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HEGEL (G. W. F.)

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Média de cet article dans l'Encyclopædia Universalis :

 

« Sans spinozisme, pas de philosophie », disait HegelFriedrich Hegel, et cela marque déjà l'une des orientations de sa pensée. Car, en son temps, on ne se référait pas innocemment à Spinoza. Nous pouvons maintenant affirmer : « pas de philosophie moderne sans hégélianisme ». Comme l'avait noté à juste titre Maurice Merleau-Ponty, qui pourtant le critiquait et voulait innover : « Hegel est à l'origine de tout ce qui s'est fait de grand en philosophie depuis un siècle. » Encore pensait-il surtout aux prolongements positifs de l'hégélianisme. Nous estimons désormais que beaucoup de doctrines hostiles à l'hégélianisme n'auraient pu se former et se développer si elles n'avaient eu la chance de se comparer et de s'opposer à un tel adversaire.

Friedrich Hegel Photographie

Friedrich Hegel Friedrich Hegel (1770-1831). Portrait par Schlesinger.

Crédits: Istituto Geografico De Agostini Consulter

Le rayonnement de l'hégélianisme ne se limite pas au seul horizon de la philosophie proprement dite. On mobilise Hegel pour toutes les causes, on le cite en toute occasion, pas toujours à bon escient. On lui dérobe des formules claires et fascinantes qui, isolées de leur contexte souvent difficile, suffisent à bonifier les tirades les plus ternes et même les plus vulgaires.

Il n'est certes pas le seul grand philosophe auquel on puisse se référer utilement. Mais il vient après beaucoup d'autres et il conclut une histoire typique. Cela lui confère, grâce à l'étendue de son savoir, à son étonnant pouvoir de récupération de toutes les variétés de pensée, à l'acuité de son jugement, un prestige singulier et lui assure, encore en notre temps, une vitalité exceptionnelle : deux siècles après, il se fait encore des ennemis !

Il y a quelque chose d'impérial, ou d'impérialiste, dans cette philosophie, et l'on a souvent rapproché Hegel de Napoléon, son contemporain admiré. Il ne récusait peut-être pas lui-même une telle comparaison, dans sa vanité de penseur résolument idéaliste, avide de connaître et de dominer intellectuellement tout, tout de suite, et tout seul. Les deux hommes semblent avoir atteint, chacun sur son théâtre d'opération, la puissance et la gloire : l'empire de l'Europe et le règne de la raison. Hegel a lui-même établi un lien substantiel profond entre l'impétueuse activité française et la calme théorie allemande.

1.   Le langage et la vie

Avant d'esquisser un schéma de l'hégélianisme – l'idéalisme spéculatif et dialectique – il importe de repérer quelques obstacles qui en gênent l'accès. Ses difficultés ne lui viennent pas uniquement de l'extérieur : certaines d'entre elles relèvent de lui-même. Les signaler, c'est ouvrir les portes de la doctrine et encourager une lecture active et exigeante. Cette philosophie ne se laisse pas contempler simplement d'une manière réceptive et interprétative. Elle appelle aussi l'interrogation et le soupçon : c'est ainsi que Hegel lui-même s'adressait à ses prédécesseurs et à ses maîtres. Il soutenait que la philosophie a pour tâche première de « comprendre ce qui est ». Notre travail supplémentaire consiste à comprendre ce qu'il a dit de ce qui est. Il le savait : « un grand personnage voue les hommes à la damnation de l'expliquer ». Si la lecture de Hegel était aisée, elle ne serait ni féconde ni valeureuse.

  Le corpus hélégien

On se heurte d'abord à l'immensité de l'œuvre. Elle se présente comme un énorme massif de montagnes élevées, au point culminant desquelles on accède par divers chemins, tous escarpés. D'en haut, on jouira d'un beau panorama, mais qui voudra ou pourra grimper jusque-là ? L'alpiniste se satisfait parfois d'un angle de vue partiel, déjà grandiose. Il sait que le massif constitue une formation géologique globale : tous les aspects que l'on y distingue, dans leur réalité concrète, ont poussé ensemble (Hegel définit le concret comme « ce qui a poussé ensemble », du latin concrescere). Mais l'étroit regard et le petit esprit de l'homme n'en peuvent saisir d'abord qu'une parcelle, obligés qu'ils sont de fragmenter cette concrétude, de distinguer successivement et plus ou moins méthodiquement en elle des composants divers et déjà, au départ, de choisir un itinéraire parmi d'autres possibles.

Encore faut-il d'abord cerner le massif. Si étonnant que cela puisse paraître, des problèmes de textes et d'édition se posent encore. On découvre à notre époque des manuscrits ou des cours de Hegel jusqu'alors inconnus. Une grande publication allemande, minutieuse et critique, est en cours. Elle collecte en premier lieu, bien sûr, les œuvres que Hegel publia lui-même, de son vivant. Et ce n'est déjà pas une mince entreprise, car elles ont leur propre histoire, riche d'aventures. Du moins livrent-elles l'essentiel de la doctrine exotérique. Leur succession révèle des évolutions de pensée dont il n'est pas toujours aisé de discerner les péripéties.

Devant cette masse de livres, on pourrait soupirer : c'est assez ! Des commentateurs sérieux recommandent de s'en tenir à cela. La connaissance de l'hégélianisme peut s'élever, ou se risquer, à des niveaux variés de précision et d'authenticité. À la rigueur, l'un des ouvrages les plus amples, l'Encyclopédie des sciences philosophiques en abrégé (1817, 1827 et 1830), fournit déjà à lui seul un exposé assez détaillé de la pensée de Hegel, et son étude réclame de grands efforts. Certains croient y trouver – peut-être illusoirement – la philosophie de Hegel enfin bouclée dans son unité achevée. Toutefois, après chacune de ses parutions, elle a reçu des compléments oraux ou écrits, des remarques supplémentaires. Ces ajouts, traitant chacun d'une question particulière, apportent une plus grande clarté, et l'on peut conseiller au débutant en hégélianisme de s'initier rhapsodiquement grâce à eux...

Mais cela suscite quelque inquiétude. La déduction systématique, l'exposition stabilisante gênerait-elle donc la reconnaissance de l'esprit hégélien ? Le système est-il charpenté aussi solidement qu'il s'en vante ? Autre sujet d'inquiétude : on constate bien des contradictions, parfois littérales, dans les textes « canoniques », et l'on apprend par ailleurs que Hegel a pensé et dit bien des choses qu'il s'est abstenu de confier à des éditeurs.

C'est pourquoi il importe de prendre en considération, les manuscrits de jeunesse, qui présentent des rapports étroits avec les œuvres de la maturité et éclairent souvent le sens de celles-ci. Les écrits de Hegel furent longtemps traités avec une extrême négligence : ces manuscrits, rédigés de 1793 à 1800, et auxquels il accordait une grande importance puisqu'il les a toujours préservés au cours de ses nombreuses pérégrinations, n'ont été « redécouverts » qu'en 1906 par un Français, Paul Roques, édités in extenso seulement en 1907 par Nohl, et affublés par celui-ci du titre : Écrits théologiques du jeune Hegel, alors qu'ils se signalent plutôt par leur inspiration anti-théologique.

Si Hegel ne les a pas lui-même divulgués, c'est qu'ils étaient évidemment impubliables dans les régimes religieux et politiques de l'Allemagne, à la fin du xviiie siècle. Certaines de leurs formules, forgées et commentées par le jeune homme, se retrouvent dans les œuvres tardives – par exemple dans les Leçons sur la philosophie de la religion, mais, cette fois, sans les explications appropriées : les textes de jeunesse apportent, pour qui le souhaite, des nuances surprenantes aux thèses de l'âge mûr.

Autre source abondante, presque intarissable : les Leçons sur le droit, la philosophie de l'histoire, l'esthétique, la philosophie de la religion, professées par Hegel après son installation à Berlin, en 1819. Sans cesse reprises et modifiées, elles furent consciencieusement et même pieusement recueillies, dans toutes leurs versions, par des auditeurs dont on exploite maintenant les cahiers de notes. Pourquoi Hegel n'a-t-il pas consigné dans des livres le contenu de ces Leçons, très élaboré, et pour nous très précieux ? Sans elles, une partie de ses idées les plus célèbres nous échapperait entièrement. Elles s'écartent fréquemment des principes énoncés dans les traités ou les résumés. Il convient de recourir à elles sans hésiter.

Pour se familiariser avec la pensée de Hegel, on ne négligera pas non plus sa Correspondance – très vaste –, et qui dévoile, dans des conditions d'intimité et de confiance, des côtés méconnus de ses sentiments, de ses opinions, de ses relations, de son existence.

  De la conscience historique au savoir absolu

Dans quelle mesure la méditation des philosophes dépend-elle des circonstances singulières et du cours général de leur existence ? Et inversement, dans quelle mesure veulent-ils et réussissent-ils à faire dépendre leur existence de leurs idées acquises ? Doit-on s'accommoder d'une interprétation interne des textes ? Pour Hegel, cela ne fait pas de doute : le conditionnement externe pèse de tout son poids. Il l'a affirmé d'une manière assez générale pour que cela concerne aussi bien les philosophes antérieurs que ses contemporains et lui-même : le philosophe est « le fils de son temps ». Paradoxalement, et c'est précisément là l'une des dimensions les plus originales et à la fois la pierre d'achoppement de cette tentative grandiose, il a voulu maintenir la foi traditionnelle en l'éternité, l'universalité, la transcendance de la pensée, de sa propre pensée sublimée, telle qu'il savait la définir sous le nom d'idéalisme absolu. Reste que l'on ne saurait l'entendre vraiment, ni saisir les mobiles de ses hésitations et de ses dissimulations, sans recourir à sa biographie.

Hegel a toujours insisté sur l'importance, pour la philosophie, du lieu et du moment : hic et nunc ! Chaque système surgit à point nommé. Il n'y a donc guère de philosophes pour lesquels il importe davantage de rappeler quelle fut leur vie, et quelle place ils trouvèrent dans une civilisation, un siècle, un pays. Cet enracinement ne trouble en rien l'idéalisme foncier de Hegel. Le temps parcellaire dans lequel les hommes épuisent leur existence est pour lui un avatar du temps de l'esprit universel, qui se diversifie en des figures nombreuses : à chaque époque, « l'esprit du temps », incarné dans un peuple, inspire et colore toutes les formes d'existence objective. Chaque étape du progrès de l'Esprit se « fixe » temporairement et singularise tout un monde de culture : « il n'existe qu'un seul esprit, un seul principe qui s'exprime dans l'état politique comme il se manifeste dans la religion, l'art, la moralité, les mœurs sociales, le commerce et l'industrie ! »

Comment une conscience individuelle gagne-t-elle le savoir philosophique, de valeur absolue, et réussit-elle à se confondre avec lui ? La Phénoménologie de l'esprit (1807) tente de répondre longuement à cette question, entre autres. Hegel résume cette réponse dans une image teintée de religiosité : « Le but, le savoir absolu, ou l'esprit qui se sait comme esprit, prend pour chemin le souvenir des esprits [la „réintériorisation“ des esprits des temps et des peuples] tels qu'ils sont en eux-mêmes et qu'ils accomplissent l'organisation de leur royaume. Leur conservation selon le côté de leur existence libre telle qu'elle apparaît dans la forme de la contingence, c'est l'histoire ; selon le côté de leur organisation telle qu'elle est conçue, c'est la science du savoir qui se manifeste. Les deux ensemble – l'histoire conçue – forment la réintériorisation et le calvaire de l'esprit absolu, la réalité, la vérité et la certitude de son trône, sans laquelle il serait la solitude sans vie. „Du calice de ce royaume des esprits / son infinité pétille jusqu'à lui“ » (Schiller).

Mutatis mutandis, le même recours aux formes parcellaires et successives de l'expérience vivante de l'auteur peut contribuer à éclairer sa philosophie constituée. Hegel accomplit sa tâche à la fois comme acteur infime de l'histoire contingente et comme secrétaire général de l'Esprit, en formation continue. Devant la sublimité de son entreprise, il fait montre d'une modestie quelque peu affectée : « La portion de l'œuvre totale de l'esprit qui revient à l'individu ne peut être que petite ; celui-ci doit donc, comme la nature de la science l'implique déjà, s'oublier d'autant plus, et, certes, devenir et faire ce qu'il peut ; mais on doit d'autant moins exiger de lui que lui-même attend moins de lui-même et réclame moins pour lui-même. »

  Une carrière laborieuse

Hegel a donc « fait ce qu'il a pu » – en réalité, trop pour qu'on puisse en rapporter tout ici. Dans « la forme de la contingence », au départ d'une vie qui lui donnera l'espoir de parvenir, au prix de grands efforts, à « se savoir comme esprit », Hegel naquit tout simplement à Stuttgart, le 27 août 1770. Cela n'est pas innocent : non seulement il sera affecté jusqu'à sa mort d'un accent souabe qui le rendra ridicule auprès des raffinés, mais il ne se libérera pas de certaines empreintes premières : la religion luthérienne, l'attachement familial, le goût de la minutie...

Son père, modeste fonctionnaire des finances du duché de Wurtemberg – l'un des États allemands les plus rigoureusement et stupidement despotiques – assura à ses trois enfants un climat domestique simple, digne, studieux. De sa mère, morte alors qu'il était encore fort jeune, le philosophe se souviendra toujours avec émotion. Le lycée de Stuttgart va lui procurer les bases indispensables à son développement intellectuel. En 1788, il entre comme boursier du duc au célèbre séminaire protestant de Tübingen – le Stift – peut-être selon un souhait de sa mère, certainement pour se procurer la seule possibilité d'études supérieures. Dans cette institution, il est le condisciple et l'ami du futur poète Hölderlin et du futur philosophe Schelling.

