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AFRIQUE AUSTRALE

Peuplement européen et ségrégation en Afrique australe

La région est aujourd'hui considérée comme un des berceaux de l’humanité depuis les découvertes de restes d’Australopithèques de plus de 3 millions d’années ; son peuplement résulte également de flux migratoires multiples et anciens, depuis la longue descente, entamée trois mille ans avant notre ère, des peuples bantous vers le sud du continent. Ceux-ci délogent, grâce à leur maîtrise de la métallurgie, les San et les Khoi, premiers habitants de la région, présents depuis au moins vingt-cinq mille ans. Dès le viiie siècle, des navigateurs venus d’Arabie et d’Inde implantent sur les côtes de l’océan Indien des comptoirs qui leur servent d’escales. Mais leur présence demeure limitée aux côtes mozambicaines, comme à Sofala par exemple. Les commerçants indiens sont restés nombreux sur toute la côte africaine de l'océan Indien et on compte aujourd’hui plus de 70 000 Mozambicains d’origine indienne au Mozambique.

Des colonies de peuplement européen uniques en Afrique

L’Afrique australe est la seule région d’Afrique ayant connu un peuplement ancien et important d’Européens, principalement hollandais, anglais et portugais, durablement installés, ce qui a profondément façonné les sociétés et les territoires. Les indépendances de ces États sont ainsi les plus tardives du continent (1975 pour les colonies portugaises du Mozambique et de l’Angola, 1980 pour le Zimbabwe, 1990 pour la Namibie et fin de l’apartheid en 1991 en Afrique du Sud).

L’arrivée des Portugais dès la fin du xve siècle marque le début de l’influence européenne : Bartolomeu Dias débarque en Afrique du Sud en 1488 et Vasco de Gama, à la recherche d’une route vers les Indes, remonte les côtes mozambicaines jusqu’à Ilha de Moçambique en 1498. Durant le xvie siècle, l’île devient un comptoir, en lien avec Goa et Macao. Sur la côte atlantique, les Portugais créent la ville de Luanda en 1575 tandis qu'au sud, les Hollandais fondent la colonie du Cap en 1652, qui sera prise par les Britanniques en 1806 en raison de sa position stratégique sur la route des Indes. Elle devient une colonie de peuplement à la fin du xviie siècle et des immigrants néerlandais, allemands, danois et suédois s’y installent, fuyant la misère et la guerre. La conquête territoriale en Afrique du Sud repose sur l’exploitation d’une main-d’œuvre importée d’autres colonies (Inde et Indonésie), donnant lieu à un métissage avec les Khoi et les San au Cap (dont sont issus les Coloured). Certains vont également travailler dans les plantations de canne à sucre du Natal. Aujourd'hui, on compte encore 1,3 million d'Indiens sud-africains, descendants des « coolies ». Mais les colons hollandais, les « Boers », sont réfractaires à l'autorité britannique et initient une migration vers l’intérieur du pays, connue sous le nom de Grand Trek, à partir des années 1830. Les années suivantes sont marquées par des affrontements réguliers des colons européens entre eux et avec les populations africaines. L’avènement du roi guerrier zoulou Chaka (1818-1828) conduit à de violentes razzias et enlèvements, entraînant des mouvements de population (le Mfecane) sans précédent, qui expliquent en partie le sous-peuplement de l’intérieur de l’Afrique du Sud et le peuplement des marges du Drakensberg, région montagneuse dans laquelle se réfugient les populations sotho (actuel Lesotho).

Parallèlement, la traite esclavagiste bouleverse la carte démographique : dans la colonie du Cap, des esclaves sont importés de Guinée, Madagascar et Java, tandis que l’Angola fonctionne comme un réservoir d'esclaves pour le Brésil et Cuba. Au Mozambique, les esclaves sont envoyés à La Réunion, à Maurice et au Brésil. Cette véritable saignée démographique – un million d’esclaves auraient[...]

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Écrit par

  • : agrégée de géographie, maître de conférences à l'université Bordeaux Montaigne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Mine d’or au Zimbabwe

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Afrique australe

Afrique australe

La ruée vers le diamant, Afrique du Sud

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Autres références

  • AFRIQUE (Histoire) - Les décolonisations

    • Écrit par Marc MICHEL
    • 12 424 mots
    • 24 médias
    Après la chute de l'empire portugais en Afrique, il ne subsistait de la domination coloniale européenne que des vestiges : la Rhodésie du Sud, le Sud-Ouest africain, dont les jours étaient comptés, même si le processus pouvait être long.
  • AFRIQUE (Histoire) - Préhistoire

    • Écrit par Augustin HOLL
    • 6 326 mots
    • 3 médias
    En Afrique orientale, les sites de Kisese II, Twilight Cave et Lukenya montrent la présence d'industries à base de lames et lamelles. En Afrique australe, les assemblages lithiques ont été subdivisés en sous-ensembles chronologiques : Early Later Stone Age (ELSA, 19000 av. J.-C.), Robberg (vers 19000-7600...
  • AFRIQUE (Structure et milieu) - Géographie générale

    • Écrit par Roland POURTIER
    • 21 496 mots
    • 29 médias
    ...dans les années 1980 a suivi les axes de communication, tout en se diversifiant et en épargnant certains pays pour des raisons difficiles à expliquer. L’Afrique australe est la plus touchée, notamment l’Eswatini et l'Afrique du Sud. À travers la région, les femmes représentent 60 p. 100 des personnes...
  • AFRIQUE (Structure et milieu) - Géologie

    • Écrit par Anne FAURE-MURET
    • 18 789 mots
    • 22 médias
    La ceinture, ou chaîne, de Damara a une histoire complexe. Au début, vers 1 000-900 Ma, on assiste à un « rifting » avec formation de plusieurs grabens dans lesquels s'accumulent des séries d'épaisseur variable. À la base, on trouve le groupe de Nosib, qui est gréso-détritique. Des volcanites alcalines...
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Voir aussi