Jésuite espagnol, célèbre par la querelle qu'il déclencha à propos de la liberté et de la grâce, Luis Molina, né dans une illustre famille, entra à dix-huit ans dans la Compagnie de Jésus, à Alcalá, où il avait fait ses études ; après son noviciat à Lisbonne, il fut envoyé à Coïmbre (Portugal) pour son scolasticat de philosophie, où il eut peut-être Pedro da Fonseca comme professeur. Puis il enseigna la philosophie à Coïmbre pendant quatre années avant d'étudier, à Évora et à Coïmbre, la théologie. Pendant vingt ans, Molina fut professeur de théologie à Évora ; puis il retourna en Espagne. Il y mourut l'année même où il était appelé à occuper la chaire de théologie morale de Madrid.
Esprit curieux, âpre à la dispute scolatique, Molina aurait mené une vie universitaire sans éclat et ses traités de morale, ainsi que son Commentaire de la Somme théologique (Commentaria in primam partem divi Thomae, 1592), ouvrages estimables, ne lui auraient guère valu de gloire posthume, si sa Concorde du libre arbitre avec les dons de la grâce (Concordia liberi arbitrii cum gratiae donis, 1588) n'avait, dès sa parution, soulevé les objections des théologiens dominicains de Salamanque. Molina se défendit habilement et publia en 1589 un Appendice de quarante-quatre pages (parfois relié avec l'édition originale de la Concordia). Autour de ce livre dont l'auteur publia à Anvers, en 1595, une édition remaniée, s'est développé le conflit sur la grâce et la liberté humaine qui anima les controverses théologiques du xviie siècle, notamment avec les congrégations de auxiliis, réunies pour examiner et discuter les principales thèses du molinisme, que les Jésuites défendirent contre l'école thomiste représentée par les Dominicains.
Jean-Robert ARMOGATHE
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