Le jansénisme n'est pas un phénomène isolé, mais une manifestation particulièrement dramatique de la crise provoquée par la Renaissance humaniste qui secoue la théologie catholique au xviie siècle. Jusque vers 1550, le problème des relations entre la liberté humaine et la grâce est dominé par les solutions qu'y avaient apportées saint Augustin. Ce dernier, en réaction contre l'humanisme païen qui exaltait les possibilités naturelles de l'homme, et dont les traces se retrouvaient dans le pélagianisme, tendait à rabaisser l'homme devant Dieu et affirmait sa totale dépendance à l'égard du Créateur. D'où l'idée de prédestination gratuite, ayant pour seul fondement le mystère du décret divin, et celle de grâce efficace, qui atteint infailliblement son effet tout en laissant intacte la liberté. Thomas d'Aquin et ses disciples n'y avaient rien changé et s'étaient efforcés d'étayer ces positions sur des bases rationnelles. Mais l'humanisme avait fait apparaître de nouvelles revendications à l'égard des valeurs humaines naturelles et, d'instinct, certains penseurs cherchaient à sortir du pessimisme augustinien en rendant à l'homme une meilleure place […]
