La phrase trop fameuse de Boileau : « Enfin Malherbe vint » a conduit l'ensemble de la critique, pendant plus de deux cents ans, à considérer le xviie siècle comme entièrement dominé par une orthodoxie classique fondée sur l'enseignement et l'exemple de Malherbe. Deux chiffres aujourd'hui connus permettent de mesurer combien cette vue était illusoire. En face de seize éditions de Malherbe imprimées au xviie siècle, on compte quatre-vingt-treize éditions de Théophile de Viau. C'est dire combien il importe d'étudier celui que les contemporains appelaient « le premier prince des poètes » et « l'Apollon de notre âge ».
1. Une existence difficile
Théophile de Viau est né à Clairac-en-Agenois, de famille protestante. Ses débuts dans la vie furent ceux d'un étudiant pauvre, et qui ne craint pas assez les aventures. À l'académie de Saumur, à l'université de Leyde, il observa les querelles des théologiens. Ses croyances religieuses ne résistèrent pas à ce spectacle.
Il n'était pas sans ambition. Seule voie qui s'offrît à lui, il entra au service d'un grand seigneur. À partir de 1614, on le voit successivement attaché au duc de Candale, au marquis de Liancourt, à Montmorency. Il noue également des relations avec de jeunes parlementaires. L'image longtemps admise d'un Théophile traînant sa vie dans les cabarets est d'une absolue fausseté. Ce qui est vrai, c'est que ces aristocratiques amis sont des esprits fort libres. Ils ne craignent ni les obscénités ni les blasphèmes. Loin de les inviter à plus de retenue, Théophile les encourage dans leurs audaces.
Tout naturellement sa réputation dans le monde religieux est mauvaise, et l'on y déplore son influence. Une première fois, en 1619, il reçoit l'ordre de sortir du royaume. Il y rentre l'année suivante, visiblement assagi. En 1622, il abjure même le protestantisme. Il fréquente des prélats et des religieux. En 1623, il fait ses pâques.
Une intrigue pourtant se noue alors contre lui, dont les arrière-plans sont mal connus. Elle est montée par un jésuite, le père Voisin, […]
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