Consacré « maître de philosophie », en 1793, il refuse, comme ses amis, de devenir pasteur, et préfère la pénible et humiliante condition de précepteur dans des familles riches, d'abord à Berne (1793-1796) puis à Francfort (1797-1800). Dans cette dernière ville, il sera le confident et le recours de l'ami Hölderlin lors du drame sentimental que celui-ci vivra avec Suzette Gontard.

En 1799, son père meurt. Muni d'un petit héritage, Hegel se fixe à Iéna, où il collabore avec Schelling et se livre à des méditations philosophiques de plus en plus personnelles. C'est une période de création exceptionnelle où, tout en préservant ce qu'il a reçu intellectuellement d'eux, il se détache de plus en plus de Kant, de Fichte et de Schelling. Le fruit remarquable de cette période sera la Phénoménologie de l'esprit qui recèle, du moins en germe, ses idées les plus originales. C'est à Iéna que naît son « fils naturel », Ludwig, qui sera pour lui, jusqu'à sa mort, une intarissable source de soucis.

Les guerres européennes interrompent brutalement cette activité féconde. Hegel se voit contraint d'accepter un emploi de rédacteur de journal, à Bamberg (1807-1808) – emploi qu'il perdra bientôt à cause d'un dangereux conflit avec la censure bavaroise. Son ami Niethammer lui procure alors le poste de directeur du lycée de Nuremberg (1808-1816). Il se marie en 1811 avec la fille d'un patricien de cette ville, Maria von Tucher, dont il aura deux fils. Il publie ici sa très importante Science de la logique, le « compendium de la dialectique ».

En 1816, il accède enfin à l'université et il est nommé professeur à Heidelberg (1816-1818). Pendant cette période, l'une des plus heureuses de sa vie, il compose l'Encyclopédie des sciences philosophiques. En 1818, il répond avec joie à l'appel de l'université de Berlin. Il ne pouvait espérer situation plus enviable. C'est pour lui comme un triomphe ! Il va déployer là une activité prodigieuse, à la fois administrative (à travers la présidence de jurys, les expertises programmatiques, les conférences officielles), philosophique (les fameuses Leçons de Berlin, si abondantes et si variées), et aussi culturelle et politique, dans une période de répression forcenée des timides élans populaires et estudiantins prussiens en faveur du libéralisme.

Hegel est mort le 14 novembre 1831. À l'examen des documents disponibles, on constate le caractère incertain des causes de son décès (d'abord attribué à l'épidémie de choléra) et la teneur politiquement et philosophiquement très équivoque des discours tenus lors de ses obsèques.

  Lire Hegel

Vivant, il ne voulait ni ne pouvait s'abstenir de penser, ni même, dans une certaine mesure, d'agir. Il lui a donc fallu dissimuler. Quand on lit Hegel, que l'on interprète ses déclarations, que l'on juge ses comportements et ses attitudes doctrinales et pratiques, il est prudent de garder en mémoire cette situation d'assujettissement, de soumission apparente, et en même temps les irrépressibles réactions d'indignation cachée, de duplicité diplomatique, de ruse stratégique.

Le décalage intermittent entre ce qu'il pense et ce qu'il dit se confirme grâce à des enquêtes de plus en plus attentives : il y a un Hegel secret, investi de tourments familiaux, de tracasseries professionnelles, d'audaces politiques, de contestations religieuses, d'incertitudes et d'angoisses. Chaque lecteur reste évidemment libre de ne pas en tenir compte et, à la lecture des textes canoniques, de considérer que « son siège est fait ». Mais il est permis aussi de cultiver la curiosité, le goût d'en savoir davantage, la volonté de ne pas s'en laisser conter, l'amour du véritable Hegel qui mérite d'être défendu contre des interprétations fausses ou malveillantes.

Pour prendre possession de l'hégélianisme, il ne suffit pas de s'enquérir de la forme ultime qu'il a revêtue au moment de la mort du philosophe. Il faut parcourir aussi le chemin de sa formation. Descartes avait déclaré que « la nature [des choses] est bien plus aisée à concevoir lorsqu'on les voit naître peu à peu que lorsqu'on ne les considère que toutes faites ». Hegel prétendra à son tour, avec plus de rigueur, que c'est « l'être devenu » qui importe le plus et que « le résultat n'est pas le but effectif : il l'est conjointement à son devenir [...] Le résultat nu est le cadavre qui a laissé la tendance derrière lui... » C'est l'une des thèses les plus caractéristiques du philosophe, retenue par beaucoup de théoriciens ultérieurs. À sa lumière, on voit combien les idéologies « postmodernes » s'établissent directement contre lui, mais aussi grâce à lui.

On accole parfois au nom de Hegel le même sobriquet qu'à celui d'Héraclite : « l'Obscur ». Il n'est pas, en réalité, plus obscur que d'autres philosophes, mais peut-être moins bluffeur. Sa relative obscurité tient d'abord à une lourdeur d'expression que ses amis remarquèrent très tôt, qu'il ne surmonta jamais complètement et qu'il avouait. Ce défaut mécontente les hégéliens qui voient Hegel s'exprimer dans certaines occasions avec beaucoup de clarté et même d'élégance quand, semble-t-il, il le veut.

Aussi est-on amené à supposer que cette légendaire obscurité, cette opacité, n'est pas toujours involontaire, ou qu'en tout cas elle tient à des causes profondes. Hegel proposait des idées neuves à bien des égards et qui heurtaient donc des habitudes de pensée invétérées, des idées rebelles au mode d'expression ordinaire et qui ne disposaient pas d'emblée du vocabulaire approprié. Elles s'enrichissaient en même temps qu'il les énonçait et qu'il inventait les mots pour les dire. Elles s'expriment en tout cas assez nettement pour choquer un certain public et en séduire un autre. S'il avait vécu encore, sa pensée aurait évidemment continué de changer. On ne peut l'assimiler convenablement si on la tient pour un système réellement achevé et indépassable, ou même si on la contemple comme une œuvre d'art éblouissante, plongée dans un isolement splendide et supposé total. Elle revêt au contraire sa vraie dignité si on la considère comme une étape éminente de l'histoire culturelle et du développement théorique, relativement autonome mais cependant emportée finalement, comme tout le reste, dans la passée du temps. Hegel honorait l'adage schillérien : « Histoire du monde, tribunal du monde ». Il se soumettait d'avance à ce jugement dernier – mais pas trop vite !

  Représentation et concept

Contraint par les circonstances, mais aussi peut-être par des complexes psychologiques et des aventures existentielles, d'adopter souvent un double langage, Hegel a même fait de cette pratique un des composants méthodiques de sa philosophie. Ainsi, il use communément de ces « tournures » (Wendungen) habiles dont il détecte et admire l'usage chez des prédécesseurs brimés par les autorités. Ces tournures donnent encore le change à certains de nos contemporains. L'amateur ou le connaisseur relèvent facilement les phrases longues et contournées, « clausulées », où la fin atténue, modifie, voire dément l'affirmation du début.

Ainsi, pour ne retenir qu'un seul exemple quand il traite de l'idée de création, il proclame parfois sans ambages : « la notion de création n'est pas une pensée déterminée ». Et en effet, dans un idéalisme absolu, cette idée de création perd toute validité conceptuelle. Elle ne peut servir que d'image, d'illustration à usage profane pour des catégories et des concepts purement idéaux et immanents. Mais Hegel ne peut s'exprimer toujours aussi franchement, et beaucoup n'y prennent pas garde.

On peut se persuader, par exemple, qu'il aurait dit que « la logique [sa logique] est l'exposition de Dieu avant la création du monde et des êtres finis ». Ce serait déjà assez blasphématoire : Hegel pensant souverainement ce que Dieu pense ! Une lecture plus attentive impose une autre traduction : « On peut dire que la logique... » Il ne s'agirait plus que d'une manière de dire. Toutefois Hegel ne consent même pas à cela, quand il songe à une « création ». Il glisse dans ce contexte une formule incroyablement tarabiscotée, intraduisible littéralement en français : Man kann sich deswegen ausdrücken, dass... Soit quelque chose comme : « On peut donc à cause de cela s'exprimer de telle manière que... »

Cet artifice perdrait de sa portée s'il restait isolé. Il se répète, sous la plume de Hegel, avec quelques variations, chaque fois qu'intervient la notion de création, purement représentative, et assez éloignée de la détermination conceptuelle à laquelle elle est censée correspondre métaphoriquement : « La liberté absolue de l'Idée consiste en ce qu'elle ne fait pas que passer dans la vie ni que, comme connaissance finie, la laisser paraître dans elle-même, mais, dans l'absolue vérité d'elle-même, se résout à laisser librement aller hors d'elle-même le moment de sa particularité ou de la première détermination ou altérité, l'Idée immédiate, comme son reflet, elle-même, comme nature... »

Cela ne manque pas de cohérence avec la doctrine globale, mais cette « extériorité intérieure » se coule difficilement dans une image ordinaire de « création ». Certes, religion et philosophie détiennent, au dire de Hegel, « le même contenu ». Et pour cause, puisque dans l'idéalisme il ne saurait y avoir qu'un seul contenu, l'idéel. Ce contenu peut s'exprimer en deux langages fort différents et dont on se demande s'ils sont véritablement traduisibles l'un dans l'autre : celui de la « représentation » (entre autres, le « langage » religieux) et celui du concept. La représentation est la « métaphore du concept ». Mais que vaut-elle, en dernière instance, auprès de ce concept, lorsqu'il a pris conscience de lui-même et de sa haute valeur, sans masque et sans voile ?

2.   La dialectique

Une présentation concise de l'hégélianisme lui impose d'être elliptique et de se réduire à un échantillonnage. On prélève ce qui le singularise et ce qui fait de son auteur un philosophe distingué.

Ce qui, après tant d'années, inquiète et instruit le plus communément, c'est ce que l'on appelle, avec Hegel, la dialectique. Celle-ci consiste d'abord dans une « manière de penser » (Denkart), différente de la manière la plus ordinaire. De même que Descartes « s'est rencontré, dit-il, dès sa jeunesse en certains chemins qui l'ont conduit à des considérations et des maximes dont il a formé une méthode », de même Hegel a élaboré en forme de méthode une dialectique d'abord spontanée.

À cette fin, il a privilégié l'héritage de certains philosophes antécédents et, entre autres, celui d'Héraclite dont « il n'est pas une proposition, proclame-t-il, que je n'aie reprise dans ma logique ». Deux locutions célèbres de la philosophie antique l'inspirent constamment, ainsi que son ami Hölderlin : en kai pan (« Un et Tout », la formule du prétendu « panthéisme »... dans laquelle le mot Dieu n'apparaît pas !) et en diapheron eautô (« L'un qui se différencie en lui-même » – énonciation sans doute la plus laconique de la dialectique). Héraclite réhabilite ainsi le mouvement et le changement, contre les logiques « fixistes ». Qu'ils soient difficiles à expliquer ne doit pas entraîner la négation de leur réalité incontestable. « L'homme ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. » Même pas une fois ! Et le baigneur change aussi. Devenir (Werden) est en quelque sorte le mot d'ordre de Hegel – même s'il croit pouvoir l'enfermer et l'exalter finalement, et paradoxalement, dans une éternité immuable.

  Une pensée en mouvement

La vue plus ou moins précise de la dialectique que Hegel avait acquise dans sa jeunesse s'est peu à peu assurée, grâce aux enseignements qu'il tirait de son expérience de la vie sociale, religieuse et politique. Il a éprouvé, semble-t-il, un grand étonnement devant une réalité d'abord globalement incompréhensible, et une vive indignation devant cette incompréhension elle-même.

Au Stift de Tübingen, Hegel s'informait passionnément des aigres controverses des théologiens, attisées par les succès récents de la philosophie des Lumières (Aufklärung), menaçante pour la foi. Aux yeux des jeunes Stiftler, les formes homologuées de croyance et de culte, les dogmes eux-mêmes, ne s'accordaient plus avec les mutations de l'existence ni avec les apports de la philosophie active (formulée par Kant). Le vieil appareil religieux paraissait sclérosé, déserté par l'esprit du temps. L'examen de cette crise religieuse et sa critique acerbe, elle-même imprégnée de théologie, nourrissent les premiers essais de Hegel. Il tente d'expliquer le passage des figures successives de la religion les unes dans les autres, le parcours se révélant, dans cette aventure historique, plus important que les séjours d'étape. Comment de telles métamorphoses, chaque fois meurtrières pour leurs antécédents, sont-elles donc possibles ?

Le sentiment du devenir et la réflexion sur lui se trouvèrent encouragés en Hegel, et enhardis, par l'extraordinaire spectacle de la Révolution française, observée depuis la Souabe ou la Suisse, d'abord avec une chaleureuse sympathie, et toujours considérée par la suite comme l'événement déterminant de toute l'époque. Il se tenait au courant de l'actualité : « La lecture des journaux est la prière du matin moderne. » Il disposait aussi d'autres sources d'information, plus confidentielles. Il a vu se succéder rapidement en France toutes sortes de formes de pouvoir, de nombreuses factions, et les plus opposées entre elles, après un renversement intégral auparavant impensable : la substitution de la République à l'Ancien Régime et à la monarchie, avec son geste symbolique, la décapitation d'un roi.

La religion, l'État, le cours du monde donnaient une impression de folie. On pourrait remplir une anthologie de témoignages contemporains qui vont en ce sens, délivrés non seulement par des adversaires de la Révolution mais aussi par certains de ses partisans : « elle dévore ses propres enfants ». Beaucoup de bons esprits, incapables d'adhérer au cours déroutant des choses, tombaient dans le désarroi et, dans cette crise, perdaient un peu aussi la tête.

