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LIBERTINS

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Le xviie siècle est, dans l'ensemble de l'Europe, une époque de restauration des hiérarchies civiles et ecclésiastiques, aussi bien que des valeurs traditionnelles dans le domaine de la morale et de la religion. Mais derrière ce retour à l'ordre existe une famille d'esprits qui ne sont pas d'accord avec leur siècle, et qui placent très haut l'indépendance de la pensée. On les appelle « libertins ». Le mot appartient d'ailleurs au langage de la polémique. Il veut être injurieux. Et, d'autre part, il est d'une grande confusion car il s'applique aussi bien à certains jeunes débauchés de la noblesse, qui refusent d'adhérer à l'ordre moral, qu'à certains philosophes dont le souci de liberté philosophique s'associe à une profonde horreur du scandale.

Il est nécessaire d'étudier ces deux sortes de libertinage, de marquer la place qu'elles occupent dans un monde demeuré chrétien. On le fera en plaçant au centre de cette enquête la France, où ces mouvements ont été particulièrement vifs et importants, mais sans oublier les apports, d'une efficacité capitale, de l'Angleterre et de l'Italie. D'autre part, on exposera la pensée des « libertins » philosophes, pour fixer leur véritable position en face de l'ordre civil et de l'orthodoxie.

Originairement, le libertinage est une « licence de l'esprit qui rejette les croyances religieuses », et les libertins du xviie siècle peuvent être considérés comme les ancêtres directs des « rationaux », puis des philosophes de l'âge des Lumières. Après la mort de Louis XIV, qui déchaîne des forces depuis longtemps contenues, la Régence donne libre cours à un épicurisme plus pratique que spéculatif : ce n'est pas l'irréligion qui caractérise d'abord les roués, mais une propension sans frein à la débauche. Le mot de libertinage prend alors des acceptions de plus en plus flottantes, jusqu'à désigner, pour finir, toute frivolité ou liberté de comportement. Pour en trouver une définition un peu précise, il faut avoir recours à la production romanesque duxviii

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L'AUTRE MONDE OU LES ÉTATS ET EMPIRES DE LA LUNE, ET LES ÉTATS ET EMPIRES DU SOLEIL, livre de Savinien Cyrano de Bergerac

Écrit par :  Christian BIET

…  de l'auteur, en 1657, mais modifié au regard des manuscrits retrouvés, qui datent de 1653 environ. *Le Bret, ami de l'auteur et éditeur de l'écrit libertin, ne souhaitait pas affronter la censure. Cette première publication se terminait avec l'idée qu'il y aurait une suite. Mais ce n'est qu'en 1662 qu'un éditeur anonyme publia un texte, dont on est… Lire la suite
BOCAGE MANUEL MARIA BARBOSA DU (1765-1805)

Écrit par :  António COIMBRA MARTINS

Dans le chapitre "Le libertin"  : …  *Superstition occasionnelle, prudence après avoir échappé à l'Inquisition, contrition in articulo mortis ne font pas oublier, chez Bocage, le libertin. Héritier du néo-classicisme, il l'est aussi de la philosophie des Lumières. Les vers, dédiés par lui au capitaine Lunardi, qui, en 1794, réalise dans le ciel de Lisbonne une ascension en… Lire la suite
BOISROBERT FRANÇOIS DE (1592-1662)

Écrit par :  Universalis

… *Fils d'un homme de loi normand et huguenot, Boisrobert vint à Paris en 1616 et s'insinua comme poète dans les bonnes grâces de la reine mère Marie de Médicis. Il se convertit au catholicisme en 1621 et fut tonsuré en 1623. Son esprit et son effronterie lui valurent la faveur du cardinal de Richelieu, et, après avoir visité l'Angleterre (1625-1626)… Lire la suite
BROSSES CHARLES DE (1709-1777)

Écrit par :  ETIEMBLE

Dans le chapitre "Un libertin fort érudit"  : …  ne seront vraiment éclairées qu'en 1930, dans l'édition procurée par Mlle Yvonne Bézard. * Jusqu'alors, on répétait qu'il s'agissait de lettres familières, griffonnées à l'étape en Italie, adressées aux bons amis dijonnais, tous gens de qualité et probablement libertins, c'est-à-dire « philosophes » : le président Bouhier, la présidente… Lire la suite
BUSSY-RABUTIN ROGER comte de (1618-1693)

