TROISIÈME REICH (1933-1945)

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Mise en place et consolidation du nouveau régime (1933-1936)

Hitler semble donc avoir pris le pouvoir légalement. Le gouvernement qu'il forme aussitôt n'est nullement composé exclusivement de nationaux-socialistes. Au contraire. Y dominent les représentants de la droite classique. Von Papen est vice-chancelier, Alfred Hugenberg dirige l'Économie et l'Agriculture, Konstantin von Neurath est ministre des Affaires étrangères, le général Werner von Blomberg, ministre des Armées... Le N.S.D.A.P. n'a que trois représentants : outre Hitler, Wilhelm Frick, ministre de l'Intérieur, et Hermann Göring, ministre sans portefeuille et commissaire du Reich pour l'Aéronautique. En mars, Joseph Goebbels entre au gouvernement en qualité de ministre de la Propagande. Divisée sur les méthodes, l'équipe gouvernementale avait en commun l'hostilité à la République et au système parlementaire, la volonté d'éliminer les partis de gauche et les syndicats ouvriers afin de trouver plus facilement à la crise économique une solution qui ne mît pas en question le régime capitaliste mais assurât sa prédominance, le désir de refaire de l'Allemagne une grande puissance militaire susceptible d'imposer ses vues à ses partenaires.

Adolf Hitler au siège de son parti

Photographie : Adolf Hitler au siège de son parti

Le nouveau chancelier Hitler, entouré des deux autres membres nazis du gouvernement, le 31 janvier 1933, à l'hôtel Kaiserhof de Berlin, siège du parti : Hermann Göring, ministre sans portefeuille, et Wilhelm Frick (assis), ministre de l'Intérieur. 

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Le gouvernement à peine constitué, le Reichstag fut dissous, et les élections fixées au 5 mars 1933, tandis que les sections d'assaut hitlériennes, avec l'appui des autorités, s'efforçaient de réduire au silence par la terreur les adversaires politiques.

À huit jours des élections, le palais du Reichstag fut incendié par des groupes nazis. Il est établi aujourd'hui que l'opération fut montée par la S.S. berlinoise sous la direction de Kurt Daluege qui fit appel à l'aide d'un commando des S.A., tenus en partie hors du secret. Prenant prétexte de l'événement, Hitler fit promulguer un décret qui suspendait en fait les garanties constitutionnelles. Dans la nuit, une gigantesque rafle permit d'arrêter des dizaines de milliers de communistes et d'antifascistes. Quelques jours plus tard, le leader communiste Ernst Thälmann était à son tour jeté en prison. Les premiers camps de concentration accueillaient les militants antinazis.

Incendie du Reichstag

Photographie : Incendie du Reichstag

Incendie du Reichstag, nuit du 27 au 28 février 1933. Moins d'un mois après la nomination de Hitler comme chancelier, quelques jours avant les élections, cet acte criminel marque symboliquement la fin de la république de Weimar. 

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Malgré tout, les élections du 5 mars n'apportèrent pas à la coalition gouvernementale la victoire escomptée. Même la confiscation des 81 sièges communistes ne donnait pas au gouvernement la majorité des deux tiers dont il avait besoin pour modifier la Constitution. Après quelques jours de négociations, le Zentrum catholique accepta de voter les pleins pouvoirs (ou Ermächtigungsgesetz) qui, le 23 mars, mettaient fin au régime de Weimar.

Dès ce moment-là, les communistes allemands étaient réduits à l'illégalité. Syndicats et parti socialiste furent à leur tour interdits en mai et juin. En juillet, les autres partis acceptèrent de se dissoudre. Le 14 juillet, une loi faisait du Parti national-socialiste le parti unique du Reich.

