RÉVOLUTION RUSSE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Événement politique majeur du xxe siècle, la révolution russe ou, plus exactement, les révolutions russes de l'année 1917 ont déterminé pour soixante-quatorze années (1917-1991) un cours nouveau dans l'histoire multiséculaire de la Russie, par une rupture radicale avec les structures politiques du tsarisme au profit d'un régime inédit qui donnait vie à toutes les utopies socialistes, si vigoureuses au début du siècle. D'une révolution spontanée qui renversa le tsarisme à la prise du pouvoir par le parti bolchevique, en passant par un bref intermède démocratique, se créèrent, en quelques mois, les conditions du succès d'une minorité agissante, dont l'action durant un bref mais décisif moment alla dans le sens des aspirations du plus grand nombre – la paix, la terre, le contrôle ouvrier – avant de diverger vers des décennies de dictature.

Révolution russe, 1917

Vidéo : Révolution russe, 1917

Quand éclate la Première Guerre mondiale, en août 1914, la Russie est dirigée par Nicolas II, tsar qui s'est laissé arracher quelques concessions libérales par une première révolution en 1905. Au mois de février 1917, l'enlisement de la guerre, les échecs militaires répétés de... 

Crédits : National Archives

Afficher

Révolutionnaires russes, 1917

Photographie : Révolutionnaires russes, 1917

Camion transportant des révolutionnaires à Petrograd (1917). 

Crédits : Hulton Getty

Afficher

Affiche soviétique, 1970

Photographie : Affiche soviétique, 1970

Affiche à la gloire de la révolution d'octobre 1917, réalisée par le graphiste soviétique Veniamin Markovich Briskin (1906-1982) en 1970. Au pays des soviets, la charge symbolique de l'événement n'a pas faibli. 

Crédits : Michael Nicholson/ Corbis/ Getty Images

Afficher

De la guerre à la révolution

Tous les contemporains en eurent, plus ou moins confusément, conscience : les événements révolutionnaires russes de l'année 1917 s'inscrivaient dans le grand cycle de bouleversements, de violences et de régression qui avait débuté le 1er août 1914, avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Combats en octobre 1917

Photographie : Combats en octobre 1917

En octobre 1917, des gardes rouges ouvrent le feu depuis une voiture blindée, à Moscou, durant la révolution russe. 

Crédits : Hulton Getty

Afficher

En moins de trois ans, la guerre – une guerre totale, d'un type nouveau – allait provoquer l'effondrement du tsarisme, agissant comme un formidable révélateur des faiblesses d'un régime qui apparaissait encore en 1914 puissant et stable, bien ancré dans la voie d'un développement capitaliste accéléré depuis le début du siècle. En août 1914 (défaite de Tannenberg ), puis en mai 1915 (évacuation de la Galicie), les armées russes subissent de très graves revers. Néanmoins, malgré la perte de centaines de milliers d'hommes et d'immenses territoires (Pologne, Lituanie, Galicie), le front russe ne s'effondre pas. La décomposition vient, en réalité, de l'arrière. La fermeture des détroits et le blocus économique de la Russie fragilisent une économie largement dépendante de ses fournisseurs étrangers, et qui n'avait pas été préparée à une longue guerre d'usure. Dès le début de 1915, faute de pièces de rechange, le système des transports est désorganisé ; tout entière tournée vers l'effort de guerre, l'industrie ne fournit plus l'arrière en biens de consommation. Dans les campagnes, les paysans ne parviennent plus à acheminer leurs productions vers les villes. Le pays s'installe dans l'inflation et les pénuries. Les rapports, toujours précaires et tendus, entre villes et campagnes, se détériorent. Le pouvoir ne maîtrise plus la situation. Le tsar est déconsidéré par les revers militaires – il a pris en personne le commandement suprême des armées en septembre 1915 – comme par l'emprise qu'exerce sur le couple impérial son favori, Raspoutine, un charlatan illuminé. Tandis que la Douma ne siège plus que quelques semaines par an, gouvernements et ministres se succèdent, tout aussi incompétents et impopulaires. La rumeur publique accuse la coterie dirigée par l'impératrice, d'origine allemande, et influencée par Raspoutine, de préparer une paix séparée et d'ouvrir sciemment le territoire national à l'invasion étrangère. Devant la dissolution du pouvoir, s'organisent de toutes parts comités et associations de citoyens qui prennent en charge la gestion du quotidien : soins aux blessés (Comité de la Croix-Rouge), ravitaillement des villes et de l'armée (Union des villes, Union des zemstvos [assemblées locales]). Les Russes se gouvernent eux-mêmes : la révolution a déjà, en quelque sorte, commencé.

Nicolas II et son épouse

Photographie : Nicolas II et son épouse

Le tsar Nicolas II, en compagnie de son épouse, Alexandra Feodorovna, vers 1905. Durant la Première Guerre mondiale, la population rend Nicolas II responsable des défaites successives de l'armée russe et des pénuries. C'est le terreau de la révolution de février 1917. 