Écrit par :  Jean-Marie CONSTANT

… *Soldat courageux, homme de cour et écrivain de talent, Bussy-Rabutin laissa derrière lui comme un parfum de scandale. Il reçut une brillante éducation chez les jésuites d'Autun, puis au collège de Clermont, avant de partir en Lorraine avec le régiment de son père. De 1634 à 1659, il fut de toutes les campagnes militaires en Flandre, en Lorraine, en… Lire la suite
CAYLUS ANNE CLAUDE PHILIPPE comte de (1692-1765)

Écrit par :  Georges BRUNEL

… *« Le protecteur des arts et le fléau des artistes » : c'est en ces termes sévères que Grimm définit la personnalité du comte de Caylus. Plus indulgente, la postérité a retenu surtout l'image du grand collectionneur d'antiques et de l'ardent propagandiste du retour à un goût sévère. Né dans une famille de noblesse de cour, le comte de Caylus… Lire la suite
CHAPELLE CLAUDE LUILLIER dit (1626-1686)

Écrit par :  Bernard CROQUETTE

… *Poète français. Capable d'études sérieuses (il suit très tôt les leçons de Gassendi) et d'amitiés solides (avec Cyrano, d'Assoucy, Boileau, Racine et surtout Molière), apprécié par de très grands seigneurs (Condé, les Vendôme, Nevers, la duchesse de Bouillon), Claude Chapelle, joyeux compagnon, se signale dès sa première jeunesse par un libertinage… Lire la suite
CHAULIEU GUILLAUME AMFRYE abbé de (1639-1720)

Écrit par :  Bernard CROQUETTE

… *Poète français. Chaulieu a vécu dans l'entourage de puissants protecteurs : les Vendôme (le duc et surtout son frère, le grand prieur, auprès de qui il s'installe dans l'enclos du Temple, d'où le surnom d'Anacréon du Temple qui lui a été donné), puis les petits-enfants du Grand Condé, le duc d'Enghien et la duchesse du Maine, après qu'un ordre… Lire la suite
CONSIDÉRATIONS POLITIQUES SUR LES COUPS D'ÉTAT, livre de Gabriel Naudé

Écrit par :  Christian BIET

Dans le chapitre "Le théâtre du pouvoir"  : …  les préservent et que leurs « sacrifices » sont « plus cachés que ceux de la déesse Eleusine » ? *Naudé fait preuve d'une jubilation suspecte dans ce plaisir de la profanation. Mais celle-ci devient l'instrument d'une politique libertine, dès lors que l'auteur ne se contente pas de parler en initié mais qu'il montre le mystère très humain du… Lire la suite
CYRANO DE BERGERAC SAVINIEN (1619-1655)

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DENON DOMINIQUE VIVANT baron (1747-1825)

Écrit par :  Denise BRAHIMI

… *La carrière de Denon se déroule avec le même succès sous l'Ancien Régime, la Révolution et l'Empire. Cet homme est remarquable pour l'habileté et la grâce avec laquelle il sut se faire des amis et des protecteurs à toutes les époques et en tous lieux. On le voit successivement s'assurer l'appui de Louis XV, de M. de Vergennes, du cardinal de Bernis… Lire la suite
DES BARREAUX JACQUES (1599-1673)

Écrit par :  Bernard CROQUETTE

… *Magistrat et écrivain français — mais il n'a pratiquement pas exercé sa charge et n'a publié aucun livre. Son incroyance tapageuse (qui lui attire quelques mésaventures mais ne résiste ni à la maladie ni, semble-t-il, à l'approche de la mort), sa réputation de viveur et d'« illustre débauché », l'amitié qui l'a lié à Théophile de Viau (mais qu'il… Lire la suite
DORAT CLAUDE (1734-1780)

Écrit par :  Bernard CROQUETTE

… *Parisien de naissance, Dorat fut, comme l'ancêtre dont il portait le nom, fécond et paresseux. On lui reprocha sa hâte à produire et une certaine propension à la négligence. « Il hasardait ses ouvrages, comme les saillies d'un homme aimable que l'occasion inspirait », dit un de ses contemporains. Pourtant, ce petit-maître valait probablement mieux… Lire la suite
DUCLOS CHARLES PINOT (1704-1772)