À Tübingen, les Stiftler les plus doués ne se résignaient cependant pas à la perplexité. Hegel, jeune, curieux, instruit à l'école philosophique mondiale, élevait à un haut niveau d'abstraction et de généralité la collection d'observations et de réflexions auxquelles il pouvait se livrer. Il ne consentait pas à une défaite de la pensée, et exaltait constamment le « courage de la raison » (Die Mut der Vernunft).

Certes, il lui arrivait de comparer la réalité, et la vérité, à « une bacchanale dans laquelle il n'y a aucun membre qui ne soit ivre », mais il maintenait en même temps, en bon rationaliste, que « le concept (Begriff) est la vraie figure du système scientifique ». Alors, comment surmonter cette dissonance ? Doit-on sacrifier la réalité, mouvante, changeante, discordante, pour sauver un concept guindé, ou bien plutôt assouplir le concept et sa logique apprêtée, pour les réconcilier avec cette réalité ? Si les concepts et les catégories classiques ne coïncident pas avec le changement des êtres et des choses, alors c'est eux qu'il convient de changer. Le jeune Hegel, en cette intention, ne manque pas de témérité : « Il faudrait plutôt dire que la philosophie doit sans doute commencer, progresser et finir avec des concepts, mais avec des concepts inconcevables » ( !). Hardiesse que le grand hégélien français Jean Hyppolite (1907-1968) n'hésitait pas à accentuer : « si la réalité est inconcevable, alors il faut forger des concepts inconcevables » !

Hegel forgea peu à peu de tels concepts qui indisposent encore de bons esprits, peut-être mal préparés à les accueillir : la médiation – opération complexe qui permet de concilier deux termes en état d'opposition –, l'aliénation (Entfremdung, acte de devenir étranger [freund] à soi-même), l'Aufhebung (à la fois maintien, suppression, élévation d'un être réel ou idéel), le lien du lien et du non-lien, l'identité de l'identité et de la non-identité, la fixation, etc. Ainsi se constitua un jargon dialectique qu'il fallait faire parler par l'absolu, en tenant compte du fait qu'il n'y a pas, pour le philosophe idéaliste, d'un côté un réel irréductible en sa totalité à l'esprit, et de l'autre une pensée séparée du réel par une sorte d'abîme infranchissable : « ce qui est réel est rationnel, et ce qui est rationnel est réel ». Le monde ne peut pas être fou, nous devons apprendre à le saisir, en nous élucidant nous-mêmes. Hegel a donc donné un sens nouveau aux mots de la tribu.

Une telle conversion ne s'effectue pas sans oublis ni erreurs. Mais, au total, Hegel a su élaborer, sous une phraséologie rébarbative, un immense traité de la dialectique moderne, sa Science de la logique (1812-1816 et 1831), « la grande logique », reprise sous une forme un peu différente dans la première partie de son Encyclopédie, « la petite logique ». Il a continuellement apporté des précisions et des arguments aux thèses dialectiques, qui ne sauraient donc être épuisées en quelques mots. Leur intérêt réside précisément dans leur exposition (Darstellung) et leur développement (Entwirklung). Les résumer risque chaque fois de les disqualifier. On ne peut, à leur égard, faire l'économie de l'effort et de l'étude. Mais leur approche est toujours utile, à quelque niveau de connaissance et de compréhension que ce soit, et même « en abrégé ».

  Du métaphysique au spéculatif : les aventures de la dialectique

Il arrive à Hegel de situer la dialectique dans le champ de la connaissance, comme par exemple dans un passage de l'Encyclopédie. Là, il distingue trois grands « moments » (non pas au sens temporel, mais un peu comme on repère les trois moments d'une opération de levage : le point d'appui, le levier, le fardeau), cette distinction, provisoirement fixée, n'étant elle-même que relative.

En présence d'un objet de pensée déjà discerné par la sensibilité, l'enseignement ou la culture, chaque esprit peut adopter d'abord une attitude « abstraite » qui, dans la terminologie de Hegel, relève de « l'entendement » (Verstand). Elle correspond au bon sens commun, à la logique traditionnelle, à « la manière métaphysique de penser ». L'esprit distingue, définit, et maintient tels quels, autant que possible, des êtres et des choses. Ce comportement spirituel est en lui-même inévitable et indispensable. Mais son défaut est de ne pas se tenir lui-même pour provisoire, et donc de laisser persévérer exagérément les déterminations qu'il pose : de croire, en somme, qu'il y a des choses qui ne lassent, ni ne cassent, et qui ne passent pas. De plus, l'abstraction isole des caractères qui, en réalité, ne vont que par couples d'opposés (vrai/faux, bien/mal, maîtrise/esclavage, etc.). À l'intérieur de ces oppositions catégoriales, elle choisit et privilégie l'un des deux termes et se tient obstinément en lui, en excluant l'autre absolument.

À cette attitude « abstraite », « dogmatique », « métaphysique », s'oppose le moment « dialectique » (au sens technique et restreint des termes), dans lequel les déterminations, les définitions, les caractéristiques maintenues illégitimement par l'entendement, sclérosées, endurcies, se suppriment elles-mêmes par l'effet de cette exagération, et passent dans leur opposé catégoriel. La dialectique ici lève les barrières (aufheben), met en doute les définitions. Elle tient le rôle du « négativement rationnel », de « l'esprit qui toujours nie » (Goethe). Cette négativité jouit de son propre jeu. Elle s'illustre dans des conduites intellectuelles diverses : le scepticisme, la critique, l'ironie, etc. De ce point de vue, Bayle est un modèle de « dialecticien incisif », comme Hume, ou Kant. Ces penseurs dissolvent, en quelque sorte, les objets préservés, les idées admises, les « valeurs » tenues fallacieusement pour éternelles.

Invervient alors le troisième moment, « positivement rationnel » ou « spéculatif », dans lequel s'effectuent la prise de conscience et l'appréhension de l'unité profonde des déterminations dissociées par le scepticisme ou la critique, voire de leur identité. Mais il s'agit cette fois d'une identité mouvante, vivante, impliquant le renversement des opposés l'un dans l'autre : le concept, certes, mais le concept hégélien, dans toute sa fluidité.

Hegel n'assimile pas du tout le « spéculatif » au métaphysique. Troisième moment dialectique, le spéculatif, le rationnellement positif, surmonte à la fois l'abstrait, le métaphysique, et le dialectique qui a « nié » celui-ci. Avec lui, qui exerce une fonction d'unification ou de réunification, tout revient au tout, mais transformé en son intimité : un but désormais connu, grâce au déploiement du processus, ou intelligemment construit.

Des confusions naissent, en ce domaine, du fait que Hegel reste par ailleurs, à certains égards, et dans certains contextes, un métaphysicien au sens traditionnel du terme, sans l'avouer clairement. Surtout, il qualifie parfois de dialectique non seulement le moment spécifique du « négativement rationnel », mais le processus tout entier dans lequel l'analyse distingue les trois moments. La « méthode dialectique » ne se réduit évidemment pas au deuxième moment, inadmissible et inopérant dans son isolement : la philosophie dialectique de Hegel n'est pas une variété de scepticisme. Le « spéculatif » hégélien ne se laisse pas confondre, de son côté, avec le spéculatif au sens ordinaire du terme, à savoir l'activité intellectuelle purement théorique, indépendante de toute relation à une nature extérieure. Le moment « rationnellement positif » conclut aussi bien une réaction chimique particulière qu'une période de l'histoire humaine, ou qu'un raisonnement purement idéal. Et aussi, selon Hegel, le processus de développement total, dans son achèvement de savoir absolu.

Ces distinctions, et aussi ces confusions faciles, grèvent l'hégélianisme de toutes sortes d'interprétations diverses. Selon que l'on retient tel ou tel sens des mots métaphysique, spéculatif, dialectique, on fait changer de couleur la doctrine. La définition du savoir absolu, profondément idéaliste, inquiète pourtant certains idéalistes, et elle tente quelques réalistes ou matérialistes : « Savoir qu'il y a la contradiction dans l'unité et l'unité dans la contradiction, c'est cela le savoir absolu ; et la science consiste en ceci : savoir cette unité dans son développement tout entier par elle-même. »

  Une méthode de pensée

Le monde se diversifie à l'infini. Il est inépuisable. Les trois moments de la connaissance, qui, dans l'idéalisme, sont inséparablement le devenir réel, poussent en toutes directions leurs prolongements théoriques et pratiques, et la dialectique se spécifie conjointement. Hegel a tenté de saisir les spécifications les plus importantes, en sachant bien que cette procédure les limite et les trahit, si elle ne se réfère pas constamment à l'unité et à la fluidité de la manière dialectique de penser, dominatrice.

Il a inventorié le plus exhaustivement possible ces spécifications, dont on peut réduire abstraitement le nombre, au risque de les caricaturer paradoxalement en des dogmes répulsifs. Alors il ne peut s'agir, de toute façon, que d'un échantillonnage lacunaire, plus ou moins ingénieux.

L'un se différencie en lui-même par lui-même. Il est donc de bonne méthode, devant tout objet, de rechercher heuristiquement l'unité dont il résulte par division, et de quelle division il sera affecté à son tour. Cette recherche ne peut conduire, en toute rigueur, qu'à des hypothèses, sauf en cas de déduction dialectique à partir de résultats acquis et bien établis par ailleurs. La dialectique, par elle-même, ne prouve évidemment rien, pas plus que ne le fait la logique formelle – ce qui ne la rend pas davantage inutile. Hegel cède cependant à l'impression d'une puissance créative et justificative de la dialectique elle-même : c'est l'axiome de son idéalisme.

Chaque objet, ou chaque figure que revêt la réalité, en s'opposant à une autre figure, complémentaire ou contraire, gagne une autonomie relative et une nature propre : par exemple, le maître est maître, l'esclave est lui-même, pendant une certaine période historique, bien que leur relation constitutive soit transitoire. Un moment « dogmatique » de fixation conditionne tout développement réel, et rend seul possible la compréhension du cours des choses. Il convient seulement de respecter son caractère relatif. Il y a donc des objets déterminés, en réalité ou en pensée – non pas au sens actuel du « déterminisme », mais au sens de la « déterminité » : chez un commerçant, je n'achète pas n'importe quoi, mais une marchandise « déterminée ». Celle-ci – un fruit, un outil, un bijou – se maintiendra pendant un certain temps « telle qu'en elle-même » et, finalement, pourrira, s'usera, se perdra, se dissoudra... Hegel refuse de tout confondre, sentimentalement ou mystiquement. Bien qu'il ne s'abstienne pas d'emprunter à certains mystiques (Jakob Boehme, notamment) sa philosophie est fondamentalement intellectualiste ou, au sens obvie de ce terme, rationaliste. Conséquence fatale : cette pensée qui répudie toute abstraction ne peut s'exposer elle-même qu'en termes abstraits. D'où quelques contorsions de langage.

Les êtres, les notions, les représentations, les idées résultant d'une division se présentent, en dernière analyse, deux par deux, complémentaires, accordés, solidaires. Mais ils sont au fond, et par nature, essentiellement opposés. Leur accord se change peu à peu en dissonance, leur unité en contradiction. L'état de contradiction de deux êtres est important, et régit leur comportement. Mais plus importante encore est la contradiction comme passage de l'unité à l'opposition, comme renversement du caractère unitaire premier en son contraire, comme transit de l'un à l'autre, comme opération féconde. À un certain moment de son accentuation, la contradiction éclate, se dissout ou se résout, produisant de nouvelles déterminations, instaurant une nouvelle réalité, ou restaurant, en la modifiant, la réalité originaire.

Si l'on baptise négation – par assimilation à un épisode du discours – le mouvement d'opposition active de l'une des déterminations catégoriales à l'autre, alors la réunification des opposés se présente comme une « négation de la négation », qui ne restaure pas simplement l'identité première, mais apporte avec elle du nouveau – et une nouveauté supérieure en complexité, en adaptation, en lucidité, en organisation, ou, en certains cas, en satisfaction humaine. La philosophie de Hegel est une philosophie du progrès, même si Hegel pense surtout à un progrès dans la conscience de la liberté. Mais la conscience est tout, en fin de compte, et les contemporains ont bien senti et saisi ce « progressisme » intime, plus ou moins franchement exprimé – les uns pour s'en réjouir et s'en inspirer, les autres pour s'en effrayer et le condamner.

Ces processus et leurs ramifications impliquent des changements qualitatifs, et des mutations brusques résultant d'un accroissement quantitatif (franchissement de seuils, fermentations, éruptions, explosions, crises...). Hegel les atteste, à une époque où l'on croyait encore, en général, que « la nature ne fait pas de sauts ».

Cette énumération d'aspects remarquables de la dialectique n'est bien sûr pas limitative. La théorie de la dialectique se voit parfois ramenée par Hegel lui-même, et surtout par certains de ses disciples, à un petit nombre de préceptes, à la fois constatifs et normatifs, et cela, dans un légitime but didactique, sur le modèle de « lois de la raison » de la logique classique. Tout le monde ne peut ni ne veut devenir spécialiste de la dialectique. Il en va d'elle comme de toute branche de la connaissance ou de la réflexion : beaucoup de gens ne s'aventurent pas jusqu'au détail et aux dernières finesses. Hegel s'en félicitait sagement : « J'ai confiance dans le public, écrivait-il avec modestie, et je crois que tout au moins les idées principales trouveront accès auprès de lui. »

3.   L'idéalisme et le système

En dernière instance, la philosophie de Hegel est un monisme. Elle récuse expressément, et même aigrement, le dualisme. Il n'y a qu'une substance, et c'est l'esprit. Les « choses », la nature, les êtres finis ne sont que des instances subordonnées, relatives et éphémères qui se dessinent provisoirement en lui. Les lois de l'esprit, dialectiques, sont donc les lois de toute réalité.

