RÉVOLUTION RUSSE

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La révolution de février 1917 et la chute du tsarisme

Spontanéité et improvisation caractérisent les journées de février 1917. Certes, au début de 1917, la crise politique que connaît le régime tsariste est profonde. Néanmoins, ni l'opposition modérée, ni l'opposition révolutionnaire, ni les « masses » de Petrograd, dont le rôle sera capital durant les événements de février, ne semblent prêtes à une révolution, qui, en quelques jours, emporte une dynastie tricentenaire.

Palais d’Hiver, Petrograd, 1917

Photographie : Palais d’Hiver, Petrograd, 1917

Manifestation devant le palais d'Hiver, à Petrograd (Saint-Pétersbourg), en février 1917. Le bâtiment, qui devient le mois suivant le siège du gouvernement provisoire, est pris par les bolcheviques dans la nuit du 24 au 25 octobre 1917. C'est le point d'orgue de la révolution d'octobre. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Les premiers incidents graves de l'année 1917 éclatent le 20 février, après que les autorités de Petrograd eurent annoncé la mise en place d'un système de rationnement, la ville ne disposant de réserves de farine que pour quelques jours. Le même jour, la plus grande entreprise de Petrograd, l'usine d'armement Poutilov, en rupture d'approvisionnement, annonce le licenciement de milliers d'ouvriers. « Du pain, du travail ! » – ces exigences économiques sont le déclencheur d'un mouvement revendicatif spontané qui, au départ, n'a rien de révolutionnaire.

Le 23 février, la Journée internationale des femmes – une date importante dans le calendrier socialiste – offre aux masses un prétexte pour manifester. Plusieurs cortèges de femmes défilent dans le centre-ville : étudiantes, employées, ouvrières du textile des faubourgs ouvriers de Vyborg. Au fil des heures, les rangs des manifestants grossissent, les slogans prennent une tonalité plus politique. Le lendemain, le mouvement de protestation s'étend : près de cent cinquante mille ouvriers grévistes convergent vers le centre-ville. Débordés, n'ayant reçu aucune consigne précise, les cosaques ne parviennent plus à disperser la foule des manifestants. Des centaines d'attroupements se forment, des meetings s'improvisent.

Cosaques à Petrograd, 1917

Photographie : Cosaques à Petrograd, 1917

Entre la chute du régime tsariste et la mise en place du régime communiste, les cosaques constituaient la seule force de maintien de l'ordre dans Petrograd (Saint-Pétersbourg). Les troupes assurent ici une patrouille dans la ville, en février 1917. 

Crédits : Slava Katamidze Collection/ Hulton Archive/ Getty Images

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Le 25 février, la grève est générale. Les manifestations s'amplifient encore, les mots d'ordre sont de plus en plus radicaux : « À bas le tsar ! », « À bas la guerre ! » Face à ce mouvement spontané venu de la rue, les rares dirigeants révolutionnaires présents à Petrograd restent prudents, estimant, comme le bolchevik Alexandre Chliapnikov, qu'il s'agit là plus d'une émeute de la faim que d'une révolution en marche. Dans la soirée du 25, le général Khabalov, commandant du district militaire de Petrograd, reçoit un télégramme de Nicolas II, envoyé du quartier général de Mogilev. Le tsar ordonne de « faire cesser par la force, avant demain, les désordres à Petrograd ». Le refus de toute négociation, de tout compromis va faire basculer ce qui n'est aux yeux de tous qu'une agitation sporadique, comme la ville en a connu régulièrement depuis 1905, en une révolution.

Nicolas II inspecte les troupes

Photographie : Nicolas II inspecte les troupes

Lui-même en uniforme cosaque, le tsar Nicolas II (1868-1918), à cheval, inspecte les troupes cosaques, en janvier 1917. 

Crédits : Topical Press Agency/ Hulton Royals Collection/ Getty Images

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Le 26 février, vers midi, la police et la troupe ouvrent le feu, place Znamenskaïa, sur une colonne de manifestants. Plus de cent cinquante personnes sont tuées. Échaudée par ce massacre, la foule reflue vers les faubourgs. Le gouverneur proclame l'état de siège et ordonne le renvoi de la Douma. La cause semble être entendue.

Dans la nuit du 26 au 27 février se produit l'événement qui, en quelques heures, fait basculer la situation : la mutinerie de deux régiments d'élite (Volynski et Preobrajenski), traumatisés d'avoir tiré sur leurs « frères ouvriers ». En quelques heures, la mutinerie fait tache d'huile. Au matin du 27 février, soldats et ouvriers fraternisent, prennent l'arsenal, où ils s'emparent de dizaines de milliers de fusils, aussitôt distribués à la foule, occupent les points stratégiques de la capitale, saccagent les prisons.

Face à cette révolution populaire, spontanée, non maîtrisée, les « politiques » tentent d'organiser, de canaliser le mouvement. Aucun des grands leaders révolutionnaires n'étant présent à Petrograd (Lénine et Martov sont à Zurich, Trotski est à New York, Tchernov à Paris, Tseretelli, Dan et Staline en exil en Sibérie), c'est à des dirigeants de second plan qu'échoit la lourde responsabilité de diriger la révolution. Comme en 1905, la création d'un soviet – assemblée élue du « peuple travailleur et combattant » – pour fédérer ouvriers et soldats s'impose pour assurer le salut d'une révolution qui se cherche. C'est ainsi que, dans l'après-midi du 27 février, une cinquantaine de militants de tendances révolutionnaires différentes – bolcheviks, mencheviks, socialistes-révolutionnaires, travaillistes (socialistes-révolutionnaires de tendance modérée) – mettent sur pied un Comité exécutif provisoire des députés ouvriers. Ce comité appelle les ouvriers et les soldats de la garniso [...]

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Révolution russe, 1917

Révolution russe, 1917
Crédits : National Archives

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Révolutionnaires russes, 1917

Révolutionnaires russes, 1917
Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Affiche soviétique, 1970

Affiche soviétique, 1970
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Combats en octobre 1917

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Pour citer l’article

Nicolas WERTH, « RÉVOLUTION RUSSE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/revolution-russe/