Écrit par :  Denise BRAHIMI

… *Écrivain breton, né et mort à Dinan, très récemment sorti de l'oubli parce qu'on a pu voir dans son Commentaire sur la Grammaire générale et raisonnée de Port-Royal (publié en édition posthume) une des sources principales de l'Essai sur l'origine des langues de J.-J. Rousseau (cf. J. Derrida, De la grammatologie, Paris,… Lire la suite
GASSENDI PIERRE GASSEND dit (1592-1655)

Écrit par :  Françoise ARMENGAUD

… *Savant et philosophe français, né près de Digne, reçu docteur en théologie en 1614 à Avignon, Gassendi est ordonné prêtre en 1616 et enseigne la philosophie à l'université d'Aix-en-Provence de 1617 à 1623. Il y fait des observations astronomiques détaillées, se déclare partisan de Copernic et entre en correspondance avec Galilée. Il partage ensuite… Lire la suite
GODARD D'AUCOUR CLAUDE (1716-1795)

Écrit par :  Édouard GUITTON

… *Auteur de second ordre, Godard d'Aucour eut une existence aisée : fermier général en 1754, receveur général des Finances à Alençon en 1785. Les Mémoires turcs, avec l'Histoire galante de deux jeunes Turcs durant leur séjour en France (1745), qui remportèrent un grand succès, se ressentent de l'influence des Lettres persanes : on y… Lire la suite
GRÉCOURT JEAN-BAPTISTE WILLART DE (1683-1743)

Écrit par :  Édouard GUITTON

… *Chanoine de son état, Willart de Grécourt passa de la prédication au libertinage et se fit une spécialité des vers licencieux qu'on fait circuler sous le manteau. Son poème de Philotanus, satire pesante de la bulle Unigenitus, eut un succès prodigieux. Il a beaucoup rimé durant sa vie. La meilleure partie de son œuvre appartient à… Lire la suite
HISTOIRE AMOUREUSE DES GAULES, livre de Roger de Bussy-Rabutin

Écrit par :  Christian BIET

Roger deBussy-Rabutin *Militaire, gentilhomme bourguignon, grand officier du royaume, ex-frondeur rallié à la cause du roi, Roger de Bussy-Rabutin (1618-1693) aime écrire à temps perdu. Sa Carte du pays de Braquerie (1654), où il faisait la satire de la Carte de Tendre enLire la suite
LACLOS CHODERLOS DE (1741-1803)

Écrit par :  Yvon BELAVAL

Dans le chapitre "Des personnages transformés"  : …  la tante de Valmont, dont les lettres sont admirables – ne sont pas touchées par le temps. *Tous les autres personnages sont transformés. Par quoi ? Par l'amour. La moins atteinte est Cécile de Volanges, son amour est trop juvénile. Il semble, dans Les Liaisons, que le désir ou le plaisir garde l'immédiateté de la nature, ne dure… Lire la suite
LA MOTHE LE VAYER FRANÇOIS DE (1588-1672)

Écrit par :  Bernard CROQUETTE

… *Philosophe et écrivain français, l'un des représentants majeurs de ce « libertinage érudit » qui marque, entre l'humanisme de la Renaissance et la philosophie du siècle des Lumières, une étape essentielle. À quarante ans, cet indolent n'a écrit aucun livre : il s'est prêté avec quelque répugnance aux devoirs de sa charge de substitut au procureur… Lire la suite
LENCLOS ANNE dite NINON DE (1616-1706)

Écrit par :  Bernard CROQUETTE

… *Courtisane française, célèbre par sa beauté (mais c'est déjà la légende qui parle, il faudrait dire sans doute son « agrément » ou son « charme ») et par son esprit, Ninon de Lenclos décide très jeune de vivre indépendante comme un homme. Elle a dès lors « des galans en assez bon nombre » (Tallemant des Réaux), pour une nuit ou pour trois mois,… Lire la suite
LIBERTINAGE

Écrit par :  Michel DELON

*Libertin et libertinage ont longtemps été des termes polémiques destinés à stigmatiser toutes les opinions ou conduites qui s'écartaient de la norme dominante. Il a fallu l'effervescence du xviiie siècle pour qu'ils soient assumés et revendiqués, et une distance historique de… Lire la suite
LITTÉRATURE D'ÉRUDITION (XVIIe s.)

