TÉRENCE (env. 190-env. 159 av. J.-C.)

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Plaute et Térence, qui, faute d'autres œuvres conservées, apparaissent comme les seuls représentants qualifiés du théâtre comique des Latins, demeurent, depuis quelque vingt siècles, joints en une sorte de diptyque plus commode pour l'enseignement des manuels que conforme à la réalité. Plaute y fait figure d'éminent « farceur », doué de toutes les vertus d'exubérance ; Térence, par contraste, apparaît comme un « délicat », moralisant et sensible. L'antithèse peut, à la rigueur, se justifier dans son ensemble. Les deux auteurs recourent aux mêmes modèles de la comédie hellénique ; ils leur empruntent les mêmes formules scéniques, les mêmes situations, la même galerie de types. Mais il y a entre eux vingt années d'intervalle, c'est-à-dire tout l'espace d'une génération. Il y a, notamment, l'œuvre de Caecilius Statius, un Gaulois de Cisalpine, auteur d'environ quarante comédies, dont il ne nous reste pas trois cents vers, et que Cicéron plaçait au premier rang des comiques latins. Vingt années, cela peut suffire pour une transformation notable du goût et, partant, pour que se manifeste chez un écrivain l'intention délibérée de faire triompher des valeurs modernes. C'est ainsi que l'on assiste, vers 165, à la libération extrême d'un courant de culture, lequel cherchait, tant bien que mal, à s'imposer dans les lettres latines ; et par là, par une affirmation retardée, mais fort nette, de la primauté grecque, un cercle comme celui de Scipion Emilien peut être considéré comme un « club » d'avant-garde. Dans le milieu raffiné où pénètre Térence, tous ses compagnons sont très jeunes. Lui-même a vingt ans à peine quand il donne sa première pièce.

Le répertoire de Térence

Publius Terentius Afer, dans sa courte existence – il est né en Afrique et vint à Rome très jeune, il est mort vers sa trentième année au cours d'un voyage en Grèce –, a écrit six comédies dont l'ordre, sinon la chronologie exacte, est à peu près établi, et qui est proche de celui des manuscrits : Andria (surnom de femme), Eunuchus, Hecyra (la belle-mère), Heautontimoroumenos (le bourreau de soi-même), Phormio (imité en partie par Molière dans Les Fourberies de Scapin) et Adelphi (les frères). Cette suite traduit assez bien comment l'auteur a, peu à peu, trouvé sa voie dans le domaine de ce que G. Meredith appelle la high comedy.

Après Andria, qui est une comédie bien faite, encore qu'un peu lente, et très grecque de ton, le jeune dramaturge, soucieux sans doute de s'attacher le « parterre », fait jouer L'Eunuque où se manifeste une nette intention bouffonne. La pièce connaît le succès, mais elle est de qualité discutable, et sa réussite même a pu paraître à son auteur et à ses amis d'assez mauvais aloi pour qu'il décide de revenir à sa première formule, qui convenait à « l'intelligentsia » de l'époque. Or L'Hécyre est un échec ; d'où une nouvelle tentative, avec L'Heautontimoroumenos, dans le sens de L'Eunuque, cette fois, plus heureuse. C'est avec Le Phormio, comédie justement équilibrée, comportant exactement ce qu'il faut de mouvement « farcesque », et, surtout, avec Les Adelphes, que Térence, après avoir ainsi balancé entre deux exigences, celle du populaire et celle des délicats, trouve enfin sa forme dramatique. Elle est, de toute évidence, plus grecque que latine, mais le poète, tout en suivant volontiers ses chers modèles, ne garde pas moins le mérite d'avoir un art original dans le maniement des thèmes et des procédés comiques.

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Barthélemy A. TALADOIRE, « TÉRENCE (env. 190-env. 159 av. J.-C.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/terence/