Crédits : Laski Diffusion/ Getty Images

Afficher

Raspoutine

Photographie : Raspoutine

Grigori Efimovitch Novkykh (1872-1916), dit Raspoutine, personnage dont le rôle politique est controversé, ici vers 1910. 

Crédits : Dmitri Wasserman/ Hulton Archive/ Getty Images

Afficher

À la fin de l'année 1916, la situation politique devient très confuse : dans une atmosphère de crise politique révélée au grand jour par l'assassinat de Raspoutine (31 décembre 1916) perpétré par un membre de la famille impériale, les grèves, tombées à un niveau négligeable en 1914, reprennent de l'ampleur (un million de grévistes en 1916), l'agitation touche l'armée, la désorganisation des transports compromet le ravitaillement, en particulier dans les villes gagnées par un afflux de réfugiés en provenance des régions occidentales du pays, occupées par l'ennemi. C'est un régime à la fois discrédité et affaibli que viennent surprendre les « journées » de février 1917.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 12 pages

Médias de l’article

Révolution russe, 1917

Révolution russe, 1917
Crédits : National Archives

vidéo

Révolutionnaires russes, 1917

Révolutionnaires russes, 1917
Crédits : Hulton Getty

photographie

Affiche soviétique, 1970

Affiche soviétique, 1970
Crédits : Michael Nicholson/ Corbis/ Getty Images

photographie

Combats en octobre 1917

Combats en octobre 1917
Crédits : Hulton Getty

photographie

Afficher les 25 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  RÉVOLUTION RUSSE  » est également traité dans :

RÉVOLUTION RUSSE, en bref

  • Écrit par 
  • Olivier COMPAGNON
  •  • 222 mots
  •  • 1 média

Huit mois après la révolution de février qui a renversé le régime tsariste et porté au pouvoir un gouvernement provisoire, Lénine, tout juste rentré d'exil et soucieux d'exploiter le mécontentement populaire face à la guerre, convainc le Parti bolchevik de lancer une nouvelle insurrection. Au terme de rares combats, le g […] Lire la suite

ANTONOV-OVSEÏENKO VLADIMIR ALEXANDROVITCH (1884-1938)

  • Écrit par 
  • Claudie WEILL
  •  • 418 mots

Fils d'officier, Antonov-Ovseïenko entre à l'école des cadets de Voroneje. Il quitte l'armée, adhère dès 1901 au mouvement révolutionnaire et se rapproche des mencheviks en 1903. Lors de la révolution de 1905, il est l'un des experts militaires de la social-démocratie russe. Il essaye de soulever deux régiments d'infanterie en Pologne, mais échoue. Il acquiert ainsi une expérience certaine de l'ag […] Lire la suite

ARMÉE BLANCHE

  • Écrit par 
  • Pierre KOVALEWSKY
  •  • 455 mots
  •  • 4 médias

Cette expression désigne ordinairement les diverses formations militaires qui ont combattu le pouvoir bolchevique en Russie de 1918 à 1922. Si leur but premier était le renversement du nouveau régime, certains de leurs chefs continuaient à se référer au pouvoir issu de la révolution de Février, tandis que la majorité d'entre eux aspiraient au retour à l'autocratie. Dès août 1917, un premier regrou […] Lire la suite

BERDIAEV NICOLAS (1874-1948)

  • Écrit par 
  • Olivier CLÉMENT, 
  • Marie-Madeleine DAVY
  •  • 2 300 mots

Dans le chapitre « Le sens d'un destin »  : […] Au carrefour de la Russie et de l'Europe, de l'orthodoxie et de l'Occident chrétien, de l'humanisme athée et de l'expérience spirituelle, le destin de Nicolas Berdiaev a valeur de symbole. Né à Kiev le 19 mars 1874 dans une famille noble, le jeune Nicolas grandit solitaire, entre un père vaguement libéral et une mère (née princesse Koudachev, apparentée à la famille Choiseul) de sensibilité cathol […] Lire la suite

BOLCHEVISME

  • Écrit par 
  • Georges HAUPT
  •  • 7 569 mots
  •  • 7 médias

Le terme de bolchevisme, dérivé du substantif abstrait bolchinstvo (majorité), désigne la théorie révolutionnaire de Lénine et la praxis du Parti bolchevique dont celui-ci fut le fondateur, le dirigeant et le stratège. Les origines et l'évolution sémantique de ce mot, lointain souvenir d'un jargon d'exilés qui n'est entré dans le langage politique qu'à partir de la révolution de 1917, illustren […] Lire la suite

BOUDIENNY SEMEN MIKHAÏLOVITCH (1883-1973) maréchal soviétique

  • Écrit par 
  • Georges HAUPT
  •  • 186 mots

Maréchal de l'U.R.S.S., Boudienny est l'un des héros légendaires de la guerre civile. Né dans une famille paysanne, Boudienny participe à la guerre russo-japonaise de 1904 et à celle de 1914 dans un régiment de cavalerie avec le grade d'adjudant. Lors de la révolution de février 1917, il devient membre du soviet de son régiment, puis adhère en 1919 au Parti communiste où il est élu au comité centr […] Lire la suite

