TROISIÈME RÉPUBLIQUE

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L'illusoire après-guerre (1918-1930)

L'échec de la prépondérance française (1919-1924)

Le 11 novembre 1918, la France était victorieuse, mais exsangue, dévastée, ruinée. Elle recouvrait l'Alsace-Lorraine, mais la disparition de 1 390 000 habitants victimes de la guerre affaiblissait une nation au capital humain déficient. La richesse s'était dissipée. L'Allemagne, unie, plus peuplée, plus productive, dominait toujours virtuellement le continent. À l'Est, c'était l'attraction du tourbillon russe, la menace d'un accord germano-soviétique. Doutant de l'avenir, Clemenceau essaya de l'assurer en maintenant l'alliance avec les Anglo-Saxons. Le refus du Sénat américain entraîna l'annulation de cette garantie. La France se retrouva donc seule avec, comme assurance précaire, le désarmement allemand et l'occupation pour quinze ans de la rive gauche du Rhin.

Les élections de 1919 eurent lieu sous le régime d'une représentation proportionnelle bâtarde. Une volonté de renouveau se faisait jour dans l'opinion ; les vieux conflits n'intéressaient plus. On réclamait l'union comme aux tranchées. Les socialistes voyaient la majorité de leurs militants, contre la collaboration de guerre, regarder vers la nouvelle Internationale de Moscou. Beaucoup croyaient que la contagion révolutionnaire allait gagner la France.

Les élections de 1919 assurèrent la majorité aux listes du « Bloc national », des royalistes aux radicaux. Pour la première fois depuis 1875, une majorité de droite, nationaliste et catholique, entrait au Palais-Bourbon, le Sénat conservant sa majorité radicale. Sans expérience politique, les nouveaux venus subirent l'ascendant de l'ancien personnel. Clemenceau, malgré son âge, laissa poser sa candidature à la présidence. Son immense popularité n'empêcha pas l'élection de Paul Deschanel (févr. 1920) ; le Parlement avait craint l'anticléricalisme et l'autorité cassante du « Tigre ». Ce dernier quitta immédiatement le pouvoir et se cloîtra dans la retraite jusqu'à sa mort en 1929. Millerand, président du Conseil, puis de la République (après que Deschanel se fut retiré pour motif de santé au bout de sept mois), prit figure de chef du Bloc national. Le rétablissement d'une ambassade au Vatican, la constitution d'associations diocésaines, substituts des associations cultuelles mort-nées de 1905, un climat général d'entente avec l'Église montrèrent que le Ralliement était désormais réalité.

Millerand affronta la menace révolutionnaire. Tandis que la mission Weygand aidait les Polonais à arrêter l'avance russe devant Varsovie, le gouvernement triomphait d'une vague de grèves, dans les chemins de fer et les mines notamment. Vaincus aux élections et dans la rue, les socialistes se divisèrent. Au congrès de Tours (déc. 1920), la majorité des adhérents, souvent récents, passa au nouveau Parti communiste qui dénonçait l'électoralisme de la SFIO et se déclarait révolutionnaire. La majorité des élus resta avec Léon Blum dans la « vieille maison ». L'année suivante, une CGTU (Confédération générale du travail unitaire) communiste, où se réfugiaient les tenants du syndicalisme révolutionnaire, se séparait de la CGT de Jouhaux, qui avait obtenu la journée de huit heures et des conventions collectives, mais collaborait avec le gouvernement à la nouvelle Société des Nations.

Ayant vaincu « l'homme au couteau entre les dents », le Bloc national se trouva aux prises avec l'exécution du traité de paix et la restauration des finances.

Pour rétablir le commerce international, les Anglais souhaitaient ménager l'Allemagne et, au besoin, alléger le fardeau des réparations dues par le vaincu. Mais la France comptait sur ces réparations pour restaurer son économie, ce qui explique l'acharnement de l'opinion à « faire payer le Boche ». Briand, au contraire, acceptait des concessions sur les réparations pour que l'Angleterre donnât sa garantie à la nouvelle frontière franco-allemande. Désavoué, il dut en janvier 1922 laisser le pouvoir à Poincaré. Ce dernier se flattait de contraindre l'Allemagne à payer. En 1923, l'armée française occupa la Ruhr, malgré la désapprobation anglaise et la résistance passive d'une Allemag [...]

Distribution de charbon

Photographie : Distribution de charbon

Des Parisiens attendent une distribution de charbon de la Ruhr, en 1923. 

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Pour citer l’article

Louis GIRARD, « TROISIÈME RÉPUBLIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/troisieme-republique/