LATINES (LANGUE ET LITTÉRATURE)La littérature

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

On comprend en général sous l'expression « littérature latine » les textes latins littéraires composés entre le iiie siècle avant J.-C. et le ive siècle de notre ère. C'est la littérature de Rome : de la République conquérante, puis de celle de l'Empire, aux meilleurs temps. Elle a suivi une évolution dont il importera de marquer la chronologie. Ses premiers écrivains sont des Italiens du Sud, qui recevaient de Rome une langue parlée et comprise de plus en plus largement. Au milieu du iiie siècle avant J.-C., à la fin de la première guerre punique, Rome est la première puissance de l'Occident. À ce moment, la littérature grecque ancienne a, depuis deux siècles, atteint sa maturité et entre dans la période proprement hellénistique. Tarente, Syracuse, villes en rapport constant avec le monde oriental, diffusent toutes les formes de la culture grecque contemporaine : arts plastiques, architecture, musique, et surtout littérature (poésie « alexandrine », historiographie, théâtre, rhétorique). C'est dans ce milieu spirituel que va se constituer la littérature latine, non comme un jeu gratuit, mais pour répondre aux exigences d'une cité en plein épanouissement. Les œuvres qui vont naître ne seront pas un décalque maladroit des œuvres grecques, tant classiques qu'hellénistiques, mais des créations originales, appelées à remplir, pour le monde romain en pleine expansion, la fonction qui est celle de toute littérature.

Naissance d'une poésie

La première période de la littérature latine, essentiellement tournée vers la poésie, s'étend du iiie au ier siècle avant J.-C. La plupart des littératures commencent par la poésie, parce qu'un « énoncé mémorable » (supposant un emploi littéraire du langage, par opposition au parler quotidien) demande appui aux rythmes, assonances, qui créent une beauté des mots et assurent leur durée dans la mémoire. Ces premiers textes écrits succédaient à une littérature orale : hymnes aux divinités, sentences morales, chants de banquet à la gloire des héros du passé. Les rythmes étaient ceux de la langue latine – notamment le rythme « saturnien » (Saturne étant pris comme symbole de l'Italie primordiale), où la quantité des syllabes ne jouait qu'un rôle secondaire, à la différence de la rythmique grecque, où elle était essentielle.

La littérature écrite commence avec les Sentences d'Appius Claudius l'Aveugle, censeur en 312, qui, sous une forme voisine du saturnien, répand une sagesse inspirée de la philosophie grecque, connue par l'intermédiaire de Tarente, et qui célèbre la valeur de la clémence et de l'amitié. Cette tradition de poésie moralisante, caractéristique d'une société où l'influence du père est dominante, se retrouvera de siècle en siècle, par exemple dans le Carmen de moribus de Caton le Censeur (vers 190 av. J.-C.), recueil de formules qui réglementent la conduite humaine. Ce sont les ancêtres de la satire pratiquée par Ennius et Lucilius (celui-ci autour de 130 av. J.-C.), genre poétique très libre, pouvant contenir des fables, des dialogues, des réflexions de toute sorte.

Livius Andronicus, un Tarentin venu sans doute à Rome en 272 avant J.-C., après la prise de la ville par les Romains, fut apparemment le premier à concevoir la possibilité d'une littérature latine analogue à la littérature grecque. Pour cela, il traduisit L'Odyssée, en romanisant le texte homérique (les Muses y deviennent des Camènes, Héra devient Junon...). Les aventures d'Ulysse ne pouvaient qu'intéresser Rome : elles se déroulaient en Italie et autour de l'Adriatique, qui entrait alors dans l'orbite de la Ville. Une tradition faisait même parfois d'Ulysse un fondateur de Rome. Le mètre de cette « adaptation » était le saturnien.

À la fin du siècle, la première épopée véritablement romaine, le Bellum punicum (la Guerre punique), est composée par le Campanien Naevius (vers 209). Elle raconte la première guerre contre Carthage et remonte, avec l'évocation d'Énée et Didon, aux temps mythiques. En 209, les armées d'Hannibal menacent encore la Ville. Le poème de Naevius a pour dessein de montrer que les destins la protègent. Quelques années plus tard, et la victoire acqu [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 13 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Médias

Buste de Cicéron, Ier siècle avant J.-C.

Buste de Cicéron, Ier siècle avant J.-C.
Crédits : Bridgeman Images

photographie

Lucrèce

Lucrèce
Crédits : Spencer Arnold/ Hulton Archive/ Getty Images

photographie

Afficher les 2 médias de l'article

Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université de Paris-Sorbonne, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres

Classification

Autres références

«  LATINES LANGUE ET LITTÉRATURE  » est également traité dans :

LATINES (LANGUE ET LITTÉRATURE) - La langue

  • Écrit par 
  • Jacques PERRET
  •  • 2 737 mots

La langue latine, liée à une civilisation qui a tenu beaucoup de place dans l'histoire, mère des langues romanes, éducatrice de toutes celles de l'Europe, doit aussi être étudiée en elle-même, dans ses caractères spécifiques. Elle a fait de ce point de vue l'objet d'études nombreuses, mais qui se renouvellent sans cesse à mesure que la linguistique découvre d'autres méthodes et de nouveaux objecti […] Lire la suite

LATINES (LANGUE ET LITTÉRATURE) - Le théâtre

  • Écrit par 
  • Jacques LACARRIÈRE
  •  • 1 869 mots

Le théâtre latin présente un certain nombre de caractères propres qui le différencient notablement du théâtre grec : prééminence des éléments spectaculaires sur le texte, non-périodicité des jeux théâtraux, tendance à un réalisme excessif, autonomie des techniques et du sujet, souvent inspiré des œuvres grecques. Ces caractères, joints au fait que la genèse, le développement et l'extinction du thé […] Lire la suite

LATINES (LANGUE ET LITTÉRATURE) - La littérature chrétienne

  • Écrit par 
  • Pierre HADOT
  •  • 6 339 mots
  •  • 3 médias

La littérature latine chrétienne a commencé à se développer à la fin du iie siècle et n'a pris son véritable essor qu'au début du iiie siècle. On convient généralement de placer sa fin au viiie siècle, en même temps que celle du monde antique. Mais il ne faut […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Pierre GRIMAL, « LATINES (LANGUE ET LITTÉRATURE) - La littérature », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/latines-langue-et-litterature-la-litterature/