Toutes ces mesures avaient pu être prises parce qu'elles avaient l'appui de la grande bourgeoisie (donc de la grande presse) et de l'armée. G. Krupp von Bohlen, président en exercice du Reichsverband der deutschen Industrie, écrit, en février 1933, à Hitler : « L'évolution politique coïncide avec les vœux que moi-même et le bureau [du plus puissant groupement industriel] avons formés depuis longtemps. »

Hitler, cependant, se présentait comme l'homme du retour aux traditions prussiennes, conservatrices, ce que symbolisait la cérémonie du 21 mars où l'on voit, dans la Garnisonskirche de Potsdam, Hitler s'incliner devant le président Hindenburg en grand uniforme de feld-maréchal, accompagné des représentants des autorités religieuses et militaires. Le 16 mars, le Völkischer Beobachter avait intitulé son éditorial : « Le christianisme : principe fondamental du gouvernement d'Adolf Hitler ». Quelques mois plus tard, le 6 juillet, Hitler annonçait dans un discours que « la révolution allemande était achevée ».

La première année du IIIe Reich est celle de la Gleichschaltung, ou « mise au pas ». La composition des gouvernements des États qui constituent le Reich est alignée sur celle du gouvernement central. Une seconde étape, en janvier 1934, transfère au Reich la quasi-totalité des compétences des États. Le Reich devient un État centralisé, sans que l'unification administrative soit cependant pleinement réalisée. Bien des anomalies subsistent : c'est ainsi que la Prusse conserve son ministère des Finances et son ministre-président (Göring). Parallèlement s'accomplit une certaine osmose entre l'appareil d'État et l'appareil du parti. Mais ici encore la fusion n'est pas totale, ni l'harmonisation accomplie. Le parti, par un réseau hiérarchisé (allant du Gauleiter au Blockleiter), essaie de contrôler et d'orienter toute la vie politique et idéologique du pays. Tandis que les grands problèmes politiques et surtout économiques échappent de plus en plus à la compétence des membres du parti et des cadres moyens, ceux-ci ont pour fonction d'éduquer le pays tout entier dans le sens national-socialiste et de mettre les masses au service de l'État fasciste.

Les travailleurs sont regroupés dans le Front allemand du travail (Deutsche Arbeitsfront, D.A.F.) dont le chef était le docteur Robert Ley, qui cumulait ses fonctions avec celles d'« organisateur » du N.S.D.A.P. (Reichsorganisationsleiter). L'emploi de termes militaires (Ley appelle les ouvriers « soldats du travail ») correspond effectivement dès les premières années du régime à une militarisation. La propagande insistante, l'embrigadement de tout le peuple allemand s'accompagnent toujours d'une surveillance policière de plus en plus poussée et de l'emploi de la terreur. Celle-ci n'a pas pour seul but d'intimider et d'éliminer les adversaires politiques ; elle habitue le peuple allemand à la violence, constituant ainsi une sorte de préparation psychologique à la guerre.

Dès les premiers mois du IIIe Reich, il apparut à l'évidence que le système économique existant, loin d'être bouleversé, se trouvait consolidé. Or un nombre non négligeable de cadres moyens et subalternes du N.S.D.A.P., qui avaient ajouté foi aux promesses démagogiques, au vocabulaire socialisant de Hitler ou de Goebbels, vocabulaire désormais abandonné, avaient rêvé d'une révolution qui s'attaquerait au régime capitaliste lui-même. Par ailleurs, le chef des S.A., Ernst Röhm, souhaitait que la formation qu'il dirigeait, et dont l'emploi était mal défini, prît en main le réarmement et la constitution d'une armée populaire nationale-socialiste.

Ces idées qui se propageaient dans les milieux nationaux-socialistes en 1933 et 1934 inquiétaient les [...]

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1914 à 1939. De Sarajevo à Dantzig

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Adolf Hitler au siège de son parti

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  • : chargé d'enseignement à l'université de Paris-VIII

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Pour citer l’article

Gilbert BADIA, « TROISIÈME REICH (1933-1945) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/troisieme-reich/