BOUKHARINE NICOLAS IVANOVITCH (1888-1938)

  • Écrit par 
  • Pierre FRANK
  •  • 1 673 mots
  •  • 1 média

Le plus jeune des six principaux dirigeants bolcheviques mentionnés par Lénine dans son « Testament », Boukharine « n'est pas seulement un théoricien des plus marquants et de très haute valeur ; il jouit à bon droit de l'affection du parti tout entier. Cependant, ses vues théoriques ne peuvent qu'avec la plus grande réserve être tenues pour parfaitement marxistes, car il y a en lui quelque chose […] Lire la suite

CHLIAPNIKOV ALEXANDRE GAVRILOVITCH (1885-1937)

  • Écrit par 
  • Georges HAUPT
  •  • 463 mots

Issu d'une famille de vieux croyants, Alexandre Gavrilovitch Chliapnikov doit travailler dès son plus jeune âge. Il adhère en 1903 au Parti social-démocrate à Mourom, où il participe à la révolution de 1905. Militant bolchevik, arrêté à Noël 1905, il n'est libéré qu'en 1907 et part pour l'étranger (la France, l'Angleterre, l'Allemagne) où il séjourne jusqu'en 1914. Il est envoyé en 1915 en mission […] Lire la suite

COMMUNISME - Histoire

  • Écrit par 
  • Annie KRIEGEL
  •  • 13 810 mots
  •  • 10 médias

Dans le chapitre « La révolution d'Octobre »  : […] La victoire inattendue des bolcheviks en Russie à l'issue de la seconde révolution, dite « d'Octobre » (nov. 1917) , apparaît comme l'événement décisif d'une toute nouvelle conjoncture qui se développe entre deux pôles : la signature d'une paix séparée sur le front oriental et l'espoir d'une révolution prolétarienne à court terme en Occident. Pour marquer la rupture avec le passé et la II e  Inter […] Lire la suite

COMMUNISME - Mouvement communiste et question nationale

  • Écrit par 
  • Roland LOMME
  •  • 21 018 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Centralisme démocratique et hégémonie de la nation dominante »  : […] Hostile à l'autonomie des organisations nationales du mouvement révolutionnaire dès avant la révolution d'Octobre, la direction du Parti bolchevik ne l'est pas moins après s'être emparée du pouvoir et ne tolère pas l'autonomie que revendiquent les communistes ukrainiens, musulmans et caucasiens. Le VIII e congrès du P.C.R. qui se tient en 1919 proclame qu'il « ne doit exister qu'un seul parti co […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

1er-19 juin 2020 Biélorussie. Arrestation d'opposants.

révolution de 2014 en Ukraine. Le 18, le Comité pour le contrôle de l’État annonce l’arrestation, aux motifs de blanchiment et d’évasion fiscale, de l’homme d’affaires Viktor Babaryko, ancien dirigeant de la banque russe Belgazprombank, qui s’est porté candidat à l’élection présidentielle, recueillant le parrainage de quelque quatre cent mille électeurs […] Lire la suite

30 mai 2015 Ukraine. Nomination de Mikhaïl Saakachvili comme gouverneur d’Odessa

Révolution des roses de 2003 dans son pays, Mikhaïl Saakachvili est un adversaire du pouvoir russe. […] Lire la suite

1er-25 décembre 2013 Ukraine. Durcissement de l'opposition au président Viktor Ianoukovitch

révolution » bravent l'interdiction de se rassembler pour protester contre les violences policières de la veille. La mairie de la ville est occupée. Les manifestants favorables à la conclusion d'un accord d'association avec l'Union européenne – rejeté par le pouvoir en novembre – exigent désormais la démission du président Viktor Ianoukovitch. Le  […] Lire la suite

11 octobre 2011 Ukraine. Condamnation de Ioulia Timochenko

révolution orange » de 2004, à sept ans de prison, trois ans d'inéligibilité et 140 millions d'euros d'amende. Celle-ci est reconnue coupable d'abus de pouvoir pour avoir signé avec son homologue russe Vladimir Poutine, en janvier 2009, un contrat gazier jugé « contraire aux intérêts de l'État ukrainien », qui lie pour dix ans la compagnie nationale […] Lire la suite

6-19 avril 2010 Kirghizstan. Renversement du président Kourmanbek Bakiev

révolution des tulipes » de 2005, qui avait conduit au renversement du président Askar Akiev, avait déjà donné lieu à des manifestations de l'opposition. Le 7, à Bichkek, la capitale, des affrontements opposent les forces de l'ordre aux opposants. En dépit de l'état d'urgence décrété par le pouvoir, ceux-ci prennent rapidement le contrôle de plusieurs […] Lire la suite

Pour citer l’article

Nicolas WERTH, « RÉVOLUTION RUSSE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/revolution-russe/