THUCYDIDE (env. 460-env. 400 av. J.-C.)

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L'esprit politique

Chez Hérodote, la préoccupation politique n'apparaissait qu'au second plan, mêlée à toutes sortes de renseignements, descriptions de pays et de mœurs, légendes et histoires édifiantes.

Thucydide, lui, est le produit de cette Athènes démocratique et souveraine où la discussion politique constituait une habitude de tous les jours et la première des activités intellectuelles. Les sophistes avaient enseigné l'art de manier les arguments et ils se donnaient eux-mêmes pour des maîtres de politique. Thucydide a sans nul doute été leur élève, et la trace de leurs enseignements se reflète dans les discours qu'il insère dans son récit. Trait remarquable, en effet, cet esprit si exigeant en matière d'exactitude n'a pas craint de faire parler les personnages historiques et de leur prêter des discours qui ne s'inspirent que librement de leurs véritables propos. En fait, il use de ces discours comme d'un procédé d'analyse. Ceux-ci sont riches, tendus, difficiles. Ils mettent en lumière les plans de chacun, exposent leurs raisons, mesurent leurs chances. Et le récit, avec lequel ils sont étroitement mis en relation, devient alors comme une vérification, qui signale les erreurs ou fait admirer les prévisions justes. Mieux : ces discours s'organisent en débats ; et c'est là que la pratique des sophistes, qui enseignaient l'art subtil de retourner les arguments, a pu servir à Thucydide d'exemple et de modèle. Il les compose deux à deux et les fait se répondre en de savantes relations : les chances des uns ou des autres sont ainsi comparées dans l'abstrait, avant de subir, grâce au récit, l'épreuve même des faits. Il arrive même que ces discours se répondent, par-delà les lieux et les temps, en un débat prolongé, émaillé de formules similaires, et d'arguments qui, d'un texte à l'autre, se corrigent ou se complètent. Il n'est pas jusqu'aux moyens les plus techniques mis à la mode par les sophistes qui ne trouvent ici leur sens. L'art de distinguer les synonymes permet de pousser plus loin la précision. Les figures de [...]


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Écrit par :

  • : ancienne élève de l'École normale supérieure, membre de l'Institut, professeur au Collège de France

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Pour citer l’article

Jacqueline de ROMILLY, « THUCYDIDE (env. 460-env. 400 av. J.-C.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 juillet 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/thucydide/