2. Premières théories
On invoqua d'abord des causes occultes pour expliquer les propriétés particulières des acides et des bases. Paracelse (début du xvie s.) croyait à un acide élémentaire universel, communiquant à tous ses composés la saveur et le pouvoir dissolvant, et, plus tard, Glauber (début du xviie s.) reconnut la notion de « force relative des acides », définie par la possibilité de déplacement d'un acide par un autre. Stahl pensa que ce « principe universel » était l'acide sulfurique, le plus puissant qui fût connu à son époque ; d'autres, après lui, firent jouer ce rôle à l'acide phosphorique, non volatil. Boerhaave, au contraire, attribuait ces différences de force à une dilution par l'eau, plus ou moins marquée.
Une configuration géométrique des acides avait été proposée, dès 1667, par un médecin, André ; il imaginait leurs particules pourvues de petites aiguilles très fines, d'où leur action sur l'organe du goût ; les bases, au contraire, renfermaient de petits pores, dont le remplissage par les pointes des acides constituait la neutralisation.
Ce fut Lavoisier qui, le premier, tenta d'établir une corrélation entre les manifestations de l'acidité et la composition chimique des substances. S'appuyant sur le fait que la combustion de nombreux éléments (carbone, soufre, phosphore) dans l'oxygène conduit à des oxydes formant un acide avec l'eau (quoique celle de l'hydrogène le déçoive), il conclut (1785) que l'oxygène est nécessaire à la manifestation de l'acidité. Cependant, dès 1787, Berthollet montrait que l'acide « prussique » (cyanhydrique) ne contient que les éléments carbone, azote, hydrogène, et que vraisemblablement l'acide sulfhydrique ne doit contenir que du soufre et de l'hydrogène. Mais l'empreinte de Lavoisier fut telle qu'il fallut des constatations nouvelles pour infirmer l'hypothèse primitive. En 1811, Davy prouva que l'acide « muriatique » (chlorhydrique) ne contenait pas d'oxygène (même constatation en 1815 pour l'acide iodhydrique), concluant ainsi que l'acidité n'est reliée à la présence d'aucun élément particulier. Ce dernier point ne s'est pas révélé exact, et Dulong puis Liebig (1838) revinrent à la notion d'un même élément présent dans tous les acides ; néanmoins cet élément est non pas l'oxygène, mais l'hydrogène ; ces conceptions continuèrent à être adoptées pendant environ cinquante ans.
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