  L'idée, concret ultime

Hegel situe lui-même sa philosophie dans la tradition idéaliste, en assimilant habilement à celle-ci, ou en récupérant à son profit, tout ce qui dans l'histoire de la pensée a fait mine de s'en séparer ou de la contrarier : matérialisme, « réalisme », empirisme, « naturalisme », etc. Tout ce qui a pu croire échapper illusoirement à l'idéalisme s'y retrouve heureusement après avoir parcouru des étapes qui ne sont hétérogènes qu'en apparence. Hegel a l'ambition d'être l'idéaliste suprême. L'une de ses singularités, tenue par lui pour une culmination, consiste à ne pas réduire cet idéalisme aux données de la conscience individuelle, mais à faire participer celle-ci à une réalité spirituelle indépendante d'elle et supérieure à elle : l'Idée. Ainsi pense-t-il fonder une sorte d'idéalisme objectif, épargné par les reproches qui accablent le subjectivisme, le solipsisme, l'individualisme exclusif...

L'idée est le concret ultime, ce vers quoi tout tend, en quoi tout se rassemble et s'unifie, et qui, au terme d'un processus logique immanent, objectivé dans la religion, dans l'art, dans l'histoire, prend conscience de lui-même totalement. Les adversaires de cet idéalisme ne manquent pas de remarquer que, de fait, et comme le montre bien, et un peu malgré elle, la Phénoménologie de l'esprit – admirable ouvrage, performance baroque inimitable – elle reste peut-être tout de même l'apanage de la conscience, et, pis encore, de la conscience de l'individu Hegel, en son siècle et en son pays.

Hegel ne renâcle pas à assumer les conséquences, même les plus stupéfiantes pour le profane, de ce choix théorique fondamental, et celles-ci, à défaut de commentaires circonstanciés, manifestent assez la ligne directrice de la doctrine et son aboutissement nécessaire à l'idéalité du monde. Celle-ci frappe le lecteur, quand elle se présente pour elle-même, séparée du système complexe qui l'encadre, la soutient et prétend la prouver : « l'objectivité est en quelque sorte seulement une enveloppe sous laquelle le concept se tient caché [...]. L'Idée en son processus se crée à elle-même cette illusion [...]. C'est dans cette illusion que nous vivons, et en même temps, elle est seulement le facteur agissant sur lequel repose tout l'intérêt du monde ». Ou encore : « L'idéalisme de la philosophie ne consiste en rien d'autre que ceci : ne pas reconnaître le fini comme l'être véritable. »

  Le système hégélien

Si tout ce qui est fini est une différenciation interne et relative de l'Idée absolue, et si cette différenciation s'effectue par dérivation dialectique, le résultat, ou le produit, ne peut être qu'une sorte d'organisme spirituel, actif en son identité. Le philosophe ne sait l'exprimer que discursivement et abstraitement dans une forme fixe, immobile et articulée : une sorte d'exposition spatiale de ce qui est conceptuel, c'est-à-dire un système. Hegel a conçu très tôt ce système, avec ses trois grandes parties : la logique, la philosophie de la nature, la philosophie de l'esprit. Il s'est astreint à meubler toujours plus somptueusement ces lieux connectés positivement et négativement.

Cela n'autorise pas à oublier ou négliger le fonctionnement de l'organisme entier, ni l'élan dialectique qui l'anime. L'organisme et le système, la vie et le squelette, la dialectique et les paragraphes : l'art est de tenir tout ensemble. Mais l'art est difficile et la critique, ici, s'émeut facilement. Une sorte de conflit interne germe et mûrit d'abord silencieusement entre la fièvre de la dialectique et la paralysie du système, et ce conflit réveille par contagion toutes les contradictions qui s'imaginaient surmontées définitivement : réel et idéel, monisme et dualisme, progressisme et conservatisme, paix et violence... Même les disciples les plus fidèles, comme Edouard Gans, ou Bruno Bauer, ont ressenti ce malaise et diagnostiqué cette fissure de la doctrine, que d'autres – Marx notamment – élargiront en plaie béante. L'unité, l'identité, la cohésion du système hégélien éclateront à leur tour. Mais Hegel pouvait-il se dispenser d'élaborer un système ?

Enraciné théoriquement dans son idéalisme absolu, irrigué par une dialectique mal contenue, surveillé par un esprit de rigueur et d'objectivité, le système s'épanouit finalement en des frondaisons luxuriantes. Hegel développe et épure continuellement les conséquences particulières de sa structuration méthodique du tout. Ainsi s'amplifient des doctrines dérivées, au point de représenter en elles-mêmes, si on les arrache au tronc commun, des entités relativement indépendantes, instructives et éclairantes chacune dans son domaine : le système est « un cercle de cercles ».

Dans cette perspective, on peut lire et étudier pour eux-mêmes les Principes du droit naturel et de l'État (1821), précis dans lequel l'auteur tente de fonder spéculativement l'ordre social et culturel établi, en l'infléchissant courageusement vers le libéralisme économique, politique et intellectuel.

Tout en y traitant des questions classiques du droit et de la politique d'une manière apparemment assez conformiste (la propriété, le contrat, la délinquance, la moralité, la famille, l'État, l'économie) mais avec des éclats parfois réformistes, ou même révolutionnaires, il y délivre un message de tolérance (notamment à l'égard des Juifs de Prusse), de constitutionalisme (en critiquant âprement les apologies réactionnaires de la Restauration et du monarchisme absolutiste), de relativisme (en insérant toutes ces considérations dans l'histoire mondiale, à laquelle il consacre un chapitre, inhabituel dans ce genre d'ouvrage, et par là même déjà significatif).

  Les « Leçons » de Berlin

À la fin de sa vie, à Berlin, se retenant de publier, Hegel propagera ses idées surtout dans son enseignement oral, extrêmement abondant, et plus explicite.

Dans les Leçons sur la philosophie de l'histoire, il confirme, en brossant une fresque du passé humain, la profondeur de son sens historique personnel : dans le développement du genre humain, et spécialement en son espace occidental, tout s'est plié à une orientation philosophique. En dernière instance, tout y porte un caractère rationnel, si l'on adopte toutefois une conception dialectique de la raison. Les diverses périodes de l'histoire correspondent à des moments logiques hiérarchisés de l'élucidation de l'Esprit. On assiste ici, au-delà des erreurs de détail, et en prenant acte du caractère résolument idéaliste de cette construction, à une véritable promotion philosophique de l'histoire.

Certains thèmes, et des illustrations frappantes, sont entrés dans la sagesse des nations : la « ruse de la raison » (les individus agissent selon leurs propres buts, mais le résultat de leurs actions est tout autre que ce qu'ils attendaient, et il est universel) ; « l'oiseau de Minerve ne prend son vol qu'au crépuscule » (on ne comprend qu'après coup les processus historiques) ; « rien de grand ne se fait sans passion dans le monde », etc. Hegel mérite bien le titre de « philosophe de l'histoire ».

Il est aussi le philosophe de l'art, dont il développe une conception elle aussi historique dans ses Leçons sur l'esthétique. Il y analyse longuement et avec pénétration toutes les formes et tous les genres d'art, en tant que modalités de la saisie sensible du processus d'accomplissement de l'Esprit. Ce faisant, il les met en relation avec les structures sociales et culturelles auxquelles il les fait correspondre intimement : art symbolique (l'Égypte antique), classique (la Grèce), romantique (les nations chrétiennes). Il fonde ainsi véritablement l'esthétique comme discipline théorique. Il poursuit jusque dans le détail la réalisation de ce projet. L'autorité de cette œuvre est loin d'être épuisée.

Il y condamne aussi l'art à une sorte de renoncement : c'est l'inquiétante et paradoxale « mort de l'art », qui annonce moins la disparition effective de celui-ci que sa disqualification. À partir d'un certain degré de la progression de l'esprit dans sa conscience et sa connaissance de lui-même, l'art n'est plus utile à sa manifestation et à sa représentation. Lorsque l'esprit a atteint une conceptualité suffisante, il n'a plus besoin d'images sensibles (et donc artistiques) pour se rendre présent à lui-même. L'art peut bien subsister précairement, à titre de distraction ou de jouissance sensible. Mais, désormais, il ne saurait prétendre au sacerdoce spirituel qu'il a assuré dans le passé. Cette doctrine implique une prise de conscience du désaccord naissant, dans l'actualité hégélienne, entre les exigences esthétiques traditionnelles et les conditions de l'existence moderne, notamment économiques et sociales.

Les Leçons sur la philosophie de la religion adoptent, au fond, une démarche semblable. Elles retracent l'évolution millénaire des religions comme manifestations sentimentales du devenir de l'esprit, évolution orientée d'emblée vers son aboutissement dans le christianisme et, plus précisément, dans le luthéranisme tenu pour « religion absolue ». Comme l'art de façon sensible, la religion correspond donc, à sa manière, à la singularité de chaque époque. La religion absolue, toujours plus épurée, s'épuise donc elle-même finalement dans la philosophie spéculative de Hegel, et l'on s'étonne de l'étrange et profond contraste que le philosophe institue entre les philosophes authentiques et les « représentations » religieuses.

Hegel ne peut donc éviter de présenter les religions successives comme des mythes, certes sérieux et sincères. Il risque de les priver ainsi de toute valeur spécifiquement religieuse. La religion chrétienne n'échappe pas à cette menace : Hegel n'avait-il pas rédigé dans sa jeunesse un opuscule sulfureux – L'Esprit du christianisme et son destin – dans lequel il livrait cette religion, en quelque sorte, « au Styx et aux Destinées » ?

L'ambiguïté – pour le moins – des vues de Hegel dans ce domaine n'a pas manqué d'être dénoncée (« L'Antéchrist », disait Lamennais !), bien que quelques théologiens aient voulu fonder leur réflexion sur certaines de ses doctrines. Et c'est à propos de cette philosophie de la religion, en même temps que de la philosophie politique, que l'école hégélienne, précairement constituée, s'est rapidement divisée et déchirée. Deux camps se sont dorénavant opposés : les hégéliens soi-disant « orthodoxes », fidèles aux conceptions traditionnelles, et les « jeunes hégéliens » qui ont cultivé les éléments hérétiques contestataires, dialectiques, libéraux de l'hégélianisme (Gans, Strauss, Feuerbach, Bauer, Stirner, Ruge, Marx, Engels, Heine...)

Chaque système philosophique couronne le développement d'un monde culturel et l'exprime, tout en contribuant, en tant qu'étape positive ou négative, à accomplir la dialectique processuelle de l'Idée. La philosophie de Hegel se définit elle-même, explicitement et fièrement, comme « le Résultat » de cette procession des esprits spécifiques, dont elle recueille la teneur essentielle en s'affirmant à la fois comme la présupposition et la conclusion de tout. Ce faisant, Hegel revendique tout particulièrement l'héritage de Kant, fondateur en sa critique, modifié et absolutisé dans le sens de l'idéalisme par Fichte, orienté vers le monisme et la philosophie de la nature par Schelling. Hegel, formé à la philosophie spécialisée assez tardivement, s'est peu à peu dissocié de chacun d'eux, tout en reconnaissant volontiers sa grande dette à leur égard.

Par ces modifications ou améliorations progressives, Hegel aboutit à la conception d'une philosophie détentrice du principe général du monde ainsi que des principes particuliers de chaque modalité de ce monde. Celui-ci, en fin de compte, dépend essentiellement de l'Idée, base mouvante et innovante de la totalité – et cette idée s'explicite éminemment dans la philosophie, qui s'affirme ainsi comme puissance première.

Si l'on sait mesurer la portée relative de ces présuppositions philosophiques hégéliennes, et procéder aux transpositions nécessaires ou raisonnables, les Leçons sur l'histoire de la philosophie proposent un enseignement remarquable. D'abord, elles établissent une véritable « histoire » de la philosophie – quels que puissent être ses défaillances parcellaires – et, chronologiquement, peut-être « la première ». Il ne s'agit pas de lire en elles l'exposé rhapsodique, discontinu, des systèmes considérés uniquement chacun en lui-même, mais de considérer ce qui prétend assurer l'unité, l'enchaînement cohérent des moments divers que suppose précisément une « histoire ».

Simultanément, ces Leçons donnent de chacune des philosophies qui se sont relayées, l'interprétation savante, intimement compréhensive et clairement explicative dont seul un esprit tel que Hegel était capable.

Dialecticien, il ne pouvait ignorer ce qui l'attendait, mais il laissait les autres annoncer l'inéluctable. Avant sa mort même, l'école hégélienne, réunie d'abord autour de lui, se dissocia et elle dépeça l'œuvre du maître. Les prédateurs – et ils le savaient bien, et ils l'expliquèrent parfois assez clairement – n'empruntaient la force de participer à ce festin qu'à celui qui en fournissait en même temps la substance. Ainsi survit-il à sa manière en eux comme il avait obtenu que d'autres survivent en lui.

