8. Répression des faux
L'accueil réservé aux faux au cours des âges fut très variable, et ce n'est que tardivement qu'ils ont été considérés comme des fraudes. Dürer, dans les poursuites qu'il fit en 1505 contre les faussaires vénitiens de ses gravures, obtint seulement du Sénat de la Sérénissime qu'il leur fût interdit d'utiliser son monogramme, non de mettre en vente ses imitations. Si sa veuve put faire admettre par la ville de Nuremberg l'interdiction de vendre les falsifications de ses gravures, c'est parce que l'artiste avait reçu de l'empereur un privilège d'exclusivité pendant dix ans ; on protégeait la marchandise commerciale, non la propriété artistique. Lorsque Luca Giordano fut poursuivi par le prieur de la chartreuse de Naples pour une falsification d'Albrecht Dürer, intitulée La Guérison du paralytique, il fut acquitté par le tribunal, qui considéra comme un mérite louable d'avoir réussi à imiter la manière difficile de Dürer. L'artiste avait d'ailleurs signé son exploit en caractères microscopiques. Rubens obtint en 1620 des états généraux des Pays-Bas un privilège selon lequel la reproduction de ses œuvres gravées lui était réservée. Mais ce privilège était limité à sept ans.
La nature dolosive de la falsification est une notion de droit moderne, qui correspond d'ailleurs à la personnalisation de plus en plus grande du fait artistique. En France, elle découle d'une loi des 19 et 24 juillet 1793, proclamant le droit du créateur sur son œuvre, et de la législation générale de la répression des fraudes. Deux lois, du 27 août 1948 et du 23 décembre 1958, permettent les poursuites pénales contres les faussaires de l'art. En Amérique du Nord, les acheteurs de falsifications sont très mal protégés, par suite d'une loi qui réprime comme un délit tout acte diffamant un bien privé ; cette réglementation paralyse les experts. L'antiquaire anglais Duveen en fut victime, qui avait déclaré faux une réplique de La Belle Ferronnière du Louvre appartenant à André Hahn de New York. Toutefois, depuis 1968, une nouvelle loi, dans l'État de New York tout au moins, protège l'amateur victime d'un faussaire, mais cette loi n'engage pas la responsabilité du vendeur quand il s'agit d'acheteurs professionnels, à savoir les conservateurs de musée, les experts et les historiens d'art.
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