurs reprises dans Kaltenburg, dont certaines pages ne sont pas sans évoquer la Recherche. La quête formelle d'une écriture romanesque d'après la catastrophe, comme chez les auteurs français du « nouveau...
  • BIOGRAPHIE

    • Écrit par Alain VIALA
    • 2 600 mots
    ...sens que si la biographie prétend rendre compte de l'« homme ». Ce qu'elle a fait longtemps, et qui lui a valu toutes sortes de critiques justifiées. Proust dit à bon droit, « contre Sainte-Beuve », que le moi social d'un artiste n'est pas significatif de son moi créateur ; l'érudition à perte de vue...
  • CHOPIN FRÉDÉRIC

    • Écrit par Jean VIGUÉ
    • 2 698 mots
    • 2 médias
    ...l'idée symphonique. À moins qu'ils n'aient volontairement celui de la danse (Polonaises, Mazurkas, Valses, etc.), ses thèmes sont de caractère vocal. Marcel Proust a bien su les définir tout en imitant leur tournure, lorsqu'il écrivait « les phrases au long col sinueux et démesuré de Chopin, si libres,...
  • Afficher les 22 références

Voir aussi