Jacques d' HONDT

4.  Les jeunes hégéliens

La dénomination de jeunes hégéliens a trait à la division qui s'établit, le maître disparu, à l'intérieur de l'école hégélienne. Empruntant à la distinction parlementaire française en une droite et une gauche et s'établissant pour l'essentiel sur la manifestation d'analyses divergentes, sinon opposées, en matière politique et religieuse, la distinction entre « vieux » et « jeunes » hégéliens regroupera, au premier titre, des élèves de Hegel qui, pour la plupart, avaient contribué à la publication de ses œuvres : Marheineke, Hotho, von Henning, Förster tentent de développer, par des prolongements historiques, certains points de la philosophie du maître sans toucher au système ni à la lettre même des écrits ; plus libre, K. Rosenkranz (1805-1879), s'il attaque tous ceux qui improvisent des réformes philosophiques, réaffirme le progrès dialectique de la philosophie et sa fonction de transformation des rapports à la réalité, et donne une formulation du système qui prend en compte les interrogations de ses jeunes contradicteurs. Autre hégélien, R. Haym ne veut pas comme Rosenkranz reformuler et par là réformer le système hégélien, mais l'expliquer historiquement ; prenant des libertés avec la métaphysique hégélienne, il prétend rendre compte, en forçant quelque peu les écrits de Hegel, des transformations politiques et sociales qu'il perçoit ; éprouvant quelques difficultés à ce jeu, il va jusqu'à reconnaître l'inadéquation relative du système et même la « faillite » de la philosophie. Quant à J. E. Erdmann, qui se dit « dernier mohican » de l'école, il inclut sa réflexion dans une histoire de la philosophie de Descartes à Hegel et essaie d'éclairer, à partir de celui-ci, les événements qu'il connaît jusqu'à 1870 ; il présente en particulier la dilution de l'école hégélienne comme un fait historique et considère la primeur accordée au point de vue historique sur la visée systématique comme une décadence et un signe d'usure de l'esprit philosophique. Enfin, Kuno Fischer est également à inclure parmi ces vieux hégéliens par rapport auxquels, par interdéfinition, se placent les jeunes : Hegel est pour lui le philosophe de l'évolution qui, de concert avec l'évolutionnisme biologique développé à son époque, expose une critique historique organiquement liée à l'idée évolutionniste ; Fischer voit dans la pensée hégélienne la dernière philosophie en ce qu'elle comprend les autres et la première qui confie définitivement le problème de l'universel à l'histoire de la philosophie ; dotant la philosophie hégélienne d'un caractère historique essentiel, Fischer est déjà proche des jeunes hégéliens. Ainsi, quelles que soient leurs divergences, les vieux hégéliens disputeront pour conserver à la pensée hégélienne sa pleine valeur explicative de la réalité : prise à la lettre, contrainte à « accueillir » les transformations historiques qui interviennent ou même réduite d'une philosophie du devenir de l'esprit à une histoire totalisatrice de la philosophie, la pensée hégélienne demeure chez les vieux hégéliens principe de toute pensée philosophique ; concernant toutes choses dans la philosophie, ils expliqueront les nouveaux courants de pensée à partir de la philosophie hégélienne et en se plaçant à l'intérieur de celle-ci.

  L'esprit contre la lettre

Appliquée d'abord aux élèves de Hegel, la dénomination de jeunes hégéliens (Hegelinge) est bientôt donnée à ceux d'entre eux qui manifestent des velléités révolutionnaires tant en philosophie qu'en matières religieuse et politique. Distingués des « hégélites » (ou descendants de Hegel), ils se voient appliquer par ceux-ci une dénomination dont le caractère péjoratif sort des ouvrages mêmes de Hegel : dans différents écrits, celui-ci n'affirme-t-il pas que seuls les anciens peuvent gouverner, leur esprit se plaçant au niveau du général et replaçant le singulier dans son universalité ? Insatisfait, le regard porté surtout sur le devenir des choses singulières, le « jeune » refuse ce qui est, exige autre chose et prétend organiser un ordre meilleur ; il manque manifestement, tel qu'il a été décrit, d'ampleur de vues, n'a pas dépassé la sensibilité attachée à la conscience de soi et ne se place pas au niveau de la raison. Refusant un tel stéréotype tiré de la lettre des écrits du maître par les vieux, les jeunes hégéliens affirment, par des proclamations, manifestes et programmes, leur volonté de faire opérer à la pensée philosophique un libre développement, de ne pas se laisser enfermer dans la lettre d'un système (ils seraient alors des épigones) et de travailler à la fois à la réalisation et à la définition d'un devenir des choses singulières. Ludwig Feuerbach (1804-1872), Bruno Bauer (1809-1882), Max Stirner (1806-1856), Arnold Ruge (1802-1880) et Karl Marx (1818-1883) ont en commun de faire montre d'un activisme critique incessant, de donner des problèmes de leur époque des formulations où ils renchérissent les uns sur les autres et, si l'on peut dire, de n'être liés ou rapprochés que par leurs oppositions communes. Écrivains et, pour certains, tels Ruge et Marx, journalistes, ils prétendent agir par leurs œuvres, Marx en particulier liant organiquement ses écrits et ses activités d'organisateur politique. À ceux-ci, on pourrait, bien qu'il soit très difficile vu son œuvre de le classer parmi les hégéliens, ajouter Sören Kierkegaard (1813-1855) : après s'être pénétré des écrits de Hegel et avoir un temps suivi à Berlin les cours de Schelling, il voudra se définir par cette seule « qualité d'auteur [qui le met] à la frontière entre le littéraire et le religieux » et modifier profondément, au nom de l'individu, les conceptions éthiques et religieuses de son époque. Autre point commun entre les jeunes hégéliens : la plupart d'entre eux ne recherchent pas, sinon n'obtiennent ou, quand ils le font, ne conservent pas, de poste établi de professeur et s'insèrent rarement dans la vie bourgeoise : Kierkegaard ne professera pas. Un temps, Feuerbach décline les offres de ses amis pour lui obtenir un poste à l'Université ; l'obtient-il que ses écrits, tout comme cela sera pour Ruge et Bauer, le contraignent par le scandale qu'ils provoquent à quitter sa chaire ; quant à Ruge et Marx, ils doivent fuir les polices et s'exiler en France et en Angleterre.

  « Dépasser » Hegel

La division parmi les élèves de Hegel prend origine dans l'Aufhebung, dans le moment dialectique où, par la négation de la négation, s'opère un « dépassement » qui est à la fois conservation et négation de ce qui était : selon que, dans l'expression « tout ce qui est réel est rationnel et tout ce qui est rationnel est réel », on insiste sur l'un ou l'autre point, on obtient soit une justification « conservatrice » de ce qui est, soit une affirmation révolutionnaire telle celle qui devait être formulée par Herzen et selon laquelle « tout ce qui existe mérite d'être abattu ». La philosophie de la religion sera d'abord objet de controverse, le problème étant de savoir si Dieu a une existence propre ou s'il est dans l'humanité. Feuerbach dénonce l'identification opérée par Hegel entre la philosophie et la théologie, l'esprit « théologique » réapparaissant selon lui dans l'esprit absolu : refusant l'illusion philosophique du « professeur Hegel » qui, entretenu par l'État, a constitué sa chaire comme point de vue de l'Absolu, il rejette la vision unilatérale du penseur idéaliste qui, en rapportant et « réduisant » tout à la vision de son cogito, se fait le théologien de la philosophie ; par le « jeu » philosophique, celui-ci en effet transforme l'athéisme en « définition objective de Dieu », Dieu devenant processus et l'athéisme devenant une phase de ce processus ; désormais, pour Feuerbach, la philosophie doit partir non de Dieu, de l'Absolu ou de l'Être, mais de l'homme sensible et dialoguant avec son semblable ; remplaçant la foi en l'esprit en une foi en l'homme, Feuerbach affirme, comme une conséquence logique du renversement des points de vue, la nécessité de « transformer la religion en politique ». Privilégiant le facteur temps dans le devenir de l'esprit, considérant que celui-ci est essentiellement une production historique et qu'il peut se développer à un rythme plus rapide que la conscience philosophique que l'on en acquiert, Ruge critique également la religion au nom du principe d'historicité totale qu'il affirme et oppose au projet religieux le dessein d'émanciper l'homme et d'humaniser le monde. Enfin, au nom de l'unique, c'est-à-dire du moi singulier et de sa force d'approbation de toutes choses, Stirner condamne les « divinisations » philosophiques opérées tant par Luther et Descartes que par Hegel. La critique politique des écrits mêmes de Hegel sera l'autre champ de la réflexion des jeunes hégéliens : eux-mêmes taxés de victimes des idées libérales par les vieux hégéliens (Rosenkranz les accuse de confondre leurs querelles de cabarets avec les graves débats d'assemblées qui légifèrent), les « jeunes », notamment Ruge et Marx, engagent une critique de la philosophie du droit qui inaugure une réflexion critique et systématique sur les problèmes de l'État bourgeois. Ainsi les jeunes hégéliens opèrent le renversement de la philosophie hégélienne, soit en formulant la philosophie hégélienne pour une autre époque (Ruge et Feuerbach) ou en condamnant l'ensemble de la philosophie même (Bauer et Stirner), soit en s'en prenant, comme le fait Marx, à l'État bourgeois, et à la morale chrétienne comme le veut Kierkegaard.

Par-delà l'opposition entre vieux et jeunes hégéliens, le courant philosophique constitué par ceux qu'on appelle jeunes hégéliens exprime la crise que connaît la philosophie allemande dans la seconde moitié du xixe siècle : conscient de la nécessité pour la philosophie d'avoir à penser philosophiquement le devenir historique, Hegel avait voulu que son système fût ouvert, mais la sensibilité à l'histoire et l'exigence inhérente à l'activité philosophique de se développer comme libre pensée ne pouvaient que conduire les jeunes hégéliens à sortir hors du système magistral et à concevoir philosophiquement les limites de celui-ci.

Yves SUAUDEAU

Pour citer cet article

Jacques d' HONDT, Yves SUAUDEAU, « HEGEL (G. W. F.)  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le  . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/georg-wilhelm-friedrich-hegel/

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CIVISME

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Dans le chapitre "Le fondement du civisme"  : …  et ne sauraient se réclamer sans abus de l'universalité abstraite. La violente critique de *Hegel, discutable si elle vise l'éthique personnelle, triomphe ici : ou bien la société considérée est contingente et n'a que la forme de l'universalité (elle ne mérite donc pas le respect), ou bien elle est universelle, mais sans contenu (comme la… Lire la suite
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Dans le chapitre "Genèse et évolution des concepts"  : …  concept de l'extérieur : elle se fait par ajout ou soustraction de certaines notes constitutives. *Hegel a développé une théorie du concept qui donne à celui-ci un caractère essentiellement dynamique. Le concept est mouvement, il est perpétuelle transformation de lui-même par lui-même, en ce sens qu'il s'affecte de l'intérieur par lui-même de… Lire la suite
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Écrit par :  Pierre BRUNET

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CONTINU & DISCRET

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CONVERSION

Écrit par :  Pierre HADOT

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CRAINTE ET TREMBLEMENT, livre de Soren Kierkegaard

Écrit par :  Francis WYBRANDS

Dans le chapitre "Le désir de rupture"  : …  traversée de l'absurde seront donc le prix à payer afin que l'individu singulier puisse émerger. *La polémique sourde avec la philosophie hégélienne est sous-jacente dans toutes ses recherches : pour Hegel, la religion, même révélée, n'est qu'une étape sur un long chemin qui doit téléologiquement mener à la réconciliation dans la philosophie et l… Lire la suite
CROCE BENEDETTO (1866-1952)

Écrit par :  Charles BOULAY

Dans le chapitre "Le philosophe"  : …  et une éthique. Pour sa Logica come scienza del concetto puro (1909), Croce se met à lire *Hegel, qu'il ne connaissait qu'à travers Marx et Engels. Il refuse la critique du principe de non-contradiction et oppose à la dialectique des contraires celle des distincts. Aux trois catégories du beau, du vrai et du bien, il ajoute celle de l'… Lire la suite
CROYANCE

Écrit par :  Paul RICŒUR

Dans le chapitre "Hegel"  : …  *Dans ce grand débat, le statut de la foi-croyance est tributaire du statut général de la religion par rapport à la philosophie. Kant avait tenté d'articuler la foi-croyance à la philosophie par le moyen de la pratique, c'est-à-dire de l'obligation morale. La croyance était ainsi enchaînée à une vision morale du monde. Hegel essaiera de dissocier la… Lire la suite
DE SANCTIS FRANCESCO (1817-1883)

Écrit par :  Norbert JONARD Universalis

Dans le chapitre "L'art comme forme"  : …  une théorie originale, dont le premier axiome est l'indépendance de l'art. Il a en effet retenu de *Hegel l'idée de l'identité de la forme et du contenu, de leur unité organique, qui fait de l'œuvre d'art une synthèse vivante, autonome, engendrée en toute liberté par cette faculté créatrice qu'il appelle la fantasia. L'œuvre d'art est… Lire la suite
DÉSIR, philosophie

Écrit par :  Jean GREISCH

Dans le chapitre "Désir et conscience de soi"  : …  contemporaines, philosophiques ou psychanalytiques, on ne saurait oublier la manière dont *G. W. F. Hegel, dans la Phénoménologie de l'esprit (1807), fait du désir le premier moteur de la lutte pour la reconnaissance. La ligne de partage entre la conscience d'objet et la conscience de soi passe par le « désir » (BegierdeLire la suite
DEVENIR

Écrit par :  Jacques d' HONDT

Dans le chapitre "Quantité et qualité"  : …  *Hegel a minutieusement analysé ce changement du changement : c'est un renversement, le saut d'un changement à un autre, qualitativement distinct. Il se produit lorsqu'un certain degré de modification quantitative du premier changement est atteint. L'accroissement de la quantité entraîne donc la mutation de la qualité. Inversement, toute… Lire la suite
DEVOIR

Écrit par :  Michaël FOESSEL

…  du devoir et la particularité des circonstances de l'action, une tension qui sera relevée par *Hegel dans sa critique, devenue classique, du formalisme kantien. En effet, « dire que le devoir doit être voulu uniquement comme devoir et non en raison d'un certain contenu, c'est énoncer une identité formelle qui revient à exclure tout contenu… Lire la suite
DIALECTIQUE

