Raphaël a longtemps été considéré comme le plus grand peintre qui ait jamais existé, et on le tient toujours pour l'artiste en qui la peinture aurait trouvé son expression achevée. Ce mythe de Raphaël apparaît du vivant de l'artiste, et sa mort précoce, mettant fin brutalement à une activité marquée par la précocité, lui donne une singulière ampleur. Après trois siècles, la gloire de Raphaël s'estompe avec l'entrée en scène de tendances critiques et artistiques nouvelles, représentées notamment par les impressionnistes et les fauves. En effet, tous les peintres qui s'expriment par la couleur plutôt que par la forme (c'est-à-dire par le dessin abstrait qui délimite nettement les contours) sont opposés à Raphaël. Sa couleur n'est pas constructive ; la lumière n'a pas la fonction essentielle qu'elle occupe pour Léonard de Vinci, qui aime tout réduire en ombre et lumière ; dans la peinture de Raphaël, la lumière, comme la couleur, ne lie pas la composition et il n'y a pas une véritable atmosphère, ni un paysage qui soit inséparable des figures.
On pourrait reprocher à Raphaël de faire de trop nombreux emprunts à ses contemporains, mais son art ne résulte pas seulement de l'étude des grands maîtres de son temps et le renouveau des études raphaëlesques atteste la vitalité inépuisable de son art.
1. Les premières œuvres
Il n'y a rien dans la vie de Raphaël qui puisse alimenter les rubriques du romanesque ou de la fantaisie. Né à Urbin, il est le fils du peintre Giovanni di Sante di Piero (d'où le patronyme Sanzio). Après une brève période d'activité en Ombrie, il se rend à Florence, où il entre en contact avec les plus grands artistes de l'époque. Puis il va à Rome, qui devait jouer au xvie siècle le rôle de capitale de l'art italien ; il y séjourne jusqu'à sa mort. Preuve d'une renommée déjà considérable, il inaugure sa période romaine par la décoration des stanze du Vatican. Les commandes affluent, et le peintre, surchargé de travail, se voit contraint de faire appel de façon croissante à des collaborateurs, ce qui ne manque pas […]
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