Écrit par :  Marie-Madeleine FRAGONARD

… *Vers le milieu du xviie siècle une dissociation s'opère au sein des savoirs entre les sciences et les lettres, et au sein des lettres entre les savants et « ceux qui écrivent bien en français », entre ce que nous appelons érudition et ce que nous appelons littérature. Ce clivage, résultat d'un long affrontement entre les tenants… Lire la suite
MORALISTES

Écrit par :  François TRÉMOLIÈRES

Dans le chapitre "Jansénistes ou libertins"  : …  nous y verrions presque une forme d'émancipation de toute morale, et de préparation au nihilisme. *Le libertin serait en quelque sorte l'horizon du moraliste, qui ne serait jamais autant lui-même qu'en assumant une position exclusivement, intégralement mondaine : ainsi de Saint-Évremond, ou du chevalier de Méré. Reste que le suspens de la morale… Lire la suite
NAUDÉ GABRIEL (1600-1653)

Écrit par :  Bernard CROQUETTE

… *Érudit, bibliographe et historien français. Il fait de solides études littéraires et philosophiques accompagnées d'immenses lectures, avant d'entreprendre des études de médecine qu'il terminera en 1628. Il devient en 1622 bibliothécaire du président de Mesmes. Toute sa vie, il recherchera avec passion les éditions rares et les livres audacieux,… Lire la suite
NERCIAT ANDRÉ ROBERT DE (1739-1800)

Écrit par :  Denise BRAHIMI

… *De nos jours, les œuvres de Nerciat hantent l'« enfer » de la Bibliothèque nationale. On a pu voir en lui un parfait exemple de l'immoralité et de la corruption de l'aristocratie à la fin de l'Ancien Régime. Guillaume Apollinaire, qui a publié en 1910 une édition assez complète de ses œuvres dans la Bibliothèque des curieux, avec « des morceaux… Lire la suite
PIRON ALEXIS (1689-1773)

Écrit par :  Édouard GUITTON

… *Quelque chose nuit à la réputation littéraire de Piron : pas seulement l'Ode à Priape, poème puissant dans le genre lubrique qui lui ferma à jamais les portes de l'Académie française ; avec son air facétieux de bonimenteur à la parade toujours entre deux vins, on a peine à le prendre au sérieux. Il y a en lui un fond de gauloiserie… Lire la suite
RESTIF DE LA BRETONNE (1734-1806)

Écrit par :  Jacques LACARRIÈRE

Dans le chapitre "Le libertin visionnaire"  : …  *Ces aspects essentiels de Restif : l'écrivain paysan, le réformateur acharné et souvent moralisateur sont pourtant ceux qu'on a le plus délibérément ignorés dans son œuvre. Contemporains et critiques postérieurs – à l'exception de quelques inspirés comme Nerval et Valéry – ont surtout dénoncé en lui le « dépravé », le névropathe, celui qui a… Lire la suite
SPINOZA BARUCH (1632-1677)

Écrit par :  Robert MISRAHI

Dans le chapitre "L'introduction du spinozisme en France"  : …  Avant 1670, date de la publication anonyme du Tractatus theologico-politicus, le *libertinage érudit est déjà sensible au prestige naissant du spinozisme et marque ainsi la vraie nature du danger : il s'agit de l'athéisme. Déhénault fait le voyage de Hollande vers 1668 pour rencontrer Spinoza à Rijnsburg, et Saint-Evremond, autre… Lire la suite
VIAU THÉOPHILE DE (1590-1626)

Écrit par :  Antoine ADAM

*La phrase trop fameuse de Boileau : « Enfin Malherbe vint » a conduit l'ensemble de la critique, pendant plus de deux cents ans, à considérer le xviie siècle comme entièrement dominé par une orthodoxie classique fondée sur l'enseignement et l'exemple de Malherbe. Deux chiffres aujourd'hui… Lire la suite

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