Écrit par :  Étienne BALIBARPierre MACHEREY

Dans le chapitre "La théorie hégélienne"  : …  *C'est justement à partir de cette problématique que Hegel élabore sa théorie de la dialectique : même en tant que méthode, la dialectique ne peut être strictement formelle, parce que toute forme implique son contenu ; mieux, elle est déjà déterminée, pensée au niveau de son contenu ; le développement des catégories est une détermination, une… Lire la suite
DIEU - Problématique philosophique

Écrit par :  Jacques COLETTE

Dans le chapitre "Dieu et le « cogito »"  : …  l'existence irrécusable de l'infini, qu'il est impossible de ne pas penser dès que l'on pense. *À la critique kantienne, au refus de la raison dogmatique succédera la riposte hégélienne réhabilitant la contradiction au sein même de l'absolu. Dénonçant les faux prestiges du mauvais infini, Hegel stigmatise la faiblesse de la pensée qui recule… Lire la suite
ÉLÉGIES ET HYMNES, livre de Friedrich Hölderlin

Écrit par :  Isabelle KALINOWSKI

Dans le chapitre "Une philosophie de l'Histoire"  : …  et l'aspiration à une synthèse dont la poésie a pour vocation d'énoncer douloureusement l'absence. *L'idée de la synthèse et d'un dépassement des « limitations » (associées à l'entendement kantien, la faculté de séparation) revêt d'abord pour Hölderlin et Hegel une signification à la fois politique, religieuse et esthétique : elle implique le refus… Lire la suite
ESPACE, architecture et esthétique

Écrit par :  Françoise CHOAYJean GUIRAUD Universalis

Dans le chapitre "Architecture et symbolique de l'espace"  : …  de l'architecture par rapport à celui de la peinture ou de la sculpture. À cette question *Hegel a apporté une réponse qui, depuis la publication de l'Esthétique (1836), n'a pas perdu sa valeur référentielle. Pour lui, l'architecture est « la première réalisation de l'art ». Avant tous les autres arts, elle « fraye la voie à la… Lire la suite
ESPRIT, philosophie

Écrit par :  Pierre CLAIR Universalis

Dans le chapitre "L'âge classique (XVIIe-XVIIIe s.)"  : …  de celle-ci vers celui-là. L'esprit absolu caractérise une notable part de l'hégélianisme. *L'esprit humain entendu dans une acception plus banale (c'est-à-dire comme ce qui n'est pas le corps), n'est pas ignoré par Hegel. Toutefois, ce sens usuel se révèle désigner encore l'esprit absolu dans ses états et manifestations au sein de… Lire la suite
L'ESSENCE DU CHRISTIANISME, livre de Ludwig Feuerbach

Écrit par :  Francis WYBRANDS

Dans le chapitre "L'essence de la religion"  : …  la spéculation – terme sous lequel Feuerbach englobe aussi bien Jakob Boehme, Schelling que Hegel. *C'est bien entendu ce dernier qui est tout particulièrement visé : Feuerbach lui reproche d'opérer une identification abusive entre philosophie et théologie. La spéculation hégélienne « n'est que le développement conséquent, l'accomplissement d'une… Lire la suite
ESTHÉTIQUE - Histoire

Écrit par :  Daniel CHARLES

Dans le chapitre "Esthétiques du XIXe siècle"  : …  la poésie, mais elle est destinée à lui revenir un jour, sous la forme d'une nouvelle mythologie. *Hegel pense également qu'il existe un devenir, historique et logique à la fois, de l'Absolu ; mais l'art doit s'insérer dans ce devenir. Il faut donc qu'il émerge de la Nature, et qu'il représente, par rapport à celle-ci, quelque chose d'idéal : il… Lire la suite
ÉTHIQUE

Écrit par :  Paul RICŒUR

Dans le chapitre "Le « pôle-il »"  : …  le courrier, sans espoir qu'il devienne jamais mon ami). Ce trajet que nous venons de faire est celui que *Hegel a parcouru dans sa philosophie de l'esprit objectif ; incarné dans des objets pratiques, des institutions au sens courant du mot : relations familiales, économiques, sociales, politiques, etc. On peut, certes, se proposer d'… Lire la suite
EXISTENCE PHILOSOPHIES DE L'

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FEUERBACH LUDWIG (1804-1872)

Écrit par :  Henri ARVON Universalis

Dans le chapitre "La critique philosophique"  : …  *Feuerbach reproche à la philosophie hégélienne de maintenir le désaccord entre l'homme et son expérience, de ne jamais pénétrer dans le monde concret. Il y a, certes, une opposition fondamentale entre la nature et l'esprit. Mais c'est précisément la philosophie qui doit s'efforcer de la surmonter en prenant pour point de départ non pas l'esprit… Lire la suite
GENRES LITTÉRAIRES

Écrit par :  Jean-Marie SCHAEFFER

Dans le chapitre "Conventions et prescriptions"  : …  littéraire revenait en fait à se demander ce qu'est la littérature (ou la poésie). C'est le cas de *Hegel, auteur du système générique le plus imposant réalisé à ce jour : d'après lui, les trois genres (Gattungen) fondamentaux, c'est-à-dire l'épopée, la poésie lyrique et la poésie dramatique, circonscrivent le développement de la… Lire la suite
HARTMANN EDUARD VON (1842-1906)

Écrit par :  Raoul VANEIGEM

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HISTORICITÉ

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HOMME - La réalité humaine

Écrit par :  Alphonse DE WAELHENS

Dans le chapitre "De Hegel aux sciences de l'homme"  : …  *Tout autre est la signification du moment hégélien. Du point de vue qui a été adopté, ici, on dira que Hegel cherche tout à la fois à renouer le lien du sujet et du monde, et à maintenir le primat de la pensée théorique, voire à le renforcer. Il y réussira en identifiant savoir et discours, et en niant, au nom de cette identification, que la… Lire la suite
HONNETH AXEL (1949- )

Écrit par :  Gérard RAULET

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IDÉALISME ALLEMAND

Écrit par :  Jacques d' HONDT

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INFINI, philosophie

Écrit par :  Emmanuel LÉVINAS

Dans le chapitre "Tout est infini"  : …  plus autre : rien ne limiterait la pensée de la pensée. La pensée de la pensée, c'est l'infini. *Mais le dépassement du connaissable donné – que Hegel appelle négativité – est un processus de détermination. Son résultat est concept. Hegel aura montré précisément que la négativité est une détermination et que la détermination ne… Lire la suite
INFINI RÉGRESSION À L'

Écrit par :  Universalis

… *Parce qu'expliquer c'est remonter du présent à ce qui l'a précédé, du composé au simple, la régression à l'infini est un procédé logique qui tente de rencontrer une limite ou un terme premier ne dépendant plus d'aucune condition. L'impossibilité d'accomplir ainsi la régression, s'agissant d'un tout infini, est un argument sceptique, tandis que des… Lire la suite
INTELLECT & INTELLIGIBLES

Écrit par :  Édouard-Henri WÉBER

… *Du latin intellectus (le terme grec correspondant est nous), l'intellect est le principe de la pensée sous sa forme la plus haute ; à l'époque moderne lui correspondent des termes aux nuances particulières : intelligence, raison, esprit ; au xviie siècle : entendement. Pour Aristote, les aristotélisants arabes… Lire la suite
INTÉRIORITÉ

Écrit par :  Étienne BORNE

Dans le chapitre "L'intériorité soupçonnée et la subjectivité désavouée"  : …  de la nature et de l'histoire, se trouve ressuscité le Grand Pan, fatal pour l'intériorité. *De cette résurrection, Hegel est, dans l'ordre philosophique, le témoin, l'acteur, l'auteur. Avec lui commence une certaine façon de philosopher contre l'intériorité qui a fait de nombreux disciples, mais dont aucun n'a égalé le génie et la passion… Lire la suite
KOJÈVE ALEXANDRE (1902-1968)

Écrit par :  Gérard LEGRAND

… *Né à Moscou, Alexandr Kojevnikov décide, en 1920, de suivre sa famille en Occident, bien qu'il se tienne pour communiste. En Allemagne, il s'initie à la philosophie (Jaspers, Heidegger, etc.), ainsi qu'au sanskrit et au chinois. Il est attiré par le bouddhisme, unique religion « athée » à ses yeux. En 1933, alors qu'il est étudiant en Sorbonne,… Lire la suite
LIBERTÉ

Écrit par :  Paul RICŒUR

Dans le chapitre "La dialectique hégélienne"  : …  *La philosophie hégélienne de la liberté procède de l'échec même du kantisme. Comment, en effet, surmonter les antinomies dans lesquelles s'enferme la philosophie kantienne de la liberté ? Répondre à cette question, c'est en même temps reconnaître la nature véritable du discours qui seul convient à ce second niveau du problème de la liberté. Pour… Lire la suite
MAL

Écrit par :  Étienne BORNE

Dans le chapitre "La récupération esthétique de la dialectique"  : …  contre les valeurs chrétiennes d'intériorité et de transcendance, comme celles de Spinoza et de *Hegel, que le discours théologico-rationaliste prouve avec le plus d'éclat sa vigueur totalisante, en désamorçant radicalement le problème du mal. Ainsi, chez Hegel, l'Esprit qui se réalise à travers le monde et l'histoire intègre, justifie et absout… Lire la suite
MARCUSE HERBERT (1898-1979)

Écrit par :  Michel de CERTEAU

Dans le chapitre "Vers la « pensée négative »"  : …  élabore une « pensée critique ». Elle consiste d'abord à lutter contre l'héritage politique et sociologique de *Hegel en Allemagne (Raison et révolution, 1941, un grand livre philosophique d'histoire intellectuelle), puis à dévoiler la pseudo-rationalité de la construction soviétique du socialisme (Le Marxisme soviétique, 1958). L'… Lire la suite
MARXISME - Le matérialisme dialectique

Écrit par :  Étienne BALIBARPierre MACHEREY

Dans le chapitre "Hegel et Marx"  : …  *Cette question se trouve en quelque sorte résumée dans celle du rapport de Hegel à Marx. En effet, la philosophie de Hegel rassemble toutes les philosophies qui l'ont précédée et les présente sous la forme d'une histoire de la philosophie. L'écart qui sépare Marx de Hegel permet donc de mesurer celui qui sépare le matérialisme dialectique de toutes… Lire la suite
MATÉRIAUX

Écrit par :  François DAGOGNET

Dans le chapitre "Les Grecs et le matériau selon Hegel"  : …  sans doute lorsqu'il s'agit d'ustensiles, mais nullement pour les œuvres d'art. « Le bois, remarque *Hegel, dans son Esthétique, lorsqu'il n'était pas recouvert d'or ou autrement, ne pouvait pas, à cause de ses fibres et de leur direction, être employé pour de grandes œuvres et se prêtait seulement à de petits travaux pour lesquels il a été… Lire la suite
MÉTAPHYSIQUE

Écrit par :  Ferdinand ALQUIÉ

Dans le chapitre "Renaissance et négation de la métaphysique"  : …  qu'il présentait de la métaphysique, Kant mettait en lumière le pouvoir constructeur de la raison. *C'est l'idée de ce pouvoir que reprend Hegel pour affirmer, selon sa formule célèbre, que tout ce qui est rationnel est réel, que tout ce qui est réel est rationnel. On retrouve ici l'équivalent de la métaphysique spinoziste : l'ordre des idées est l… Lire la suite
MŒURS

Écrit par :  François BOURRICAUD

Dans le chapitre "La morale subjective et la moralité réalisée"  : …  peut être interprétée comme l'expression de la subjectivité transcendantale de l'acteur moral. *Hegel va jusqu'à voir dans le droit à la liberté subjective une caractéristique de la modernité par opposition avec le Moyen Âge. Mais Hegel entend d'une manière bien différente de celle de Kant le droit à la subjectivité. Il n'y voit pas du tout l'… Lire la suite
MONSTRES, esthétique

Écrit par :  Gilbert LASCAULT

Dans le chapitre "Préoccupations allégoriques"  : …  d'autres choses et semblent devoir se soumettre à la juridiction du langage. Non pas par hasard, *Hegel (Esthétique), étudiant les œuvres d'art égyptiennes qui sont « l'énigme objective », considère un monstre, le sphinx, comme le symbole même du symbolisme. La sphinge interroge Œdipe : la forme monstrueuse exige que celui qui la regarde… Lire la suite
MORALE

Écrit par :  Éric WEIL

Dans le chapitre "Les philosophies de l'histoire des morales"  : …  appel à une révélation, des penseurs comme Vico, Herder, Auguste Comte. Ce n'est cependant qu'avec *Hegel que le problème est saisi dans toute son étendue et toute sa difficulté. Ce qu'il faut admettre – nous ne présentons pas la pensée de Hegel à sa manière et en ses termes –, c'est qu'un vrai intemporel existe, mais dans le temps (pour en donner… Lire la suite
MORT - Les interrogations philosophiques

Écrit par :  René HABACHI

Dans le chapitre "Les doctrines de la chute"  : …  de l'éternel à la prise de conscience du corps, l'âme gardera le sentiment de son identité. *Mais là où l'idéalisme prend sa forme la plus systématiquement explicitée, chez Hegel, la conscience, n'étant qu'une manifestation de l'Esprit qui prend conscience de lui-même dialectiquement à travers l'histoire, sera impersonnellement absorbée au… Lire la suite
MYTHE - L'interprétation philosophique

Écrit par :  Paul RICŒUR

Dans le chapitre "Hegel et les représentations religieuses"  : …  *Hegel ouvre une autre possibilité. Les représentations religieuses ne sont pas pour lui au-delà de la limite prescrite par une raison qui se censure elle-même ; elles sont, au contraire, en deçà d'un achèvement du savoir, dans la conscience de soi de l'esprit absolu. Les représentations religieuses ne sont pas alors aux confins de la frontière ;… Lire la suite
NATURE PHILOSOPHIES DE LA

