ROSSELLINI ROBERTO

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Le surnaturel incarné

Rossellini nous entraîne à cent lieues de l'Italie, en guerre ou d'après-guerre : il convie à s'interroger sur l'homme universel, sa servitude, sa vocation à la liberté, son obstination à faire éclater un monde de grimaces et de faux-semblants (en cela sans doute il a durablement influencé Fellini, qui fut longtemps son collaborateur et son ami). Face à la trahison permanente des pharisiens, Rossellini oppose le courage tranquille du pauvre publicain, de l'homme seul (ou de la collectivité confondue avec son chef, dans Viva l'Italia ! 1960). Quand ce sursaut est impossible, il reste la ressource du suicide, celui de l'enfant d'Allemagne année zéro, par exemple (Germania anno zero, 1947), ou de la retraite (Vanina Vanini, 1961).

Allemagne année zéro, R. Rossellini

Photographie : Allemagne année zéro, R. Rossellini

Photographie

Le réalisateur italien Roberto Rossellini (1906-1977) et le jeune acteur allemand Edmund Moeschke lors du tournage de Allemagne année zéro, à Berlin, en 1948. 

Crédits : Hulton Getty

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Le moins admirable n'est pas que la dimension spirituelle soit atteinte ici sans effort, sans lourdeur moralisante, mais tout au contraire à travers le document brut, le spectacle le moins enjolivé. C'est la surface même des choses, filmée crûment, qui découvre sa propre richesse surnaturelle. La beauté réside tout entière dans l'incarnation et le mystère qu'elle exhale (on peut penser, par exemple, à certains plans de pure contemplation, presque panthéiste, dans les Fioretti). On est en présence d'une sorte de documentaire sur l'être, d'exploration « en direct » du mystère de la personne. Dans ces perspectives, il est permis de dire que le néoréalisme trouve ici son point d'application le plus radical.

En outre, Rossellini a toujours proscrit les idées générales, le « message », la thématique préalable à la mise en chantier de l'œuvre. « Il faut connaître les choses, dit-il, en dehors de toute idéologie. Toute idéologie est un prisme ». Pour lui, le cinéma ne doit être en aucun cas une affaire d'idées, mais d'abord une affaire de sentiments. Tous les sujets de ses films, de ce point de vue, se ressemblent : ils ne tendent qu'à l'affirmation patiente, têtue, de la dignité de l'homme ou de la femme par-delà la méchanceté, l'envie, la jalousie, la peur. La trajectoire esthétique épouse ici le difficile chemin qui conduit l' [...]


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Vittorio de Sica, Roberto Rossellini et Federico Fellini

Vittorio de Sica, Roberto Rossellini et Federico Fellini
Crédits : Hulton Getty

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Paisà, R. Rossellini

Paisà, R. Rossellini
Crédits : OFI-FPP/ Everett Collection/ Bridgeman Images

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Allemagne année zéro, R. Rossellini

Allemagne année zéro, R. Rossellini
Crédits : Hulton Getty

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Écrit par :

  • : docteur ès lettres, professeur émérite à l'université de Paris-I, historien du cinéma

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Pour citer l’article

Claude BEYLIE, « ROSSELLINI ROBERTO », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 septembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/roberto-rossellini/