La prédestination est la doctrine biblique et théologique selon laquelle Dieu choisit d'aimer l'homme, de l'appeler avant son savoir, de le sauver avant ses mérites, de le maintenir dans la fidélité de cet appel et de ce salut avant le terme de sa vie, de condenser ainsi dans un acte de libre amour ce qui se déroule dans la multiplicité variable du temps. La prédestination caractérise Dieu non comme un être immobile et général, mais comme une personne active et élective. Elle protège l'homme contre l'autojustification et l'autoglorification. Elle est certitude sans sécurité. Elle détache du souci de conquérir un salut humainement toujours incertain et elle engage l'homme dans une permanente réponse de gratitude, de tremblement et d'espérance.
La prédestination a toujours constitué un thème important mais difficile pour la théologie chrétienne, car elle paraît s'opposer brutalement à d'autres thèmes de la foi, tels que la liberté humaine, l'universalité du dessein de salut de Dieu, l'importance de l'histoire face à l'éternité, la connaissance de la révélation face à l'incompréhensibilité des voies de Dieu. Séparée de ce que Dieu veut, fait et est en Jésus-Christ, la prédestination risque en effet de se muer en un prédéterminisme qui éloigne Dieu dans le silence de son secret et voue l'homme à la fatalité de son destin, jusqu'à ce que, d'ailleurs, l'homme rejette ce Dieu, devenu à ses yeux symbole d'un arbitraire impénétrable. Pourtant, peu de doctrines théologiques ont eu autant de force créatrice que la prédestination. Il est donc important de connaître pourquoi et comment elle s'est formulée, quels furent les grands débats dogmatiques et pastoraux qui s'instaurèrent autour d'elle, quelle est sa portée centrale, inévitable et féconde aujourd'hui encore, en un temps qui n'est cependant pas celui d'Ésaïe, de Paul, d'Augustin, de Calvin, de Jansénius et de Pascal.
1. Sources bibliques
Dans l'Ancien Testament, Dieu rappelle sans cesse à son peuple que l'existence de celui-ci dépend d'une élection antérieure à son histoire. Isr […]
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