Écrit par :  Maurice ÉLIE

Dans le chapitre "La « Naturphilosophie »"  : …  et, par définition, tout ce qui se trouve au-delà de la lumière échappe à notre investigation. *Cette question de la figuration joue un rôle important non seulement dans la Naturphilosophie de Schelling, mais aussi dans celle de Hegel. La figuration est elle-même génétique ; on assiste à un passage du géométrique au réel. De même, une… Lire la suite
NÉANT

Écrit par :  Jean LEFRANC

Dans le chapitre "« L'être et le néant sont la même chose »"  : …  *La réduction « humaniste » de la dialectique permettait d'éviter ou d'atténuer le paradoxe des formulations de la Science de la logique. Hegel s'attendait d'ailleurs à des sarcasmes qui n'ont pas manqué. « Cela n'exige pas une grande dépense d'esprit, écrit-il dans la Logique de 1817, de tourner la proposition qu'être et néant… Lire la suite
NON-ÊTRE

Écrit par :  Henry DUMÉRY

… *Le non-être n'est pas le néant, si l'on entend par néant la simple absence d'être (l'idée de néant ne surgit qu'après coup, de façon imaginaire, comme suppression de l'être). Au sens le plus fort, le non-être est la part de négativité qui est présente dans le réel ou bien le pouvoir de négation qui appartient à l'esprit. Par réaction contre une… Lire la suite
NOSTALGIE

Écrit par :  Marie-Claude LAMBOTTE

Dans le chapitre "Un concept philosophique"  : …  précisément à circonscrire dans le sensible et le fini, ce à quoi ne cessera de s'opposer* un penseur comme Hegel. Et c'est ce dernier qui semble le mieux exprimer tout à la fois la force et la douleur de l'âme emplie de nostalgie sous la figure de la « conscience malheureuse », qui s'offre comme une conscience dédoublée. En effet, tendue… Lire la suite
OPPOSITION CONCEPT D'

Écrit par :  Émile JALLEY

Dans le chapitre "Schelling"  : …  de manière trop homogène, selon Schelling, les termes successifs de la série des oppositions. *Hegel reprend le principe contradictionnel propre à la logique classique pour le dynamiser selon le schéma d'une opposition forte, c'est-à-dire d'une dualitude avec antithèse. Les deux forces expansive et attractive, mises en jeu déjà par Kant et… Lire la suite
PANTHÉISME

Écrit par :  Robert MISRAHI

Dans le chapitre "Le panthéisme après Spinoza"  : …  ses parties, et par conséquent l'affirmation qui nie et la négation qui affirme. Il précède en cela* Hegel, qui, par le mouvement du négatif au cœur de la Nature totale, fait surgir l'Esprit, et, au terme du devenir de cet Esprit, au terme de l'histoire de la conscience, instaure la Substance. Comme Concept, celle-ci réside en elle-même, ayant… Lire la suite
PAPAIOANNOU KOSTAS (1925-1981)

Écrit par :  Alain PONS

…  », 1963), la philosophie romantique allemande, Schelling, Hegel (« Histoire et théodicée », 1966). *Hegel, pour lequel l'intérêt de Papaioannou ne s'est jamais démenti, lui sert de référence constante dans sa réflexion sur l'histoire. Son Hegel ( 1962), d'une grande densité, et sa préface à sa traduction de La Raison dans l'histoireLire la suite
PASSION

Écrit par :  Baldine SAINT GIRONS

…  mouvement vers le concret. Le développement de la passion paraît alors, pour reprendre ce terme de *Hegel, « ruse » stratégique de la raison, œuvrant dans l'histoire. Mais quel est le lien entre passion et existence, c'est ce que n'a pas montré Hegel. Et tel est bien le problème auquel doit s'attacher toute pensée hostile à une spéculation… Lire la suite
PATRISTIQUE

Écrit par :  Pierre HADOT

Dans le chapitre "Un nouvel univers spirituel"  : …  unité primitive. Ici encore, on touche à un des schèmes fondamentaux de la philosophie occidentale. *On reconnaîtra facilement sa présence dans les systèmes de Hegel et de Schelling, dont il constitue en quelque sorte l'armature. Pour Hegel, l'histoire du monde est précisément l'autorévélation du processus par lequel l'Esprit absolu se pose lui-même… Lire la suite
PÉCHÉ

Écrit par :  Jacques POHIER

Dans le chapitre "Péché et mutations philosophiques de l'éthique"  : …  même qu'on se fait, au moins en Occident, de la moralité et de ce qu'elle représente pour l'homme. *Hegel marque sur ce point une étape capitale, qu'avait préparée Kant, et où s'opère une disjonction entre la morale et l'éthique. La morale a pour perspective la tâche qui revient à la liberté du sujet pour qu'il atteigne la vérité de son être : le… Lire la suite
PÉCHÉ ORIGINEL

Écrit par :  André-Marie DUBARLEAndré DUMAS

Dans le chapitre "Hegel"  : …  *Pour Hegel, qui est revenu plusieurs fois sur la question du péché originel, il ne s'agit pas d'une histoire contingente, mais d'une histoire nécessaire, de l'histoire éternelle de l'esprit humain dans son développement pour devenir ce qu'il est déjà en soi : esprit. L'état de connaissance du bien et du mal ne doit pas être, ou plutôt ne doit pas… Lire la suite
PERSÉCUTION

Écrit par :  Georges TORRIS

Dans le chapitre "Le persécuteur"  : …  espèce d'envers de l'amour dans un appétit de relation interhumaine qui est encore « altruiste ». *Hegel a montré, à propos de la dialectique du maître et de l'esclave (Phénoménologie de l'Espritiv), cette aspiration tragique qu'a chaque conscience à être reconnue et la manière dont elle en arriverait à vouloir et obtenir la… Lire la suite
PHÉNOMÈNE

Écrit par :  Jean-Paul DUMONT

Dans le chapitre "La notion de phénoménologie"  : …  elle prendre ensuite un sens diamétralement opposé au relativisme et au phénoménisme ? Lorsque *Hegel élabore la Phénoménologie de l'Esprit et définit la phénoménologie comme « science de l'expérience que fait la conscience », il estime que ce que la conscience expérimente, c'est le mouvement par lequel elle passe de la simple… Lire la suite
PHÉNOMÉNOLOGIE

Écrit par :  Renaud BARBARASJean GREISCH

… 1777) pour désigner la doctrine de l'apparaître, pour autant qu'elle se distingue de l'être même.* En s'adossant au travail de Kant, Hegel fut le premier philosophe à envisager la possibilité d'une phénoménologie qui aurait pour tâche d'étudier systématiquement les figures phénoménales de la conscience que l'esprit doit parcourir pour s'élever au… Lire la suite
PHILOSOPHIE

Écrit par :  Jacques BILLARDJean LEFRANCJean-Jacques WUNENBURGER

Dans le chapitre "Inactualité"  : …  d'abord comme réconciliation, comme accomplissement historique de la philosophie. Nul mieux que *Hegel n'a su identifier le système intemporel et sa réalisation dans la suite des temps. « La dernière philosophie dans l'ordre du temps est le résultat de toutes les philosophies précédentes et par conséquent doit en contenir les principes » et,… Lire la suite
PHILOSOPHIQUES SYSTÈMES

Écrit par :  Jacques MOUTAUX

Dans le chapitre "De la philosophie à l'histoire de la philosophie"  : …  ne permet pas le développement de l'histoire de la philosophie que pourtant elle appelle. Bien que *Hegel libère l'histoire de la philosophie des hypothèques que laisse peser sur elle la pensée critique, bien qu'il soit de tous les grands philosophes le premier, et le seul, à avoir consacré autant de travaux à la pure histoire de la philosophie,… Lire la suite
POLITIQUE - La philosophie politique

Écrit par :  Éric WEIL

Dans le chapitre "La philosophie politique moderne"  : …  *C'est dans la pensée de Hegel que se rencontrent tous les courants du passé, à l'exception des idées universalistes et théocratiques, et c'est à partir d'elle que de nouvelles façons d'interpréter la réalité politique prennent leur origine. Selon Hegel, la vie politique naît avec la distinction du mien et du tien ; de là, elle passe au contrat,… Lire la suite
PRATIQUE ET PRAXIS

Écrit par :  Éric WEIL

Dans le chapitre "De la conscience historique à la praxis marxiste"  : …  y retourner. C'est ce passage de l'exigence passionnelle, à la conscience qui constitue pour *Hegel, comme pour Kant, le principe de compréhensibilité de l'histoire et son moteur. Ce qui les sépare, c'est le rôle que Hegel reconnaît au travail et à la structure de la société, d'une part, à la passion, de l'autre : l'organisation (ou le manque… Lire la suite
PROGRÈS

Écrit par :  Bernard VALADE

Dans le chapitre "Schémas de croissance : les modèles leibniziens"  : …  c'est contre Voltaire que Herder a d'abord écrit son autre philosophie de l'histoire ; *et c'est aux penseurs du siècle des Lumières que s'adresse aussi la critique hégélienne des idées, indéfinissables, indéterminées, de mutabilité et de perfectibilité. Pour Hegel, qui a eu recours au principe d'évolution, le progrès, sous la forme du… Lire la suite
PSYCHANALYSE & CONCEPT D'OPPOSITION

Écrit par :  Émile JALLEY

Dans le chapitre "Le traitement des contraires dans le travail du rêve"  : …  description qu'en reprend Freud en 1900, conquis leurs lettres de noblesse dans la philosophie de *Hegel (IdentitätUmkehrung, 1812), encore que cet auteur en ait fait, dans sa métaphysique de l'esprit absolu, un usage cosmique sans comparaison convenable avec le strict traitement métapsychologique que leur a accordé Freud. D'… Lire la suite
RAISON

Écrit par :  Éric WEIL

Dans le chapitre "Hegel et la raison sans extériorité"  : …  *La tentative a été menée à son aboutissement (ou, selon un autre point de vue, à son échec définitif) par Hegel. Pour lui, le fini n'est pas en face de l'infini à la manière de deux partenaires ou adversaires : l'infini n'est pas vrai infini s'il est opposé à un fini, précisément parce qu'il serait déterminé, limité par celui-ci ; l'infini ne peut… Lire la suite
RATIONALISME

Écrit par :  Gilles Gaston GRANGER

Dans le chapitre "Le rationalisme hégélien"  : …  Avec *Hegel apparaît une attitude philosophique dont le caractère rationaliste fait problème, bien que le mot raison en soit un leitmotiv permanent. Dans une telle doctrine règne la thèse de l'équivalence du rationnel et du réel, c'est-à-dire de l'historiquement effectué et de sa reconstitution réglée dans un langage. La rationalité ne porte donc… Lire la suite
RECHERCHES PHILOSOPHIQUES SUR L'ESSENCE DE LA LIBERTÉ HUMAINE, livre de Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling

Écrit par :  Francis WYBRANDS

…  le bien et le mal, nie la liberté humaine et mène droit au nihilisme (terme inventé par Jacobi). *Schelling doit aussi répondre aux attaques que Hegel, son ancien condisciple du Stift de Tübingen, avait émises dans la Préface à la Phénoménologie de l'esprit : reproches de « formalisme », de peur du négatif et du fini qui se… Lire la suite
RÉVÉLATION

Écrit par :  Bernard DUPUY

Dans le chapitre "La pensée philosophique moderne"  : …  spéculatif, Dieu est nature, et la révélation se confond avec la connaissance de cette nature. *Hegel, en héritier de Spinoza, admet que juifs et chrétiens puissent reconnaître en Dieu la personnalité, ce qui leur permet de tenir la Bible pour révélée. Mais pour lui la révélation s'identifie avec le mouvement même de la dialectique, c'est-à-… Lire la suite
RÉVOLTE

Écrit par :  François CHÂTELET

Dans le chapitre "La force d'un symptôme"  : …  sociales. Les fondements de la théorie de la révolte comme moteur de l'histoire sont dérisoires : *Hegel a remis, à l'avance, Stirner à sa juste place en établissant qu'à l'époque de la citoyenneté, il est bien normal que la subjectivité se veuille unique, malheureuse et protestatrice. Laissons les faux drames de Camus, qui ne sont qu'événements… Lire la suite
ROMANCERO, livre de Heinrich Heine

Écrit par :  Isabelle KALINOWSKI

Dans le chapitre "Perversion du modèle hégélien"  : …  *Les trois sections du Romancero – les « Histoires », les « Lamentations » et les « Mélodies hébraïques » – travaillent une structure ternaire que l'on peut déchiffrer comme étant celle de la philosophie hégélienne. Après l'échec de la révolution de 1848, l'« hégélianisme de gauche », dont Heine avait été le représentant littéraire le plus… Lire la suite
RUGE ARNOLD (1802-1880)

Écrit par :  François BURDEAU

… *Penseur politique allemand. Né à Bergen, Arnold Ruge s'affilie aux mouvements étudiants libéraux (Burchenschaften), est emprisonné pour ses idées de 1824 à 1830, et fonde en 1938, à Halle, avec Echtermayer, les Annales de Halle pour la science et l'art allemands (Hallische Jahrbücher für deutsche Wissenschaft und Kunst,… Lire la suite
SCEPTICISME

Écrit par :  Jean-Paul DUMONT

Dans le chapitre "Christianisme et scepticisme"  : …  et l'affirmation déjà présente d'une certitude d'un tout autre ordre. C'est parce que Descartes et *Hegel sont, au fond, tout aussi chrétiens que saint Augustin que l'un propose de donner au doute seulement méthodique du Discours de la méthode la dimension spirituelle du désespoir vécu des Méditations, et que l'autre conçoit l'… Lire la suite
SCHOPENHAUER ARTHUR (1788-1860)

