AMBROISE DE MILAN (339-397)

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Les sources de l'œuvre littéraire et l'attitude à l'égard de la philosophie

Contraint d'enseigner avant d'avoir appris, Ambroise doit presque tout à ses collègues grecs contemporains : le groupe des « Cappadociens » tout d'abord, c'est-à-dire Basile de Césarée, Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse, mais aussi le savant Didyme l'Aveugle. La plupart du temps, Ambroise s'est contenté de traduire leurs œuvres en latin, en les adaptant : on a un exemple particulièrement intéressant de ce genre de traduction libre dans l'Apologia David, presque entièrement tirée du commentaire de Didyme l'Aveugle sur le psaume 50. Et il semble bien que ce soit grâce à ces modèles qu'il a été mis en contact, consciemment ou inconsciemment, directement ou indirectement, avec la tradition exégétique dans laquelle ils se situaient, celle d'Origène et celle de Philon d'Alexandrie, et, tout aussi bien, avec la coloration philosophique dont ils se plaisaient à orner leurs œuvres et qu'ils ont particulièrement empruntée à Plotin. Leur influence s'exerce tout au long de la carrière épiscopale d'Ambroise.

Dès les premières années, celui-ci leur emprunte le thème de la virginité, auquel il consacrera, jusqu'à la fin de sa vie, plusieurs traités (De virginibus, De virginitate, De institutione virginis, Exhortatio virginitatis). Il utilise ensuite leurs traités dogmatiques pour rédiger, de 378 à 382, le De fide, consacré à la théologie trinitaire, le De spiritu sancto et le De incarnatione. Plus tard, l'Hexaemeron et le De Nabuthe auront pour source Basile de Césarée. L'influence de Philon d'Alexandrie prédomine au début de l'épiscopat d'Ambroise. Le De paradiso, le De Cain et Abel, le De Noe et Arca, le De Abraham, composés en 377-378, sont si proches des Quaestiones in Genesim que Hans Lewy a pu reconstituer la partie perdue de cet ouvrage de Philon grâce au témoignage d'Ambroise. Hervé Savon a d'ailleurs montré de façon très convaincante avec quelle habileté Ambroise savait christianiser Philon et utiliser son texte pour le mettre au service de sa propre pensée.

À partir de 385, l'influence d'Origène va prédominer. Sans doute la trace de Philon est-elle encore très reconnaissable, notamment dans le De fuga saeculi ; mais, désormais, le commentaire d'Origène sur le Cantique des cantiques va inspirer le De Isaac, le De bono mortis, les commentaires sur le psaume 118 et, d'une manière générale, toute la pensée d'Ambroise. D'autres thèmes origéniens se manifestent, par exemple la doctrine des trois morts dans le commentaire sur l'Évangile de saint Luc. On trouve aussi, dans ces différentes œuvres, la traduction continue de longs extraits des Ennéades de Plotin. Ambroise a-t-il connu directement les textes du grand néo-platonicien ou les a-t-il trouvés dans des sources patristiques grecques ? Le problème n'est pas encore résolu. Il semble du moins qu'il faille dire, avec G. Madec, que ces abondantes citations de Plotin ne font absolument pas d'Ambroise un néo-platonicien chrétien : « Ambroise a prélevé des phrases de façon quasi littérale, mais anonyme. S'il a fait siens certains thèmes doctrinaux, il n'a pas estimé devoir en faire honneur aux platoniciens, ni faire exception de Platon et du platonisme dans son jugement général sur la philosophie. » Il y a chez lui une prévention généralisée contre la philosophie et les philosophes.

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Pour citer l’article

Pierre HADOT, « AMBROISE DE MILAN (339-397) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ambroise-de-milan/