Le faux est un phénomène propre aux civilisations évoluées. Il est incompatible avec les cultures primitives, où tout acte mensonger, de nature à déchirer le tissu sans couture des relations magiques entre l'homme et le monde, pourrait déchaîner la foudre sur la tribu du coupable. Le faux est lié à la notion de profit ; l'idée de tromper sur la marchandise a dû naître quand les échanges de biens, désacralisés, prirent la forme de pures transactions commerciales. Le faux en écriture, utilisé pour se procurer un titre abusif à la possession de quelque bien ou privilège, était pratiqué dans l'Antiquité, comme l'attestent des mesures prises par le Sénat romain sous Néron pour se défendre contre l'inflation des documents apocryphes. À nulle époque, cependant, le faux en écriture n'a été pratiqué avec autant d'audace qu'au Moyen Âge, où les moines, scribes fort habiles, fabriquaient de fausses chartes, auxquelles ils assignaient une origine très ancienne, pour appuyer des revendications territoriales ou féodales, ou pour attester l'authenticité de reliques apocryphes. C'est ainsi que la moitié des chartes carolingiennes actuellement conservées sont des faux.
Le faux en art est une conséquence de l'amateurisme, qui, tant en Orient qu'en Occident, apparaît aux époques où l'œuvre d'art est considérée comme un objet spécifique, valable en tant que tel, dépouillé de sa finalité religieuse ou profane. Sur un marché restreint aux possibilités de la création individuelle, une demande croissante provoque des offres fallacieuses, d'autant plus nombreuses que l'accession à la fortune de nouvelles classes de possédants crée un public facile à abuser. Cependant, le désir de posséder une œuvre d'art n'est pas le seul facteur de la production des faux ; à celle-ci contribuent également les aspirations de certains artistes doués pour l'imitation, mais non pour la création, et qui croient s'égaler aux plus grands en les reproduisant « à s'y méprendre », transférant ainsi en un acte créateur illusoire leur propre impuissance. Ainsi, au xv […]
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