Écrit par :  Jean LEFRANC

Dans le chapitre "La connaissance esthétique"  : …  à tous, ne serait-ce que dans le spectacle de la beauté de la nature. Nous sommes habitués, depuis *Hegel, à identifier esthétique et théorie de la création artistique. Pour Schopenhauer, la théorie de l'art doit être rapportée à une théorie de la contemplation du beau, et celle-ci à la connaissance par les idées. Invoquant assez abusivement Platon… Lire la suite
SCIENCES - Science et philosophie

Écrit par :  Alain BOUTOT

Dans le chapitre "Le divorce de la science et de la philosophie"  : …  dans cette évolution, et, s'il fallait n'en retenir qu'un seul, ce serait certainement *Hegel. Celui-ci prétendait déduire les processus naturels de façon purement spéculative et a priori. C'est ainsi qu'il pensait avoir réussi à démontrer, par un raisonnement logique, que le système solaire ne pouvait comprendre plus de sept planètes, ce qui… Lire la suite
SOCIÉTÉ

Écrit par :  André AKOUN

Dans le chapitre "De l'origine de la société"  : …  il dire le monde des êtres solitaires et séparés qui aurait précédé la rencontre et l'alliance ? *La question du commencement semble nous signifier que l'on s'est toujours, pour en parler, levés trop tard, comme la philosophie, dont Hegel disait que, oiseau de Minerve, elle ne se lève que la nuit. La pensée ne vient que le dimanche, quand l'œuvre… Lire la suite
SOCIÉTÉ CIVILE

Écrit par :  Daniel MOUCHARD

Dans le chapitre "Histoire"  : …  Adam Smith, Bernard de Mandeville), il faut attendre le début du xixe siècle et* Hegel pour trouver une conceptualisation systématique de cette division, qui deviendra centrale dans la réflexion politique moderne. On le sait, cette distinction est au cœur du système philosophique hégélien : la société civile étant la sphère du… Lire la suite
STADE NOTION DE

Écrit par :  Marie-Claude LAMBOTTE

… *En tenant compte de l'arbitraire qui s'attache à toute tentative de définition d'un concept, dans la mesure où elle opère par réduction à partir des prémisses, il semblerait que la notion de stade présente deux applications bien distinctes autour desquelles se distribuent diverses disciplines intéressées : dans les notions de direction et d'… Lire la suite
STIRNER MAX (1806-1856)

Écrit par :  Henri ARVON

Dans le chapitre "L'unicité"  : …   toi-même. C'est au nom de la loi absolue de l'Esprit : « Connais-toi toi-même » que *Hegel avait exigé que l'Esprit parvînt à la libre conscience de soi. » Vouloir se connaître soi-même, c'est se juger au nom d'un principe universel, c'est se jauger à une norme abstraite, c'est s'absorber dans une généralité qui rend… Lire la suite
SUBLIMATION, psychanalyse

Écrit par :  Baldine SAINT GIRONS

Dans le chapitre "La sublimation, vérité de l'expérience amoureuse"  : …  aux circonstances, à la joie, à l'amour. La « beauté qui tue » – pour reprendre cette expression de *Hegel –, promesse trop effrayante, celle de cet instant ininscriptible, naît alors dce temps hors du temps, assumant sa naissance. Cependant, tâche impossible à accomplir et à supporter, la sublimation avorte, culbute l'être qui s'effraie de surgir… Lire la suite
SUBLIME, philosophie

Écrit par :  Philippe LACOUE-LABARTHE

Dans le chapitre "Le problème de la présentation"  : …  en substance, et, ainsi, à l'hypostasier, on se retrouve ici très exactement devant l'objection de *Hegel, cette objection dont on peut penser qu'elle a mis fin à la spéculation sur le sublime et qu'on peut faire tenir simplement en ces mots : qu'est-ce qu'un il y a qui ne se présente pas ? Réponse de Hegel : c'est une abstraction. Toute… Lire la suite
SUBSTANCE

Écrit par :  Robert MISRAHI

Dans le chapitre "Hegel"  : …  *Le philosophe de l'histoire qu'est Hegel est en effet un philosophe d'abord, et un philosophe de la substance ensuite ou par conséquent. Certes, on ne trouve dans son œuvre que des allusions éparses à la substance : par exemple, la définition (apparemment fort traditionnelle) de ce terme dans l'Encyclopédie des sciences philosophiques, ou… Lire la suite
SYLLOGISME

Écrit par :  Pierre AUBENQUE

Dans le chapitre "Valeur du syllogisme"  : …  a été souvent en butte aux critiques, voire aux railleries. Seul parmi les grands philosophes, *Hegel lui accordera une place importante, encore que d'un point de vue tout à fait étranger à la logique formelle, dans sa Science de la logique : retenant la fonction médiatrice du syllogisme, il en fera le troisième moment de la logique du… Lire la suite
SYNTHÈSE, philosophie

Écrit par :  Françoise ARMENGAUD

… *Pour présenter la synthèse, on s'inspirera plus particulièrement de deux philosophes qui ont fait d'elle un moment essentiel de la pensée : Kant et Hegel. Kant introduit la distinction entre les jugements analytiques, qui élucident et expliquent un concept sans communiquer d'information nouvelle (par exemple : « Tous les corps sont divisibles »),… Lire la suite
THÉÂTRE OCCIDENTAL - La dramaturgie

Écrit par :  Christian BIETHélène KUNTZ

Dans le chapitre "De la catharsis à l'étonnement"  : …  la réception qu'induit le drame en sa forme classique ou néo-classique. Car, souligne Bernard Dort, *c'est au Cours d'esthétique de Hegel que Brecht ne cesse, « expressément ou non », de se référer. Le paradigme brechtien de la forme dramatique, contre-modèle du théâtre épique, met l'accent sur l'affrontement des personnages, et sur l'… Lire la suite
TOTALITÉ

Écrit par :  Emmanuel LÉVINAS

…  quand elle est le tout de l'être. Dans ce désaccord entre le tout et le donné se montre, d'après *Hegel, la réalité dans sa rationalité, comme une marche vers l'universel concret, c'est-à-dire vers un universel entièrement déterminé. Le tout supposerait une certaine convenance des parties entre elles, une organisation. Il serait cosmos, système,… Lire la suite
VERTU

Écrit par :  Baldine SAINT GIRONS

Dans le chapitre "Le mythe vertuiste"  : …  *« La vertu antique (αρετ̀η), écrit Hegel, avait une signification précise et sûre, car elle avait son contenu solide dans la substance du peuple, et elle se proposait comme but un bien effectivement réel, un bien déjà existant. » Comment contester l'exigence d'αρετ̀η, quand celle-ci est conçue, suivant les termes de Gorgias, comme « la chose… Lire la suite
VIOLENCE

Écrit par :  Yves MICHAUD

Dans le chapitre "Violence et négativité"  : …  *Hegel s'inscrit dans cette tradition. Pour lui, l'Être, ou ce qu'il appelle la substance, est sujet : il ne se réalise que dans le mouvement de son développement, qui ne saurait aller sans douleur ni déchirement. La vie, l'accomplissement de la nature et de l'esprit, l'histoire, sont la manifestation de l'Être et celle-ci demande « le sérieux, la… Lire la suite
VOLONTÉ

Écrit par :  Paul RICŒUR

Dans le chapitre "Le contexte « théologique » : Augustin"  : …  sur le mal, ou péché, que s'est affinée et approfondie la psychologie de la volonté. *Avec le christianisme, en effet, s'introduit l'infini de la réflexion, dans lequel Hegel discerne le tournant du monde grec au monde moderne : « Le droit de la particularité du sujet à se trouver satisfaite, ou, ce qui est la même chose, le droit de… Lire la suite
WAHL JEAN (1888-1974)

Écrit par :  Maurice de GANDILLAC

… *Philosophe et poète, Jean Wahl fut d'abord un élève brillant au lycée Janson-de-Sailly à Paris. Après un an de préparation au lycée Louis-le-Grand, il entre à l'École normale supérieure en 1907 et, dès 1910, est agrégé de philosophie (premier de la liste devant son ami Gabriel Marcel). Docteur ès lettres en 1920, il enseigne à Besançon, Nancy, Lyon… Lire la suite
WEIL ERIC (1904-1977)

Écrit par :  Marcel REGNIER

parue en 1950 et se fait connaître internationalement par plusieurs livres importants : *Hegel et l'État (1950) – qui a beaucoup contribué à écarter de fausses interprétations, comme celles qui voient en Hegel le philosophe de la réaction ou, au contraire, un prémarxiste –, Philosophie politique (1956), PhilosophieLire la suite

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Voir aussi

 

Bibliographie

Œuvres de G. W. F. Hegel

Gesammelte Werke, grande édition critique de l’Académie des sciences de Rhénanie-Westphalie, Hambourg, plus de 20 volumes parus depuis 1968

Sämtliche Werke, éd. H. Glockner, 20 vol., Stuttgart, 1964-1971

Sämtliche Werke, éd. G. Lasson et J. Hoffmeister, Hambourg, 1932-1974, 21 vol

Premiers Écrits (Hegels theologische Jugendschriften), trad. O. Dupré, Paris, 1997

Logique et métaphysique (d’Iéna), trad. D. Souche-Dagues, Paris, 1980

La Phénoménologie de l’esprit (Phänomenologie des Geistes), trad. J. Hyppolite, Paris, 1939-1941, trad. J.-P. Lefebvre, 1991, trad. P.-J. Labarrière et G. Jarczyk, Paris, 1989

Propédeutique philosophique (Philosophische Propädeutik), trad. M. de Gandillac, Paris, 1963

la Science de la logique, trad. P.-J. Labarrière et G. Jarczyk, Paris 1972-1981

Encyclopédie des sciences philosophiques (Enzyklopädie der philosophischen Wissenschaften), trad. J. Gibelin, Paris, 1952, trad. M. de Gandillac, Paris, 1970, trad. B. Bourgeois, Paris, I (1970) III (1988)

Principes de la philosophie du droit (Grundlinien der Philosophie des Rechts), trad. R. Derathé et J.-P. Frick, Paris, 1975

Cours d’esthétique (Vorlesungen über die Aesthetik), trad. J.-P. Lefebvre et V. von Schenk, 3 vol., Paris, 1995-1997

Leçons sur la philosophie de la religion, trad. P. Garniron, Paris, 1996 sqq.

Leçons sur la philosophie de l’histoire, trad. J. Gibelin, Paris, 1963

Leçons sur l’histoire de la philosophie, trad. P. Garniron, Paris, 7 vol., 1971-1991.

Études

Hegel suscite une multitude de publications. Il est impossible, en ce foisonnement, de choisir sans injustice et sans arbitraire entre des œuvres et des travaux souvent simultanés et égaux en valeur, malgré la diversité de leurs orientations. On se voit obligé de renvoyer à des bibliographies, auxquelles le lecteur pourra se référer commodément : J. W. Burbidge, Historical Dictionary of Hegelian Philosophy, Scarecrow Press, Lanham-Londres, 2001 (bibliographie internationale, y compris anglo-saxonne)

J. d'Hondt, Hegel et l'hégélianisme, coll. Que sais-je ?, P.U.F., 4e édition, Paris, 1993 (bibliographie sommaire et introductive)

J. L. Gouin, Hegel, ou la Raison intégrale, éd. Bellarmin, Canada, 1999 (en particulier pour les ouvrages collectifs)

J. Hyppolite, Genèse et structure de la « Phénoménologie de l'esprit », Aubier, Paris, 1946

K. Steinhauer, Hegel-Bibliography-Bibliogaphie, éd. K. Saur, Munich, 1980 (bibliographie à peu près exhaustive jusqu'en 1980)

A. Stanguennec, Hegel, Vrin, Paris, 1997 (bibliographie assez fournie, avec compléments concernant des contemporains de Hegel).

Interprétations

Quelques interprétations typiques, disponibles en langue française dans l'une de leurs traductions, éditions ou rééditions : H. Althaus, Hegel, naissance d'une philosophie. Une biographie intellectuelle, Seuil, Paris, 1999

E. bloch, Sujet-Objet. Éclaircissements sur Hegel, Gallimard, Paris, 1951

C. Bruaire, Logique et religion chrétienne dans la philosophie de Hegel, Seuil, Paris, 1964

B. Croce, Ce qui est vivant et ce qui est mort de la philosophie de Hegel, Giard et Brière, Paris, 1910

J. D'Hondt, Hegel, Calmann-Lévy, Paris, 1998

M. Heidegger, La Phénoménologie de l'esprit, Gallimard, Paris, 1984

J. Hyppolite, Logique et existence. Essai sur la logique de Hegel, P.U.F., Paris, 1953

Figures de la pensée philosophique, ibid., 1991

D. Janicaud, Hegel et le destin de la Grèce, Vrin, Paris, 1975

A. Kojeve, Introduction à la lecture de Hegel, Gallimard, Paris, 1979

G. Lebrun, La Patience du concept. Essai sur le discours hégélien, Gallimard, Paris, 1972

T. Litt, Hegel. Essai d'un renouvellement critique. Denoël-Gonthier, Paris, 1973

K. Löwith, De Hegel à Nietzsche, Gallimard, Paris, 1969

G. Lukács, Le Jeune Hegel. Sur les rapports de la dialectique et de l'économie, Gallimard, Paris, 1981

H. Marcuse, L'Ontologie de Hegel et la théorie de l'historicité, Minuit, Paris, 1972

F. Rosenzweig, Hegel et l'État, P.U.F., Paris, 1991

D. Souche-Dagues, Le Cercle hégélien, P.U.F., 1986

J. Wahl, Le Malheur de la conscience dans la philosophie de Hegel, P.U.F., 1951, réimpr. Gérard Monfort, 1983

E. Weil, Hegel et l'État, Vrin, Paris, 1950.

 

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